POT BELGE

Pédale! - - Story - PAR ALEXANDRE PEDRO, AVEC MATHIEU GOAR ET CLÉ­MENT LA­COMBE / PHOTOS: DPPI ET PANORAMIC

Le per­son­nage prin­ci­pal du cy­clisme des an­nées 90 ne fut ni un cou­reur, ni un di­rec­teur spor­tif, en­core moins un di­ri­geant. Non, ce fut une hor­mone: l’EPO. Trois lettres seule­ment, mais trois lettres qui ont ré­vo­lu­tion­né le do­page et chan­gé à ja­mais la face d’un sport. Plon­gée au coeur de l’his­toire stu­pé­fiante et ter­ri­fiante de l’éry­thro­poïé­tine. Où l’on parle de ski de fond, de jus d’orange et de foies de ron­geurs.

Au coeur des Py­ré­nées, le col de Hautacam sur­plombe Lourdes, sa grotte et ses gué­ri­sons mi­ra­cu­leuses. L’Église ca­tho­lique cer­ti­fie 68 cas de­puis 1858. Cer­tains évoquent un soixan­te­neu­vième. Le 16 juillet 1996, Bjarne Riis donne l’im­pres­sion de flan­cher à sept ki­lo­mètres du som­met. Vê­tu de jaune, le pé­ni­tent s’écarte, ré­tro­grade d’une di­zaine de po­si­tions. Dé­faillance? Frin­gale? Coup de chaud? Non. Au­cun ric­tus de dou­leur sur ce vi­sage froid comme le marbre. Et puis Riis re­monte un à un ses ad­ver­saires. Son rythme de pé­da­lage s’em­balle. Il at­taque, une, deux, trois fois avant de s’en­vo­ler vers la vic­toire sur ce Tour de France. À l’ar­ri­vée, le Da­nois ex­plique qu’il a juste pris le temps de jau­ger ses ri­vaux. Alors il s’est ar­rê­té de pé­da­ler… au mi­lieu d’une pente à 10 %. “Je trou­vais que ça ne rou­lait pas très vite. Je vou­lais voir s’ils étaient fa­ti­gués.” Le soir-même, per­sonne ne songe à contac­ter le Vatican pour cer­ti­fier ce mi­racle. Le monde du cy­clisme sait qu’à 32 ans, le lea­der de la Deutsche Te­le­kom ne titre pas sa force de l’eau pui­sée dans la grotte chère à Ber­na­dette Sou­bi­rous. Vaillant équi­pier de­ve­nu pa­tron sur le tard, Riis traîne un sur­nom bien de son époque: “Mon­sieur 60 % ”. Soixante pour cent, comme son taux d’hé­ma­to­crite, “épais comme du si­rop”, dit-on. Une ano­ma­lie phy­sio­lo­gique qui tra­hit un gros faible pour ce pro­duit au­tour du­quel va s’écrire l’his­toire du cy­clisme dans sa dé­cen­nie la plus stu­pé­fiante: l’éry­thro­poïé­tine. L’EPO pour les in­times et ses (nom­breux) consom­ma­teurs. Le 22 mars 2007, Bjarne Riis se met à table. Cor­ti­sone, hor­mones de crois­sance, tes­to­sté­rone: le me­nu est va­rié, mais l’EPO tient bien lieu de plat prin­ci­pal. “Je ran­geais les am­poules dans mon

“L’EPO n’est pas dan­ge­reuse, c’est son abus qui l’est” Mi­chele Fer­ra­ri, an­cien mé­de­cin de la Ge­wiss

fri­go, entre les oeufs et le fro­mage”, avoue l’ac­tuel di­rec­teur spor­tif d’Al­ber­to Con­ta­dor. Riis n’a rien d’un cas iso­lé. Vi­renque, Arm­strong, Zülle, Lan­dis, Ha­mil­ton, Za­bel, Ras­mus­sen et bien d’autres ont avoué. À cô­té du fro­mage ou dans le bac à lé­gumes du fri­go, cha­cun a son école. Le Da­nois n’est ja­mais qu’un par­mi d’autres, comme le rap­pelle Cy­rille Gui­mard, an­cien di­rec­teur spor­tif de Fi­gnon, Hinault et Van Impe, et qui fut aus­si le pre­mier pa­tron du Da­nois chez Su­per-U: “À par­tir de 1996, presque tout le pe­lo­ton s’est mis à la même ti­sane.” Une ti­sane ma­gique qui per­met d’oxy­gé­ner le sang, d’ava­ler les cols la bouche fer­mée sans sen­tir les jambes brû­ler ou de trans­for­mer un sprin­teur en grim­peur et un grim­peur en rou­leur. Avec l’EPO tout de­vient pos­sible. Vrai­ment tout.

