LÉ­GENDE

Pédale! - - Legende - PAR ALEXANDRE PEDRO, AVEC MAR­TIN GRIMBERGHS ET EMI­LIEN HOF­MAN À WA­RE­GEM / PHOTOS: DPPI ET ICONS­PORT

Grand chas­seur de clas­siques des an­nées 70, Ro­ger De Vlae­minck a été l’épine fla­mande dans le sou­lier d’un Ed­dy Mer­ckx roi de toutes les Bel­gique. Ce­lui qu’on ap­pe­lait “le gi­tan” a dé­clen­ché beau­coup de ba­tailles, en a ga­gné quelques-unes, mais a per­du la guerre à la fin. Pour­quoi? Ro­ger se sou­vient.

Et sa femme vient de Vé­nus.

Ro­ger De Vlae­minck a 66 ans, un âge où on ne ri­gole pas avec la pros­tate. “Tu ver­ras dans trente ans. Main­te­nant tu pisses là (il montre un mètre plus loin avec sa main), mais dans trente ans, tu te pis­se­ras sur les ge­noux.” L’homme sait de quoi il parle. Quelques jours plus tôt, il a quit­té sa ferme de Ka­prijke pour ef­fec­tuer des exa­mens à Bruxelles en com­pa­gnie d’une vieille connais­sance. “J’étais avec Mer­ckx. On est amis, main­te­nant. On s’est vus deux fois la se­maine der­nière. On parle de nos femmes et de nos pros­tates.” Entre les deux hommes, le dra­peau blanc a donc fi­ni par flot­ter. Le Fla­mand a ran­gé ses idées de jac­que­ries en­vers le sou­ve­rain bruxel­lois. Au point que quand il est de­ve­nu père sur le tard en 2002, De Vlae­minck a dé­ci­dé de faire de son fils un Ed­dy. “Je pense que c’est un pe­tit peu par res­pect pour moi, ose croire Mer­ckx. Ce n’est pas moi qui lui ai de­man­dé, mais ça m’a tou­ché.” Avec le temps, le des­pote est donc de­ve­nu un roi ma­gna­nime. Car plus que nul autre, Ro­ger De Vlae­minck fut ce­lui qui ten­ta de le contes­ter. Un sou­ve­nir com­mun de 1969.

“La bri­gade an­ti-Mer­ckx, c’était moi seul. Lui et moi étions les lions et les autres étaient des an­ti­lopes” R. De Vlae­minck

Pla­cé au dé­but de la sai­son des clas­siques, le Het Volk di­vise le monde et le pe­lo­ton en deux: les Flan­driens et les autres. À 22 ans, Ro­ger De Vlae­minck ap­par­tient dé­jà à cette

caste. La pluie, le vent, les in­ti­mi­da­tions des aî­nés et les pa­vés ne lui font pas peur. Mer­ckx non plus. “Il y avait 18 cou­reurs de­vant, Mer­ckx amène le sprint, moi tant que je res­tais dans la roue de Ser­cu, j’étais deuxième, re­si­tue De Vlae­minck. À 200 mètres de l’ar­ri­vée, ça ne mar­chait plus, je suis donc pas­sé à gauche et j’ai ga­gné, alors que j’avais des sou­liers de cy­clo-cross. Mer­ckx n’a même pas fi­ni dans les cinq pre­miers.” À vrai dire, le roi Ed­dy avait dé­jà vu ve­nir la me­nace re­pré­sen­tée par ce nou­veau ve­nu au ca­rac­tère aus­si noir que sa che­ve­lure. Quelques se­maines plus tôt, avant une course à Bruxelles, il ap­proche le jeune fla­mand et lui pro­pose de re­joindre son équipe Fae­ma. “Mon beau-père était coach de l’équipe na­tio­nale et il m’avait par­lé d’un bon cou­reur ama­teur. J’avais donc dis­cu­té avec Ro­ger. Il avait dit non. C’était son choix. Je ne l’ai pas mal pris du tout. J’es­sayais lo­gi­que­ment d’avoir la plus forte équipe pos­sible.” Comme sou­vent avec lui, De Vlae­minck ré­sume l’af­faire en une phrase. “J’ai dit à Mer­ckx que je n’al­lais pas rou­ler pour lui, mais contre lui.”

