La mi­gra­tion a com­men­cé...

Pêche en Mer - - BAROMÈTRE DES CÔTES - De notre cor­res­pon­dant Gilles Pi­gnoges

En cette belle ar­rière-sai­son in­croya­ble­ment en­so­leillée et calme jus­qu’à pré­sent, nous sommes en si­tua­tion de faire les pre­miers bi­lans pour 2018 sur la côte aqui­taine. Quelle que soit l’es­pèce de pois­son re­cher­chée, nous ne pou­vons que consta­ter la dé­gra­da­tion per­ma­nente de notre chep­tel : les bars n’ont qua­si­ment ja­mais mon­tré le bout de leur nez. Pour les quelques bancs qui ont réus­si à évi­ter tous les pièges ten­dus sur leur route, ils dé­pas­saient dif­fi­ci­le­ment les 50 cm et ne sont pas res­tés deux jours consé­cu­tifs. Pour les maigres, mon constat est en­core plus dé­sas­treux ! Même après la sor­tie des cas­se­rons pous­sés par le cou­rant dans les passes à cette époque de l’an­née, rien à l’ho­ri­zon. Pour les bancs de chin­chards qui foi­sonnent d’or­di­naire sur nos côtes, on n’en a pas vus beau­coup sur toute la sai­son. Pas une sar­dine non plus... alors je ne sais pas si ça in­ter­pelle quel­qu’un ou quelle en est la si­gni­fi­ca­tion, mais pas une sar­dine ! Cette ab­sence me marque tout de même un peu. Les dau­rades royales ont per­mis aux pas­sion­nés de ti­rer leur épingle du jeu sur des spots très pré­cis avec très peu de beaux spé­ci­mens, un peu comme les bars, du pois­son de taille moyenne et tou­jours aux mêmes en­droits. Alors pour les lo­caux qui vont lire ces quelques lignes et qui ont eu la chance de pê­cher quelques gros pé­pères, je suis en train de faire une syn­thèse glo­bale de la si­tua­tion, je ne fais pas dans le dé­tail ou dans l’ex­cep­tion­nel. Je rap­pelle juste qu’il n’y a pas si long­temps que ça, nous avions des bars d’avril à oc­tobre sans dis­con­ti­nuer et pi­quer un 4 ou 5 kg n’avait vrai­ment rien d’ex­cep­tion­nel. Des maigres de 5 à 10 kg en pleine sai­son es­ti­vale on en avait à re­vendre... beau­coup de plai­san­ciers ne s’en sont pas pri­vés d’ailleurs. Je ne peux me conten­ter de je­ter la pierre sur la pêche in­dus­trielle pour jus­ti­fier un tel dé­sastre, parce qu’on y a tous plus ou moins contri­bué. Je pen­che­rais d’avan­tage pour un chan­ge­ment de cou­rants ma­rins ou un dé­rè­gle­ment de notre éco­sys­tème dû à je ne sais pas trop quoi. Pol­lu­tion ? Ré­chauf­fe­ment de la tem­pé­ra­ture de l’eau ? Pré­lè­ve­ments in­tem­pes­tifs en pé­riode du frai ? Tout à la fois? Les re­tom­bées né­ga­tives de cette si­tua­tion ne vont pas s’ar­rê­ter à quelques dé­cep­tions de pê­cheurs ren­trés bre­douilles. Il y au­ra sû­re­ment de fortes ré­per­cu­tions dans l’éco­no­mie de ce mi­lieu... et il y a du monde concer­né de près ou de loin. Et la ce­rise sur le ga­teau, les thons rouges ont dé­ser­ti­fié la zone, des thons qui à cette époque de fer­me­ture at­tei­gnaient des tailles re­cords. Res­tent quelques thons blancs de quelques ki­los à deux bonnes heures de na­vi­ga­tion de la côte. Non mer­ci.

On me re­proche mon cô­té alar­miste per­ma­nent, j’en suis dé­so­lé, mais je ne prends pas de mon temps pour faire plai­sir et ra­con­ter des bê­tises. Les faits sont là, oui ou non ? Pour beau­coup d’entre nous, la pêche n’est pas un ob­jec­tif de vie, la chasse va re­prendre le re­lais et nous al­lons at­ta­quer la pé­riode des pé­ti­tions qui ne mè­ne­ront pas à grand chose hor­mis peut être la créa­tion de nou­velles in­ter­dic­tions, des dé­crets, des dé­ro­ga­tions, un peu n’im­porte quoi et on conti­nue comme ça. Jus­qu’à quand?

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