De la “bom­ba” aux JO 1988

De la ca­féine au dé­but du XXe siècle en pas­sant par les am­phé­ta­mines (“la bom­ba”) de Faus­to Cop­pi dans les an­nées 50 ou à la cor­ti­sone et les cor­ti­coïdes plus tard, le cy­cliste a tou­jours ta­pé dans la boîte à phar­ma­cie pour amé­lio­rer son quo­ti­dien. Mais au­cun de ces pro­duits n’est de­ve­nu comme l’EPO le sy­no­nyme of­fi­ciel de “se char­ger”. Il y a une rai­son à ce­la: avec l’éry­thro­poïé­tine, le vé­lo entre dans une nou­velle ère. C’est la fin du do­page “à la pa­pa”, et l’ar­ri­vée d’un do­page mé­di­ca­li­sé et or­ga­ni­sé, comme le dé­mon­tre­ra l’af­faire Fes­ti­na en 1998. Comme pour les hor­mones de crois­sance, la cor­ti­sone et bien d’autres sti­mu­lants, l’éry­thro­poïé­tine n’était pour­tant en rien des­ti­née au dé­part à des jeunes spor­tifs en pleine force de l’âge. Éla­bo­rée à Los An­geles dans les an­nées 80 par le la­bo­ra­toire Am­gen, cette hor­mone a pour pre­miers pa­tients des in­suf­fi­sants ré­naux et des nour­ris­sons souf­frant d’ané­mie. Elle est aus­si ad­mi­nis­trée pour cer­taines chi­mio­thé­ra­pies. “L’EPO est au dé­part une hor­mone na­tu­relle fa­bri­quée par le rein qui per­met d’ajus­ter le taux de glo­bules rouges du sang à la pres­sion de l’oxy­gène dans les tis­sus. En 1983, une équipe d’Har­vard ar­rive à iso­ler le code gé­né­tique de la cel­lule se­cré­tant l’EPO. Grâce à ce code, on ar­rive par trans­gé­nèse à pro­duire la cel­lule qui fa­brique l’EPO en de­hors du corps hu­main”, cadre le mé­de­cin Gé­rard Dine. Se­lon ce spé­cia­liste fran­çais de la lutte an­ti­do­page, qui met­tra en place à la fin des an­nées 90 le sui­vi lon­gi­tu­di­nal qui, à dé­faut de dé­ce­ler l’EPO, per­met­tra de ré­vé­ler les mo­di­fi­ca­tions anor­males de la phy­sio­lo­gie du spor­tif, c’est “entre 1985 et 1988 qu’est mis au point le pro­ces­sus in­dus­triel de fa­bri­ca­tion de cette hor­mone par Am­gen, qui par­vient à en pro­duire de fa­çon in­dus­trielle et la teste sur des hu­mains entre 1988 et 1991.” Les “do­peurs” per­çoivent très vite le po­ten­tiel de la der­nière créa­tion d’Am­gen (ironie de l’his­toire, le la­bo­ra­toire de­vient spon­sor du Tour de Ca­li­for­nie dans les an­nées 2000). “J’en en­tends par­ler dès les JO de 1988 à Séoul, se sou­vient Jean-Pierre de Mon­de­nard, an­cien mé­de­cin du Tour de France et au­teur de plu­sieurs livres sur le do­page. Le pré­sident de la com­mis­sion médicale du CIO de l’époque en parle en di­sant qu’il s’in­ter­roge sur des bruits et des té­moi­gnages à pro­pos d’un nou­veau pro­duit.”

Pour­quoi le sport s’in­té­resse-t-il à l’EPO? De­puis les Jeux de Mexi­co de 1968, dis­pu­tés à plus de 2 200 mètres d’al­ti­tude, les mé­de­cins du sport savent que “le pa­ra­mètre le plus sen­sible sur le trans­port d’oxy­gène dans le sang est le vo­lume de glo­bules rouges”, comme le rap­pelle Gé­rard Dine. Mais pro­blème: il est bien dif­fi­cile d’aug­men­ter cette pro­duc­tion de glo­bules dès lors qu’on n’est plus en al­ti­tude. Long­temps, les trans­fu­sions san­guines –qui per­mettent de fixer les glo­bules rouges long­temps là où les ef­fets d’un stage à la mon­tagne dis­pa­raissent au bout d’une se­maine– ap­portent une ré­ponse aus­si ef­frayante qu’ef­fi­cace. Sauf qu’il s’agit d’un “pro­to­cole lourd, rap­pelle Dine. Il faut trou­ver un don­neur ou pré­pa­rer son propre sang et sur­tout le ré­fri­gé­rer pour évi­ter toute conta­mi­na­tion”. L’EPO per­met de ré­gler la ques­tion. Une pi­qûre dans les fesses ou les cuisses et c’est bon. “Dès 1985-1986, j’avais écrit dans un ar­ticle que les trans­fu­sions al­laient de­ve­nir un pro­blème se­con­daire avec son ar­ri­vée”, pose Gé­rard Dine. Bjorn Ek­blom, un hé­ma­to­logue sué­dois col­la­bo­rant avec les skieurs de fond de son pays de­puis les an­nées 70, ar­rive à la même conclu­sion. “Il com­prend l’in­té­rêt de l’EPO et le teste sur des spor­tifs dès 1989”, ba­lance Jean-Pierre de Mon­de­nard. Les pre­miers ré­sul­tats ef­fec­tués par Ek­blom sur un groupe