“Je n’avais pas be­soin de leur sou­tien”

En réa­li­té, Ro­ger De Vlae­minck a sur­tout rou­lé pour lui-même. Une ha­bi­tude qui re­monte à l’ado­les­cence, quand il écume les courses de sa Flandre orien­tale. Ro­ger suit les traces d’Erik, son frère aî­né de deux ans. Seul ou au sprint, il prend l’ha­bi­tude de le­ver les bras à la fin. “En 1964, j’ai rem­por­té 18 courses sur 22. J’avais 16 ans et j’ai ga­gné beau­coup d’ar­gent, alors que je n’avais même pas de li­cence. Mille francs par vic­toire.” Des primes qu’il met “dans le sac” pour éco­no­mi­ser en vue de l’achat d’un vé­lo neuf ou qu’il donne à sa mère afin d’amé­lio­rer l’or­di­naire du foyer. Car la fa­mille De Vlae­minck ne roule pas sur l’or. An­cien pe­tit cou­reur de ker­messe, le père a épou­sé une fille de ven­deurs am­bu­lants, des gi­tans trac­tant leur car­riole de vil­lage en vil­lage à l’aide de che­vaux. À l’époque, le mi­racle éco­no­mique n’a pas en­core son­né à la porte de cette Flandre pay­sanne et com­plexée. “On a connu une en­fance as­sez pauvre. Nous avions as­sez pour vivre, mais pas beau­coup plus.” Ro­ger De Vlae­minck ne veut pas en dire da­van­tage. La confi­dence est une langue étran­gère chez lui. Il pré­fère ra­me­ner la dis­cus­sion sur le foot, sa pre­mière pas­sion. “J’ai joué en 3e di­vi­sion à 16 ans.” Mais à l’époque, le cy­clisme reste le che­min le plus court pour quit­ter la pau­vre­té. Sur­tout quand per­sonne ne semble vous ar­ri­ver au pé­da­lier. Puis un jour, un ri­val dé­barque. Il a aus­si le che­veu brun, une pe­tite gueule à traî­ner à Car­na­by Street, une in­so­lence rieuse. Son nom? Jean-Pierre Mon­se­ré. Jem­pi pour les in­times. Plu­tôt que se ti­rer dans les rayons, Ro­ger et Jem­pi pac­tisent. “On a eu des ac­cords lors de quelques courses, c’était lui ou moi qui ga­gnions. Il a d’abord été un ami de ma femme, puis c’est de­ve­nu un des miens.” Quand les deux com­parses fran­chissent le Ru­bi­con du pro­fes­sion­na­lisme, ils re­joignent Erik du cô­té de la Flan­dria. Un re­paire de fortes têtes et d’hommes af­fran­chis, où cha­cun court d’abord pour sa tronche. “Que des lea­ders, confirme Joop Zoe­te­melk, autre dé­bu­tant pro­met­teur à l’époque. Ro­ger, son frère, Le­man,

“Moi je n’ai pas eu de concur­rence avec Ro­ger. Je pense que c’est plus lui qui en avait une avec moi” Ed­dy Mer­ckx

