Le traî­nard, arme fa­tale

La pêche à sou­te­nir offre une par­ti­cu­la­ri­té. Il s’agit de la seule, en ba­teau, où les ap­pâts na­tu­rels sont les élé­ments vers les­quels tout converge alors qu’ils sont ab­sents dans les deux autres grands genres que sont la pêche aux leurres ou la traîne.

Pêche en Mer - - SOMMAIRE -

La pêche à sou­te­nir qui im­pose à l’em­bar­ca­tion d’être au mouillage, au­tre­ment dit avec une ancre qui im­mo­bi­lise le ba­teau, est dif­fé­rem­ment pra­ti­quée se­lon les ré­gions. Elle est fonc­tion des pois­sons qui s’y ex­priment et de la nour­ri­ture qui est la leur. Un su­pion se­ra beau­coup plus ef­fi­cace en Mé­di­ter­ra­née qu’en At­lan­tique où les pré­da­teurs pré­fè­re­ront lar­ge­ment un chi­pi-

ron qui est pour­tant, comme le su­pion, un cé­pha­lo­pode. C’est ain­si. Les pois­sons ap­pré­cient ce qu’ils savent re­con­naître et qui fait par­tie de leur en­vi­ron­ne­ment. La pêche à sou­te­nir, tou­te­fois, reste la seule qui peut au­to­ri­ser la prise, pra­ti­que­ment, de tous les pois­sons qui bordent nos côtes mé­tro­po­li­taines. Sauf cas ex­cep­tion­nel, le leurre ou la traîne ne per­met­tront ja­mais de his­ser à bord une raie ou une rous­sette, pour ne ci­ter que ces deux exemples.

Il existe plu­sieurs va­riantes à sou­te­nir

Il existe plu­sieurs va­riantes dans une pêche à sou­te­nir dont une qui est, de loin, la plus ef­fi­cace et qui per­met aus­si d’opé­rer une re­la­tive sé­lec­tion en éli­mi­nant des pois­sons « en­com­brants » comme le ta­caud, l’or­phie, le chin­chard, no­tam­ment. C’est la pêche au traî­nard. Per­sonne a ou­blié la cé­lèbre phrase lâ­chée par Jean Ma­rais dans Le Bos­su : « si tu ne viens pas à La­gar­dère, La­gar­dère ira à toi ». Avec le traî­nard, c’est un peu la même chose. Il y a des pois­sons qui, plus mé­fiants que d’autres ou so­li­taires, ne vien­dront ja­mais se mê­ler à la meute qui tourne au­tour de la strouille, à la ver­ti­cale du ba­teau. Ils en res­tent éloi­gnés. Et puis­qu’ils ne viennent pas vers nous, c’est au pê­cheur d’al­ler vers eux. Le mon­tage d’un traî­nard offre cette pos­si­bi­li­té. D’autre part, avec ce der­nier, on peut mon­ter de plu­sieurs crans la taille d’un ha­me­çon et es­cher de ma­nière consé­quente puisque l’on re­cherche avant tout des beaux – donc des gros – pois­sons. Un traî­nard, c’est quoi au juste ? Pour ca­ri­ca­tu­rer, il s’agit d’un grand avan­çon (60 cm à 1 m) qui offre la par­ti­cu­la­ri­té de se si­tuer non pas au-des­sus du plomb, comme le sont les avan­çons dans une pêche à la pa­lan­grotte, mais en des­sous. De ce fait, il n’est pas en mou­ve­ment comme des avan­çons qui sont bal­lot­tés par le cou­rant sous-ma­rin, mais il se fait dis­cret, re­po­sant sur le fond à dis­tance du plomb. Le mon­tage d’un traî­nard est chose re­la­ti­ve­ment simple. Il y a tout d’abord le « faux » traî­nard. Il consiste à lais­ser sur le bas de ligne deux avan­çons au-des­sus du plomb et en fixer un troi­sième, de lon­gueur égale aux deux pre­miers, mais que l’on dis­po­se­ra au ras du plomb. Ce­la per­met à l’ap­pât, contrai­re­ment aux deux autres, de re­po­ser aus­si sur le fond mais à proxi­mi­té im­mé­diate du plomb. On peut, d’ailleurs, lan­cer l’en­semble à une ving­taine de mètres der­rière le ba­teau, mais ce­la n’em­pê­che­ra pas du tout des pois­sons qui ne sont pas re­cher­chés de dé­pouiller vos ha­me­çons. D’autre part, le mon­tage n’étant pas très dis­cret, cer­tains pré­da­teurs ne se ris­que­ront pas.