“Au dé­but, c’était juste quelques in­di­vi­dus, puis quelques équipes, prin­ci­pa­le­ment ita­liennes. Et puis, les autres staffs et cou­reurs ont fi­ni par cra­quer” Eric Boyer

test montrent un gain de per­for­mance qui s’éche­lonne de 10 à 20 %. La mèche est al­lu­mée. Si les trans­fu­sions san­guines n’ont ja­mais vrai­ment dis­pa­ru –Ha­mil­ton tom­be­ra pour cette rai­son lors de la Vuel­ta 2004–, dès 1992, “un chan­ge­ment dans les ré­sul­tats de cer­tains pays en ski de fond s’ef­fec­tue avec l’ar­ri­vée de l’EPO”, ex­plique Dine.

Con­co­ni le par­rain, Fer­ra­ri l’élève

S’il a un bâ­ton de re­tard par rap­port au ski de fond, le cy­clisme prend très vite le re­lais, sous l’im­pul­sion de ce­lui qui de­vien­dra très vite le pape de l’EPO: Fran­ces­co Con­co­ni. Cher­cheur et doc­teur ré­pu­té à l’uni­ver­si­té de Fer­rare, l’Ita­lien pré­sente bien. C’est un phy­sio­lo­giste re­con­nu, qui a mis au point le

test Con­co­ni, le­quel a ré­vé­lé que la VO2 Max est cor­ré­lée aux per­for­mances aé­ro­bies. Mais c’est aus­si quel­qu’un qui sait com­ment faire pour que le do­page ne soit pas dé­ce­lable. Comme lors­qu’il “pré­pare” Fran­ces­co Mo­ser pour ex­plo­ser le re­cord de l’heure en 1984. Une per­for­mance dé­to­nante, sur­tout à 33 ans. De­puis, on sait que le frin­guant tren­te­naire car­bu­rait à l’au­to­trans­fu­sion. Aus­si ef­fi­cace soit-elle, cette mé­thode montre ses li­mites quand il s’agit de gar­der à tem­pé­ra­ture et de sto­cker des poches de sang sur une course de trois se­maines comme le Tour de France ou le Gi­ro. Dans la fou­lée d’Ek­blom, Con­co­ni com­prend donc très vite l’in­té­rêt de l’EPO. “Il a tes­té l’EPO sur lui dès la fin des an­nées 80 et en­suite sur un pe­tit groupe de cou­reurs”, ac­cuse Jean-Pierre de Mon­de­nard. Une af­fir­ma­tion confir­mée par le prin­ci­pal in­té­res­sé en 1990. À Fer­rare, Con­co­ni prend sous son aile un cer­tain Mi­chele Fer­ra­ri, un nom dont on va très vite en­tendre re­par­ler. À l’époque, le cy­clisme ita­lien tire la langue. Mo­re­no Ar­gen­tin et Mau­ri­zio Fon­driest en­tre­tiennent juste l’illu­sion sur les courses d’un jour. Quatre ans plus tard, les for­ma­tions ita­liennes ont mis le pe­lo­ton à leur botte. Que s’est-il pas­sé? Les Ita­liens sont loin d’être les seuls à mettre les doigts dans ce nou­veau pot de confi­ture. En pa­ral­lèle, les Néer­lan­dais dé­ve­loppent la même pas­sion. Mais ils le font moins bien. “L’équipe PDM uti­li­sait l’EPO mais pas de la bonne fa­çon, avance De Mon­de­nard. Il y a tout un pro­to­cole, il faut que ce soit ré­fri­gé­ré. Quand vous in­jec­tez trop ra­pi­de­ment l’EPO, vous avez un syn­drome grip­pal.” Sur le Tour 1991, les neuf cou­reurs de la PDM

“Le pre­mier équi­pe­ment que vous pre­niez dans votre bus, c’était une cen­tri­fu­geuse” Cy­rille Gui­mard

plient ba­gages le même jour. In­toxi­ca­tion ali­men­taire, s’ex­cusent les Néer­lan­dais. EPO, ré­pondent les bruits de cou­loirs. Les soup­çons re­posent pour beau­coup sur un an­té­cé­dent tra­gique, la mort de Jo­hannes Draai­jer d’une crise car­diaque le 27 fé­vrier 1990. Âgé de 26 ans, Draai­jer por­trait les cou­leurs de la PDM. En juin 1991, sa veuve ac­cu­se­ra ses an­ciens employeurs de lui avoir fait prendre de l’EPO. La ru­meur de l’ar­ri­vée d’un nou­veau pro­duit com­mence alors à se pro­pa­ger. Quelques mois avant, le 25 mai 1990, L’Équipe consacre une en­quête d’une page à l’EPO, qui vient tout juste d’être ré­per­to­riée dans la liste des pro­duits do­pants par l’UCI. Le jour­na­liste Phi­lippe Bru­nel re­monte la piste néer­lan­daise. “J’ai été aler­té par Claude Es­ca­lon, le pré­sident de l’ACBB, un des prin­ci­paux clubs ama­teurs fran­çais, ra­conte-