Mon­se­ré ou Go­de­froot… C’était cha­cun pour soi. Ce n’est pas comme main­te­nant où vous avez huit cou­reurs qui se sa­cri­fient pour un lea­der.” La Bel­gique com­mence à de­ve­nir trop pe­tite pour tous ces ta­lents et ces ego. Sur­tout que Mer­ckx prend dé­jà beau­coup de place après sa vic­toire sur le Tour de France en 1969, la pre­mière rem­por­tée par un Belge de­puis Syl­vère Maes trente ans plus tôt. Né d’un père fla­mand et d’une mère fran­co­phone, Mer­ckx le Bruxel­lois doit in­car­ner la Bel­gique au même titre que le roi. On lui im­pose de flot­ter au-des­sus des fron­tières lin­guis­tiques: il ne peut ré­pondre à plus de ques­tions en fran­çais qu’en néer­lan­dais. Sauf qu’une par­tie de la presse néer­lan­do­phone ne lui a ja­mais par­don­né d’avoir dit “oui” à Jen­ny en fran­çais lors de son ma­riage en 1977. Les Fla­mands les plus achar­nés pré­fèrent alors se trou­ver un cham­pion bien à eux, un digne hé­ri­tier des Briek Schotte et des deux Rik, Van Steen­ber­gen, et Van Looy. De Vlae­minck a le nom, la gueule et le sale ca­rac­tère pour me­ner la fronde. Il va de­ve­nir, sans le de­man­der mais sans pro­tes­ter non plus, le porte-dra­peau de leur res­sen­ti­ment ré­gio­na­liste. “Mer­ckx et moi, dès qu’on di­sait un mot en fran­çais, les sup­por­ters fla­mands étaient vexés. La dif­fé­rence, c’est que moi je n’in­té­res­sais pas les Wal­lons au­tant qu’Ed­dy. Je n’avais pas be­soin de leur sou­tien, alors qu’Ed­dy avait be­soin de plaire à tout le monde. Je dois avoir deux amis en Wal­lo­nie. Pas plus.”

“Merde, c’est De Vlae­minck!”

Il faut dire que la po­pu­la­ri­té ne pré­oc­cupe pas ce­lui que Jean-Pierre Dan­guillaume vient de sur­nom­mer “le Gi­tan” dans le pe­lo­ton. D’ins­tinct, De Vlae­minck a choi­si de cam­per le mé­chant de l’his­toire. Il était taillé pour. “Quand je gagne à Rou­baix de­vant Mer­ckx en 1975, Luc Va­renne, le jour­na­liste de la RTBF a crié: ‘Merde, c’est De Vlae­minck!’”, se sou­vient-il. C’est le Liège-Bas­togne-Liège de

“Mon frère est ma­lade. Il est dé­ment. Ce n’est plus pos­sible de par­ler avec lui, il ne re­con­naît plus per­sonne. Sa vie est fi­nie” R. De Vlae­minck

1970, cinq ans plus tôt, qui l’a ins­tal­lé dans le per­son­nage. Hu­mi­lié par Mer­ckx cinq jours plus tôt sur Paris-Rou­baix, il n’a pas ai­mé que le Can­ni­bale évoque une vic­toire fa­cile au dé­tour d’une in­ter­view. Le Gi­tan mû­rit sa ven­geance. Il a an­non­cé que “l’autre” ne le lâ­che­rait pas. Char­gé des basses-oeuvres, son frère Erik bloque Mer­ckx dans un vi­rage à l’ap­proche de l’ar­ri­vée, et laisse fi­ler son ca­det vers la vic­toire. Qua­rante-quatre ans après, le cou­pable pré­su­mé nie tou­jours. Ro­ger at­trape les sucres à dis­po­si­tion sur la table du res­tau­rant es­pa­gnol de Wa­re­gem où il a don­né ren­dez-vous pour re­jouer la scène et dé­mon­trer l’in­no­cence de sa fra­trie. “Mon frère est en tête, moi je suis à droite, Mer­ckx à gauche. Il y a un vi­rage à droite, je dis à Erik: ‘Va à gauche, moi je peux al­ler à droite.’ Erik est al­lé à droite, mais il est en tête, il peut faire ce qu’il veut. Je suis pas­sé et j’ai ga­gné, il n’y a rien à dire. C’est parce que nous étions à Liège et que tout le monde était pour Mer­ckx qu’on en a re­par­lé, et ce sont les jour­na­listes qui ont lan­cé cette his­toire.” Ces mêmes jour­na­liste qui dé­cident d’éri­ger les fran­gins De Vlae­minck et leur co­pain Jean-Pierre Mon­se­ré, cham­pion du monde sur­prise quelque mois plus tard à 21 ans du cô­té de Lei­ces­ter, en “bri­gade an­ti-Mer­ckx”. “La bri­gade an­ti-Mer­ckx, c’était moi seul”, in­ter­rompt Ro­ger De Vlae­minck. “Nous étions les lions et les autres étaient des an­ti­lopes. Tout le monde sa­vait que quand Mer­ckx at­ta­quait, j’étais der­rière.” Trop conscient de sa su­pé­rio­ri­té à l’épique, Mer­ckx mi­ni­mise, lui, l’im­por­tance de cette clique de Fla­mands li­gués contre lui. “En 1970, sur Paris-Rou­baix, l’équipe Flan­dria roule contre moi et je gagne avec le plus grand écart, 5 min 32 s ou je sais pas quoi (5 min 21 s, ndlr). Vous pou­vez être bri­gade an­ti-Mer­ckx tant que vous vou­lez, mais c’est sur les pé­dales que ça se fait.”