Un ap­pât ne doit pas ré­sis­ter au pois­son

Le « vrai » traî­nard est quand même un peu plus éla­bo­ré. Tout d’abord, un traî­nard, c’est un seul ha­me­çon donc, un seul ap­pât. Les pê­cheurs savent qu’il y a des pois­sons qui, à la moindre ré­sis­tance, re­lâ­che­ront l’ap­pât qu’ils convoitent. Il faut donc que cet ap­pât puisse être dé­pla­cé éven­tuel­le­ment sans at­ti­rer la mé­fiance de la prise sou­hai­tée. C’est pour­quoi les pê­cheurs uti­li­se­ront un pe­tit ob­jet es­sen­tiel qui porte le nom de cou­lis­seau. Les an­ciens qui pra­tiquent leur art de­puis quelques lustres ont sans doute en mé­moire ces cou­lis­seaux du siècle der­nier. Mé­tal­liques, ils se pré­sen­taient pra­ti­que­ment sous la forme d’une équerre, se tor­dant à la moindre croche sur un obs­tacle. Il fal­lait les re­dres­ser à la main. Et la dis­cré­tion n’était vrai­ment pas leur point fort. Il est vrai qu’à l’époque ils avaient pour ob­jec­tif de par­tir en quête pra­ti­que­ment d’un seul pois­son, le congre. Les an­nées qui ont pas­sé ont, for­cé­ment, amé­lio­ré le concept.

« Le mon­tage d'un traî­nard offre la pos­si­bi­li­té de se rap­pro­cher au plus près des pois­sons mé­fiants ou so­li­taires, ceux qui ne vien­dront ja­mais se mê­ler à la meute qui tourne au­tour de la strouille, à la ver­ti­cale du ba­teau. »

Le mé­tal a dis­pa­ru pour cé­der la place au plas­tique. Le cou­lis­seau a aus­si per­du du vo­lume et il existe, comme nous le ver­rons par ailleurs, une gamme as­sez large avec éga­le­ment des us­ten­siles qui ne sont pas à vrai dire des cou­lis­seaux mais qui peuvent en as­su­mer la fonc­tion avec tout au­tant d’ef­fi­ca­ci­té. Le cou­lis­seau se mon­te­ra sur le corps de ligne, qu’il s’agisse de tresse ou de ny­lon. Le traî­nard se­ra, lui, en fluo­ro­car­bone. C’est pra­ti­que­ment in­vi­sible dans l’eau et très ré­sis­tant. Il y au­ra tou­jours beau­coup moins de casse avec un fluo­ro­car­bone qu’avec un ny­lon clas­sique. Est-il utile de pré­ci­ser que l’on ne monte ja­mais un traî­nard ou un avan­çon avec une tresse. Pour re­lier le corps de ligne et le traî­nard, on uti­lise un éme­rillon. Afin d’amor­tir le choc avec le cou­lis­seau qui sup­por­te­ra le plomb, on pour­ra glis­ser une perle de bu­tée à l’ex­tré­mi­té du corps de ligne. En­fin, sur le traî­nard, on fixe­ra un ha­me­çon, de pré­fé­rence circle hook qui blesse beau­coup moins les pois­sons.

L’élas­tique re­lie­ra plomb et cou­lis­seau

On en ter­mi­ne­ra avec ce mon­tage en évo­quant le plomb. Qu’il soit rond, en forme de poire, de montre ou d’étoile n’au­ra pas vrai­ment d’im­por­tance. Par contre, en cas de dé­part ul­tra ra­pide d’un pois­son à la touche il fau­dra qu’il ac­com­pagne le mou­ve­ment gé­né­ral. Si, lors du lan­cer, il est ve­nu se blo­quer le long d’un obs­tacle, roche ou autres, il ne de­vra pas être un frein. C’est pour­quoi on le re­lie­ra à l’agrafe du cou­lis­seau de pré­fé­rence avec un élas­tique plu­tôt qu’un cas­sant en ny­lon. Il se li­bè­re­ra ain­si beau­coup plus fa­ci­le­ment ou, au pire des cas, il res­te­ra sur place, l’élas­tique ayant ex­plo­sé. Quand on pêche avec un traî­nard se pose tou­jours une ques­tion : faut-il ou non lan­cer ? Dans un pre­mier temps, quel que soit le nombre de pê­cheurs à bord, la canne sur la­quelle est mon­té un traî­nard se­ra tou­jours si­tuée sur l’ex­té­rieur du ba­teau,