t-il. Dé­but 1990, il me dit: ‘Phi­lippe, il se passe des choses graves. Il y a un nou­veau pro­duit qui cir­cule dans le pe­lo­ton. Les mecs prennent ça et n’ont même plus be­soin de pé­da­ler. Tu de­vrais t’y in­té­res­ser”. On par­lait de courses chez les ama­teurs. Il était ef­frayé par ce qu’il voyait. Il vou­lait qu’on en parle parce qu’il crai­gnait que la gan­grène ne s’ins­talle. Il avait un pres­sen­ti­ment… Quelque temps après, il y a eu la mort de Jo­hannes Draai­jer. C’était une mort sus­pecte car il avait plu­tôt une bonne ré­pu­ta­tion.” Un an­cien cou­reur –Jo Maas– parle de l’EPO à Bru­nel comme d’une “bombe à re­tar­de­ment”. Aus­si do­cu­men­tée soit-elle, l’en­quête passe presque in­aper­çue. “C’est une information qui a été ac­cueillie comme une autre”, dé­plore son au­teur. Il va fal­loir at­tendre quatre ans et une pe­tite phrase de Mi­chele Fer­ra­ri pour que l’EPO ap­pa­raisse enfin en pleine lu­mière.

“Ils sont en train de tuer le vé­lo”

Herstal, ban­lieue de Liège. Le mé­de­cin at­ti­tré de la for­ma­tion Ge­wiss-Bal­lan dis­cute avec une di­zaine de jour­na­listes. Phy­sique ty­pique de l’in­tel­lec­tuel ita­lien avec ses pe­tites lu­nettes, Fer­ra­ri parle bien, mais parle trop. Fâ­ché de­puis quelque temps avec Con­co­ni, l’an­cien dis­ciple vole dé­sor­mais de ses propres ailes. Et plu­tôt haut, comme les Ge­wiss sur l’as­phalte. S’il nie pres­crire de l’EPO à ses clients (dont le plus fi­dèle est un cer­tain To­ny Ro­min­ger), l’Ita­lien s’aven­ture dans une in­at­ten­due ten­ta­tive de ba­na­li­sa­tion du pro­duit. Quand un jour­na­liste lui parle des morts peut-être liées à sa consom­ma­tion, il re­la­ti­vise. “L’EPO est en vente libre en Suisse par exemple, sans or­don­nance, et si un cou­reur s’en sert, ce­la ne me scan­da­lise pas, dit-il. L’EPO ne mo­di­fie pas fon­da­men­ta­le­ment le ren­de­ment du cou­reur.” Dé­rou­tant. Mais c’est une autre phrase qui va mettre le feu aux poudres: “L’EPO n’est pas dan­ge­reuse, c’est son abus qui l’est. Il est aus­si dan­ge­reux de boire dix litres de jus d’orange.” Cette com­pa­rai­son va lui coû­ter très cher. De­ve­nu en une com­pa­rai­son foi­reuse le doc­teur Ma­buse du pe­lo­ton, Fer­ra­ri est dé­bar­qué par la Ge­wiss-Bal­lan dans la fou­lée. Pour­tant, ses employeurs ne s’étaient jus­qu’alors ja­mais plaint des pres­ta­tions du bon doc­teur. Mo­to­ri­sée par Fer­ra­ri, la Ge­wiss-Bal­lan écrase le dé­but de sai­son 94. Gior­gio Fur­lan a rem­por­té Mi­lanSan Re­mo et Tir­re­no-Adria­ti­co. Une simple mise en bouche avant la dé­mons­tra­tion du trio Ar­gen­tin-Ber­zin-Fur­lan sur le la Flèche Wal­lonne. Le trio met les voiles à cin­quante bornes de l’ar­ri­vée pour ne plus ja­mais être rat­tra­pé. Ré­tros­pec­ti­ve­ment, cette dé­mons­tra­tion de force passe pour le D-Day de l’EPO dans le cy­clisme. Près de dix-neuf ans plus tard, Éric Boyer, alors chez GAN, re­voit comme si c’était hier les trois pro­té­gés de Fer­ra­ri se faire la malle. “Ils ac­cé­lèrent au pre­mier pas­sage du mur de Huy. Ils n’at­taquent pas, hein: ils ac­cé­lèrent. Puis on ne les re­voit plus, alors que cin­quante cou­reurs se re­laient der­rière pen­dant plus d’une heure pour les rat­tra­per. Dans les ves­tiaires, le soir, tout le monde était écoeu­ré. On s’est dit: ‘Ils sont en train de tuer le vé­lo.’” Autre fi­gu­rant du jour, Éric Ca­ri­toux vi­sua­lise en­core “des cou­reurs pé­ter les uns à la suite des autres en es­sayant de rat­tra­per les Ge­wiss. Quelques jours après, on a lu une in­ter­view de Fer­ra­ri dans L’Équipe, et on a com­pris.” Certes, les ru­meurs bruis­saient dé­jà. Boyer parle d’un ar­ticle dans Le Fi­ga­ro en 1991. Sou­vent mis en avant comme le cou­reur “propre” du pe­lo­ton à l’époque, Gilles De­lion dit, lui, avoir pi­gé “vers 1993, pas avant”. “À l’époque on n’avait pas in­ter­net, pas de por­table. On ne pou­vait pas ta­per ‘EPO’ pour tout sa­voir en quelques minutes, plaide Jean-Claude Ba­got, qui ter­mi­nait alors sa car­rière chez Fes­ti­na. J’avais 37 ans et je me di­sais que mes jambes étaient juste trop vieilles.” Bref, on sait, sans sa­voir ou sans vou­loir