“On a vu tout de suite qu’il était mort”

Si elle a exis­té, la bri­gade n’a pas oeu­vré au­de­là du 15 mars 1971 et la mort de Mon­se­ré, maillot arc-en-ciel sur le dos. Son ami ne com­prend pas trop pour­quoi on lui de­mande de rem­bo­bi­ner les heures qui pré­cèdent le drame. Il se force quand-même. Il ra­conte que Mon­se­ré, son frère et lui avaient dé­ci­dé au der­nier mo­ment de se dé­gour­dir les jambes à Re­tie, non loin de la fron­tière fran­çaise, dans une ker­messe pas vrai­ment digne de leur pe­di­gree. Il parle de ki­lo­mètres à ava­ler avant Mi­lan-San Re­mo, lui cette bête à rou­ler ca­pable de s’in­fli­ger un dé­cras­sage de 150 km dans la fou­lée des 260 bornes d’un Gand-We­vel­gem. Il évoque ce bruit tou­jours pré­sent dans ses tym­pans. “On était dans un groupe de 17 cou­reurs. Il y avait une voi­ture sur la gauche, et Mon­se­ré était der­nier. Quand je le dé­passe, je lui dis qu’on va fer­mer (aban­don­ner) dans 10 ki­lo­mètres. Il n’a pas vu la voi­ture. Elle est al­lée di­rec­te­ment sur lui. Tout le monde s’est ar­rê­té. C’était pas nor­mal une ‘patate’ comme ça. On a vu tout de suite qu’il était mort. Avec mon frère, on a ré­cu­pé­ré ses af­faires et on est ren­trés chez nous en voi­ture. Sans rien dire.” Mon­se­ré laisse une femme et un fils né quelques mois plus tôt. Le Gi­tan, lui, perd son al­lié po­ten­tiel sur le front des grands Tours, où il ne s’aven­ture pas à dé­fier Mer­ckx. Mon­se­ré au­rait-il pu chan­ger la donne? “Sur les grands Tours, je ne crois pas, souffle un Mer­ckx à qui on de­mande de ré­écrire l’his­toire. Dans des courses d’un jour, sû­re­ment.” Le pa­tron du pe­lo­ton connais­sait les li­mites de Vlae­minck. “Ro­ger était un cou­reur très dif­fi­cile à battre sur des courses à étapes de dix jours, mais après dix jours, il s’étei­gnait et moi je res­tais al­lu­mé, constate le quin­tuple vain­queur du Tour de France. Moi je n’ai pas eu de concur­rence avec Ro­ger, je pense que c’est plus lui qui en avait une avec moi.” S’il n’a pas ab­di­qué, De Vlae­minck choi­sit son ter­rain pour dé­fier le Roi Ed­dy. Un ter­rain pa­vé de pré­fé­rence. Re­dou­table spé­cia­liste de cy­clo-cross comme son frère (sept fois cham­pion contre deux pour Ro­ger), le Gi­tan en pince pour Pa­risRou­baix. Il sait com­ment par­ler à la plus vi­cieuse des clas­siques. Il sait sur­tout ca­res­ser le pa­vé dans le bon sens de la pierre. Il ne crève ja­mais. Son se­cret: “être fort”. Aus­si con que ce­la. “Si tu es fort, tu ne crèves pas.” Et il est fort. Il gagne quatre fois et ter­mine quatre autres fois deuxième. Il a an­nexé l’En­fer du Nord. Il a aus­si quelques dé­pen­dances du cô­té de San Re­mo (trois fois) et du Tour des Flandres (vic­toire en 1977). Le Tour, il ne s’y aven­ture qu’à trois re­prises, pour trois aban­dons et une pe­tite vic­toire d’étape. Mer­ckx di­sait vrai. Dès 1973, l’en­fant d’Eek­lo a quit­té la Bel­gique et ses