bâ­bord ar­rière ou tri­bord ar­rière. On au­ra com­pris que l’on ne pour­ra en dis­po­ser ain­si que deux au maxi­mum. Lan­cer un traî­nard né­ces­site pas mal d’at­ten­tion sur­tout s’il y a peu de place dans le cock­pit. N’ou­blions pas que nous pro­pul­sons dans les airs un avan­çon d’un mètre ou presque, un gros ap­pât, un plomb et son cou­lis­seau. L’en­semble doit être pro­je­té à 25 ou 30 mètres dans l’axe du cou­rant. Il y a donc le lan­cer qui doit être bien maî­tri­sé afin que le traî­nard ne vienne pas se mê­ler au corps de ligne, et il y a aus­si l’at­ter­ris­sage à la sur­face de l’eau. Pour mettre tous les atouts de son cô­té et faire en sorte que l’ap­pât soit le plus éloi­gné pos­sible du plomb et du cou­lis­seau sur le fond, il faut, au tout der­nier mo­ment, frei­ner lé­gè­re­ment la tresse ou le ny­lon le long de la bo­bine avec la paume de la main. Le traî­nard va ain­si s’éloi­gner du plomb juste avant l’im­pact. Tou­te­fois, on n’au­ra au­cune ga­ran­tie à 100 % que l’ap­pât, sur le fond, reste cor­rec­te­ment à dis­tance du plomb et du cou­lis­seau qui, sur le plan vi­suel, peuvent dis­sua­der cer­tains pois­sons. Car, c’est une évi­dence, on pêche avec un traî­nard sur des fonds de roches plates voire de sable et de ga­lets et la pré­sence de corps étran­gers est très li­sible.

Li­bé­rer le fil à la main

Il existe un autre sys­tème beau­coup plus sûr de lan­cer qui consiste à ne pas... lan­cer. C’est ce­lui qui va of­frir toutes les ga­ran­ties. On ne risque pas de bles­ser un équi­pier, il n’y a pas d’im­pact sur l’eau avec ses consé­quences éven­tuelles et vous êtes as­su­rés que votre ap­pât se­ra éloi­gné du plomb. La mé­thode consiste à li­bé­rer, pick-up du mou­li­net ou­vert, le traî­nard et le corps de ligne seuls. On dé­roule ain­si la lon­gueur que l’on sou­haite avec l’aide du cou­rant. Donc ce­ci se­ra à pro­hi­ber lors de pé­riodes de mortes-eaux ou lors des étales de ma­rée. Pen­dant ce même laps de temps, on main­tient notre cou­lis­seau et son plomb dans la main gauche. Quand on a at­teint la dis­tance sou­hai­tée, on laisse alors tom­ber à la ver­ti­cale du ba­teau le plomb et son cou­lis­seau. Le tour est joué. Votre ap­pât est à 25 mètres du plomb. At­ten­tion tou­te­fois aux goe­lands et or­phies... Puisque nous avons lâ­ché le mot, les ap­pâts se­ront plu­tôt ci­blés. Les plus ef­fi­caces de­meurent le ma­que­reau fraî­che­ment pê­ché (et sur­tout pas conge­lé) et les seiches, en­cor­nets type chi­pi­ron (à pré­sen­ter en en­tier) ou ca­la­mars dont on uti­li­se­ra en prio­ri­té la tête. Le ma­que­reau se­ra un gueu­lin, sorte de triangle iso­cèle que l’on au­ra dé­cou­pé à l’ar­rière du pois­son. Un autre ap­pât est un gage de réus­site, le cas­se­ron. C’est le nom bre­ton don­né à la seiche. Par contre, s’il ne re­bu­te­ra pas un gros pagre ou un bar il fe­ra aus­si le ré­gal d’un congre ou d’une rous­sette. On pré­tend à juste rai­son que l’été in­dien est la meilleure pé­riode pour ci­bler les raies, gros pagres, ba­listes ou les bars de belle taille qui sont aus­si bien pré­sents au large. Le traî­nard au­ra été conçu pour eux. ■

Texte et pho­tos de Maxence Pon­roy

Les Mi­ni-cou­lis­seaux in­ox pré­sen­tés en po­chette de trois avec leur pe­tite perle sont par­faits. 2 cm de long, trans­pa­rents, ils se fondent dans le pay­sage sur le fond.

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