“Je rou­lais à bloc quand ils m’ont tous dé­mar­ré sous le nez à gauche, à droite. J’étais comme ar­rê­té. L’EPO avait tout chan­gé. Soit j’en pre­nais, sois je chan­geais de mé­tier” Ste­ven Rooks

sa­voir. Mais au soir du tri­plé des Ge­wiss, tout le monde com­prend qu’il y a dé­sor­mais ceux qui en sont et les autres. Et à l’époque, les Fran­çais ap­par­tiennent à la se­conde ca­té­go­rie. Cy­rille Gui­mard tente de re­mo­ti­ver ses Cas­to­ra­ma, mais son dis­cours ne passe plus: “On au­rait dit qu’ils ve­naient d’en­ter­rer leur mère. Thier­ry Bour­gui­gnon me coupe et me dit de­vant tout le monde: ‘Ar­rête Cy­rille, on n’est plus que des fi­gu­rants.’ À quoi ça ser­vait de leur dire com­ment s’en­traî­ner? On était de­ve­nus de mau­vais en­traî­neurs, des has-been.”

Des bour­rins et des pur-sang

Les Fran­çais sont loin d’être les seuls à se de­man­der ce qui leur ar­rive. Toute une gé­né­ra­tion a l’im­pres­sion d’être em­por­tée par une vague de glo­bules rouges. Deuxième du Tour en 1988, le Néer­lan­dais Ste­ven Rooks prend dix ans dans la gueule lors de cette Flèche Wal­lonne. “Dans la côte de Wanne, j’étais dans un pre­mier groupe en train de rou­ler

“À l’époque on n’avait pas in­ter­net, pas de por­table. On ne pou­vait pas ta­per ‘EPO’ pour tout sa­voir en quelques minutes” Jean-Claude Ba­got

à bloc quand ils m’ont tous dé­mar­ré sous le nez à gauche, à droite. J’étais comme ar­rê­té. L’EPO avait tout chan­gé. Soit j’en pre­nais, sois je chan­geais de mé­tier.” Dans son au­to­bio­gra­phie en 2009, Rooks avoue­ra avoir op­té pour la pre­mière so­lu­tion avant de très vite ranger son vé­lo au ga­rage. D’autres tren­te­naires jurent n’avoir ja­mais fran­chi le Ru­bi­con EPO. Une ques­tion de gé­né­ra­tion, et de peur, aus­si. C’est le dis­cours ser­vi par Laurent Fi­gnon. Pris deux fois par la pa­trouille aux am­phé­ta­mines, “l’in­tel­lo” du pe­lo­ton trace une ligne de dé­mar­ca­tion entre le do­page d’avant (le sien) et ce­lui pres­crit par le duo Con­co­ni-Fer­ra­ri. S’il n’a pas dit non aux am­phé­ta­mines et à la cor­ti­sone, Fi­gnon bloque sur l’EPO lors­qu’on lui en pro­pose chez Ga­to­rade (en­core une équipe ita­lienne) en 1992. “On ne sa­vait pas grand-chose des­sus, si­non qu’il s’agis­sait de ma­ni­pu­la­tion san­guine. Et moi, rien que de pen­ser au sang ça me fou­tait la trouille”, ra­con­tait le double vain­queur de la Grande Boucle dans son au­to­bio­gra­phie. Fi­gnon avance aus­si ce qui sert de ligne de conduite et de dé­fense à la gé­né­ra­tion pré-EPO: le do­page c’était moins grave avant. “Ja­mais alors un pro­duit –quel qu’il soit– n’avait trans­for­mé un bour­rin en pur-sang. De Cop­pi à Hinault, en pas­sant par An­que­til ou Mer­ckx, ja­mais la science n’avait sur­vi­ta­mi­né des sous-cham­pions ca­pable de ri­va­li­ser avec eux. Je peux té­moi­gner: jus­qu’en 1989 à peu près, le do­page était en­core ar­ti­sa­nal.” Sur ce point, il n’y a plus huit se­condes qui sé­parent le Fran­çais de Greg Le­mond. Lar­gué par la concur­rence à par­tir de 1991, l’Amé­ri­cain ex­plique aus­si son dé­clin en trois lettres. “En 1990, je rem­porte mon troi­sième et der­nier Tour. Un an plus tard, je ter­mine lar­gué à plus de treize minutes du vain­queur, Mi­guel In­du­rain, écrit-il dans une chronique pour Le Monde en 2009. Des vi­tesses ja­mais at­teintes de­vinrent la norme. De bons cou­reurs certes, mais pas des cham­pions pa­ten­tés, se mirent à sur­vo­ler la dis­ci­pline. Ceux qui te­naient le haut du pa­vé jus­qu’alors étaient de­ve­nus trop vieux, trop gras ou trop fai­néants pour pré­ser­ver leur rang.” Gilles De­lion, au­jourd’hui agent immobilier du cô­té de Gre­noble, a lui aus­si l’im­pres­sion, d’un coup, d’évo­luer dans la Mé­ta­mor­phose de Kaf­ka. “À par­tir de 1994, j’ai vu des mecs qui ne pas­saient pas une bosse de­ve­nir des grim­peurs du jour au len­de­main. On voyait des mecs de 30 ans, qui n’avaient rien fait pen­dant six, sept ans, cas­ser la ba­raque et ter­mi­ner dans les dix pre­miers des grands tours. Je ne suis pas un spé­cia­liste, mais il ne me semble pas que la cor­ti­sone a mé­ta­mor­pho­sé un cou­reur. Sans rien prendre, on pou­vait ri­va­li­ser avec des mecs qui tour­naient aux cor­ti­cos. Avec l’EPO, c’est de­ve­nu im­pos­sible.” Voi­là la grande faute mo­rale de l’EPO: avoir bous­cu­lé les codes éta­blis du do­page en vi­gueur, ces codes qui veulent qu’un équi­pier res­ter un équi­pier, que les types de plus de 80 ki­los ne passent même pas les ponts d’au­to­routes. Mo­deste, Con­co­ni cherche dès 1995 à re­la­ti­vi­ser le bien­fait de ses pré­pa­ra­tions: “Per­sonne ne peut dire au­jourd’hui qu’il est ca­pable de faire d’un simple gre­ga­rio un grand cham­pion. Ni moi ni per­sonne ne sommes ca­pables de chan­ger la nature des choses.”