“Si tu es fort, tu ne crèves pas” R. De Vlae­minck

ba­tailles de cha­pelles pour l’Italie (parce que les Ita­liens payaient mieux”), où il ef­fec­tue quelques raz­zias sur le Gi­ro avec 21 vic­toires d’étapes. L’an­cien re­belle a trou­vé sa place, mais rêve tou­jours de re­vê­tir ce maillot ar­cen-ciel comme son ami Mon­se­ré. En 1975, il échoue d’un rien der­rière Hen­nie Kui­per. Il ac­cuse Mer­ckx d’avoir fa­vo­ri­sé les plans du Néer­lan­dais à Yvoir, sur le sol belge qui plus est. Mais trou noir quand il s’agit de ré­ité­rer ses ac­cu­sa­tions. “J’ai dé­jà par­lé, tu dois re­gar­der les jour­naux. J’ai Alz­hei­mer, moi.” Ed­dy Mer­ckx lui ra­fraî­chit la mé­moire. “Je suis tom­bé en dé­but de cham­pion­nat, et je me suis sa­cri­fié pour lui. Après la course, il vient me re­mer­cier et le len­de­main, tous les jour­naux disent que je n’ai pas joué le jeu… Là, je l’ai mal pris. C’est sur­tout Lu­cien (Van Impe) qui n’a pas rou­lé, parce que l’avant-veille on était douze à table et Ro­ger avait dit: ‘Non, non: onze et de­mi, comp­tez Lu­cien pour un de­mi!’ Parce qu’il était pe­tit. Lu­cien l’avait très mal pris.” Le pe­tit en ques­tion confirme: “On ne s’est plus par­lé pen­dant trois ans après cette his­toire. Il le pen­sait peut-être pas, mais moi j’ai pen­sé qu’il me pre­nait pour un de­mi­cou­reur.”

Au­jourd’hui, Ro­ger, Ed­dy et Lu­cien sont ré­con­ci­liés et le pre­mier nous de­mande si on connaît “ce pe­tit mon­sieur qui a ga­gné le Tour de France 1976” au mo­ment de les re­joindre tous les deux at­ta­blés de­vant leur des­sert. Van Impe et De Vlae­minck évoquent par­fois le cas d’Erik, ce frère ai­né qui a dis­pa­ru de la photo. “On en parle, mais il n’en dit pas grand-chose”, sou­pire Van Impe. De­puis le mi­lieu des an­nées 70, Ro­ger a vu son aî­né se dé­battre avec ses dé­mons: drogues, al­cool, dé­pres­sion. Une chute lente mais inexo­rable. “Mon frère est ma­lade. Il est dé­ment. Ce n’est plus pos­sible de par­ler avec lui, il ne re­con­naît plus per­sonne. Il est dans une mai­son de re­pos près de la mer, à Mid­del­kerke. On va le voir la se­maine pro­chaine. Nous y al­lons toutes les six se­maines, mais ce n’est plus pos­sible de par­ler en­semble, je viens donc avec un ami et on reste dix, quinze minutes. Sa vie est fi­nie.” Au dé­but des an­nées 90, Ro­ger a pris sous son aile son ne­veu, Geert, un spé­cia­liste du cy­clo-cross, comme son père Erik. Vic­time d’un ar­rêt car­diaque en pleine course, le cham­pion de Bel­gique est dé­cé­dé à 26 ans sous les yeux de son père et de son oncle. Un drame de plus dans la vie du Gi­tan? Lui op­pose une froide fa­ta­li­té: “Toi dans ta fa­mille, il n’y a pas de morts? C’est quoi une mort dra­ma­tique? Un ac­ci­dent? Tu dois tou­cher du bois, hein. J’ai en­core d’autres amis qui sont morts. Mon en­traî­neur est mort la se­maine pas­sée, il avait 84 ans. Peut-être que dans un mois tu es mort.” Ro­ger De Vlae­minck, lui, est bien vi­vant.

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