Pieds ni­cke­lés et home-trai­ners

Dans un pre­mier temps, les vic­times prin­ci­pales semblent être les Fran­çais. Estce un ha­sard si fin juillet 1993, le pre­mier tri­co­lore, Jean-Phi­lippe Do­j­wa, pointe à la 15e place, à plus d’une de­mi-heure d’In­du­rain? Non. “Tout le monde di­sait, à com­men­cer par les Ita­liens, que les Fran­çais étaient des fei­gnants, qu’ils ne tra­vaillaient pas. Ça nous aga­çait au plus haut point”, râle en­core Ro­ger Le­geay, de GAN. Mais la France ne cherche pas à la­ver plus blanc que blanc. Elle a juste pris en marche le train de l’EPO.

“La France s’y est mise plus tard, vers 1996, as­sure Cy­rille Gui­mard. En 1993, 1994, il n’y avait pas de mé­de­cin en France qui connais­sait l’EPO. En re­vanche, à par­tir de 1997, toutes les équipes avaient leur mé­de­cin.” Le doc’ de­vient l’élé­ment cen­tral de n’im­porte quelle équipe. De­lion pré­fère en rire: “Avec l’EPO, le cy­clisme est de­ve­nu un sport de science. Dès qu’une équipe se mon­tait, la pre­mière re­crue an­non­cée était le mé­de­cin. Une fois que vous aviez votre mé­de­cin, vous pou­viez com­men­cer votre re­cru­te­ment.” Les mé­de­cins, les cou­reurs, les di­rec­teurs, tout le monde de­vient adepte. “Au dé­but, c’était juste quelques in­di­vi­dus, puis quelques équipes, prin­ci­pa­le­ment ita­liennes. Après, ce­la s’est pro­gres­si­ve­ment ré­pan­du. Les staffs et les cou­reurs ont fi­ni par cra­quer”, confirme Éric Boyer. Willy Voet, le soi­gneur par qui l’af­faire Fes­ti­na ar­ri­ve­ra en 1998, dé­taille dans son livre confes­sion Mas­sacre à la chaîne le sys­tème mis en place avec l’aval des cou­reurs: “Il fut conve­nu qu’en fin de sai­son la consom­ma­tion de cha­cun se­rait re­te­nue sur ses primes et gains de courses par­ta­gés au pro­ra­ta des par­ti­ci­pa­tions. L’équipe avan­ce­rait les fonds, 500 000 francs en­vi­ron. Tous les gains étaient cen­tra­li­sés, puis ré­par­tis… Un gros consom­ma­teur pou­vait se voir par exemple que la sai­son 1997, par­ti­cu­liè­re­ment faste, a drai­né au moins quatre mil­lions de francs de gains.” Si l’hor­mone coûte bon­bon (380 eu­ros la boîte de six am­poules), elle rap­porte gros. Mais avec elle, il ne s’agit plus de se pi­quer tout seul dans son coin. Il faut dé­jà se pro­cu­rer les am­poules. En France, celles-ci ne sont pas en vente dans les phar­ma­cies, juste dé­li­vrées dans cer­tains hô­pi­taux. Des pays comme la Bel­gique, la Suisse et sur­tout le Por­tu­gal (ou se four­nit Fes­ti­na) sont plus souples sur la ques­tion. En­suite, il faut sa­voir comme l’uti­li­ser afin d’évi­ter de connaître le même sort fu­neste que cer­tains au dé­but de la dé­cen­nie. “Tous les pro­duits sont pas­sés par des dé­buts pieds ni­cke­lés, sou­ligne De Mon­de­nard. Au dé­but, ils

“À par­tir de 1994, j’ai vu des mecs qui ne pas­saient pas une bosse de­ve­nir des grim­peurs du jour au len­de­main. Et des mecs de 30 ans, qui n’avaient rien fait, ter­mi­ner dans les dix pre­miers des grands tours” Gilles De­lion

dé­passe les 60, vous êtes en po­ly­glo­bu­lie et qu’en phase de ré­cu­pé­ra­tion, le sang ra­len­tit sa course. Vous pou­viez alors avoir des em­bo­lies, des thromboses et des ac­ci­dents car­dio-vas­cu­laires.” Pour fa­vo­ri­ser la cir­cu­la­tion du sang, toutes les mé­thodes sont bonnes. La nuit tom­bée, dans les hô­tels, on as­siste à des courses de côte dans les es­ca­liers. D’autres pré­fèrent les pompes pour pré­ve­nir les risques de throm­bose. “De­puis ma chambre, on en­ten­dait le home-trai­ner qui tour­nait la nuit”, té­moigne Gui­mard. L’EPO rend fou et pa­ra­no, se­lon Phi­lippe Bru­nel. “Les soi­gneurs se sont mis à sur­veiller l’en­trée des chambres. D’un coup, les jour­na­listes n’y avaient plus ac­cès.” Le ma­tin, après le pe­tit dé­jeu­ner, di­rec­tion le bus pour me­su­rer son taux d’hé­ma­to­crite. “Le pre­mier

équi­pe­ment que vous pre­niez dans votre bus, c’était une cen­tri­fu­geuse”, in­dique Gui­mard.

Fes­ti­na, et après

Ce n’est qu’à par­tir de 1997 que l’Union cy­cliste in­ter­na­tio­nale pré­si­dée par Hein Ver­brug­gen (qui, trois avant au­pa­ra­vant, avait pu­blié une lettre dans la­quelle il qua­li­fiait “d’in­si­nua­tions in­ad­mis­sibles” les ac­cu­sa­tions con­cer­nant les équipes ita­liennes) dé­cide d’agir –en ap­pa­rence– en ins­tau­rant des contrôles san­guins. Une pre­mière dans l’his­toire du sport. “Il ne s’agit pas d’une ini­tia­tive de l’UCI, mais des cou­reurs, re­cadre Bru­nel. En août 1996, un groupe de cy­clistes em­me­nés par Bu­gno et Pan­ta­ni s’est ren­du à l’UCI pour de­man­der à ins­tau­rer les contrôles san­guins. Ils ont fait ça pour une ques­tion de pro­tec­tion de leur propre san­té. Ils ne connais­saient pas les consé­quences à long terme de l’EPO.” Cette même an­née 1997, au dé­part de Paris-Nice, Lu­ca Co­lom­bo, Er­wann Men­théour et Mau­roAn­to­nio San­ta­ro­mi­ta sont les pre­miers à être mis hors-course et sus­pen­dus 15 jours en rai­son d’un taux d’hé­ma­to­crite su­pé­rieur à 50 %. Quelques mois plus tard, Men­théour pu­blie le pre­mier livre d’un nou­veau genre lit­té­raire: la confes­sion de do­pé. Mais mal­gré les aveux et l’ap­pa­ri­tion des contrô­leurs “vam­pires” (leur pe­tit sur­nom dans le pe­lo­ton) ve­nus pré­le­ver le sang au saut du lit, l’EPO ir­rigue en­core gé­né­reu­se­ment les veines des cou­reurs. La plu­part des équipes dis­posent dé­jà de quelques pa­rades comme l’uti­li­sa­tion de so­lu­tions sa­lines en per­fu­sion, des­ti­nées à faire bais­ser l’hé­ma­to­crite. Pen­dant ce temps, l’UCI compte (ou pas) sur un homme pour mettre au point un test an­ti­do­page ca­pable de dé­tec­ter de fa­çon ir­ré­fu­table la pré­sence de l’éry­thro­poïé­tine de syn­thèse. Et cet homme s’ap­pelle… Fran­ces­co Con­co­ni. “Un jour, il a dit qu’il fal­lait cinq litres d’urine pour trou­ver l’EPO. Il était char­gé de trou­ver le pro­to­cole de dé­pis­tage”, ba­lance Jean-Pierre de Mon­de­nard. De­puis 1992, le pré­sident de la com­mis­sion médicale de l’UCI pro­met que l’EPO se­ra très vite dé­ce­lable. Sept ans plus tard, tou­jours rien. En re­vanche, la jus­tice ita­lienne trouve une liste de 22 de ses pa­tients soi­gnés au pro­duit que Con­co­ni est cen­sé com­battre. Au dé­tour d’une réunion au siège de l’UCI à Aigle, en Suisse, Cy­rille Gui­mard touche un mot de cette si­tua­tion schi­zo­phré­nique à son pré­sident. “J’ai dit à Ver­burg­gen: ‘Mais si vous vou­lez trou­ver l’EPO, ne met­tez pas Con­co­ni à la tête de la com­mis­sion médicale’. Il me ré­pond: ‘Si, c’est lui le mieux pla­cé.’” Vu comme ça… Con­co­ni au­rait sans doute pu conti­nuer long­temps à faire sem­blant de cher­cher, si ja­mais le 8 juillet 1998, au pe­tit ma­tin, Willy Voet n’avait pas dé­ci­dé de quit­ter au der­nier mo­ment l’au­to­route avant la fron­tière fran­co-belge. Quelques hec­to­mètres plus loin, le soi­gneur de Fes­ti­na est cueilli par la douane vo­lante. Dans son coffre, les doua­niers mettent la main –entre autres stu­pé­fiants– sur 255 am­poules d’EPO. Voet puis Roussel, le di­rec­teur spor­tif, lâchent le mor­ceau. Après un pas­sage par la case garde à vue, les cou­reurs Du­faux, Bro­chard, Zülle passent aus­si aux aveux. Vi­renque tien­dra jus­qu’au pro­cès de Lille en dé­cembre 2000. Les Fes­ti­na ne sont que les pre­miers d’une très longue liste. En 2000, le la­bo­ra­toire de Châ­te­nay-Ma­la­bry met au point le pre­mier test dé­tec­tant la pré­sence d’EPO dans l’urine. Mais l’hor­mone s’adapte et les pra­tiques aus­si. La bonne vieille pi­qûre a lais­sé place à des in­jec­tions de mi­cro­doses en in­tra­vei­neuse. Une tech­nique qui a l’avan­tage de lais­ser moins de traces dans les urines et d’évi­ter de se faire prendre au contrôle. On parle alors de deuxième, de troi­sième gé­né­ra­tion. À par­tir du mi­lieu des an­nées 2000, la CERA lui vole la ve­dette. C’est à ce pro­duit que le co­bra Ric­co se fe­ra pi­quer, après un nu­mé­ro de cy­clo­mo­teur sur le Tour 2008. Mais le CERA, ce n’est ja­mais que de l’EPO “gon­flée”, plus ré­sis­tante et ef­fi­cace en­core. La vé­ri­té, c’est que plus de vingt ans après son ap­pa­ri­tion, la star des pro­duits do­pants tient tou­jours l’af­fiche. Preuve en a été faite sur le der­nier Gi­ro avec les contrôles po­si­tifs de Da­ni­lo Di Lu­ca et Mau­ro San­tam­bro­gio, co­équi­piers chez Vi­ni Fan­ti­ni. In­dé­mo­dable? “L’EPO, c’est le vrai pro­duit do­pant. Je ne sais pas si on a re­trou­vé un autre pro­duit aus­si ef­fi­cace de­puis”, s’in­ter­roge Cy­rille Gui­mard. De­puis quelques mois pour­tant, un cou­sin éloi­gné se­rait en passe de la ranger au mu­sée des do­pants: l’AICAR. Ce der­nier per­met de brû­ler les graisses sans perdre de muscles, et de ga­gner en en­du­rance sans s’en­traî­ner. Ma­gique. An­cien conseiller scien­ti­fique à l’Agence fran­çais de lutte contre le do­page (AFLD), Michel Rieu est ef­frayé par le nou­veau ve­nu: “Je n’ai au­cun moyen de dire qu’il a rem­pla­cé l’EPO comme pro­duit à la mode. Mais si vrai­ment c’est le cas, c’est fou! C’est fou parce que c’est un pro­duit qui n’est pas un mé­di­ca­ment mais qui est uti­li­sé pour des ex­pé­ri­men­ta­tions. Les ron­geurs sur les­quels l’AICAR a été tes­té ont vu la taille de leur foie ex­plo­ser.” Ils avaient peut-être juste ou­blié de se ré­veiller pour faire quelques pompes pen­dant la nuit…

“L’EPO c’est le vrai pro­duit do­pant. Je ne sais pas si on a re­trou­vé un autre pro­duit aus­si ef­fi­cace de­puis” Cy­rille Gui­mard

Et pas un mi­cro pour Laurent Bro­chard?

“Tu le fais à com­bien ton me­lon?”

Fa­cile: une mau­resque.

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