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Osez la raie !

Pêche en Mer - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos de Maxence Pon­roy

Pour­tant des es­pèces ont ten­té d’in­ver­ser le cou­rant. Le re­tour en force, il y a 40 ans, des do­rades grises, a coïn­ci­dé avec une nou­velle mode. La pêche à sou­te­nir est sor­tie de son ano­ny­mat et la strouille est en­trée dans le vo­ca­bu­laire cou­rant. Car sans sar­dines broyées, point de Spa­ri­dés. Un autre re­tour, en­core plus im­por­tant ce­lui-là, au­rait pu son­ner le dé­clin du bar dans le coeur des pê­cheurs. Ce fut ce­lui du pagre aux pro­por­tions bien su­pé­rieures aux do­rades, qu’elles soient grises ou roses, et dont le com­bat sor­tait un peu de l’or­di­naire quand il s’agis­sait d’évo­quer ceux des pois­sons qui bordent nos côtes mé­tro­po­li­taines. Le bar, tel le lion de la fable, est res­té le roi. Même le thon rouge, au­jourd’hui si courtisé, ne par­vient pas à le sup­pléer chez le plus grand nombre. Il est vrai que sa quête reste en­core éli­tiste pour des rai­sons mul­tiples et, sur­tout, fi­nan­cières. Il y a d’autres pois­sons qui, quant à eux, ne consti­tuent pas un ob­jec­tif bien pré­cis. On part pê­cher le bar, le pagre, la grise, le thon, mais on ne se risque pas à mi­ser sur des es­pèces qui sortent du com­mun et qui, pour­tant, avec un peu de connais­sances, peuvent être aus­si ci­blées. Sou­vent, c’est parce qu’elles sont de­ve­nues plus rares ou que, sans vraiment l’avouer, on ne sait pas très bien com­ment les trou­ver.

Les raies mé­ritent une at­ten­tion par­ti­cu­lière

Cer­taines mé­ritent quand même une at­ten­tion par­ti­cu­lière. On s’aper­çoit qu’en re­grou­pant dif­fé­rents élé­ments (lo­ca­li­sa­tion pro­bable sur les fonds, condi­tions mé­téo­ro­lo­giques, co­ef­fi­cients de ma­rée, mon­tages, ap­pâts), on par­vient à nos fins avec des pois­sons dont on consi­dé­rait au­pa­ra­vant que leur prise était le fruit du plus grand des ha­sards. La raie fait par­tie de cette ca­té­go­rie un peu à part. Ces cu­rieux pois­sons qui semblent is­sus d’un autre monde sont tou­te­fois par­mi ceux qui pro­posent un vrai com­bat quand ils at­teignent plu­sieurs ki­los, sou­vent plus de dix, per­for­mance que peu d’autres es­pèces peuvent re­ven­di­quer. Pê­cher la raie est un vrai plai­sir et si cette grande fa­mille des Ra­ji­dés se doit d’être pro­té­gée après avoir été sur­ex­ploi­tée, re­mettre un de ses membres, bien vi­vant dans son élé­ment, après avoir été his­sé à bord dans l’épui­sette (et sur­tout pas gaf­fé comme à l’an­cienne), ne pose au­cun pro­blème si l’on sait com­ment fer­rer, au bon mo­ment, en uti­li­sant aus­si des ha­me­çons circle hooks qui offrent cette éton­nante par­ti­cu­la­ri­té de se pi­quer fré­quem­ment

peut pas em­pê­cher un pois­son de mordre sur un ap­pât, di­sons que sa re­mise à l’eau, bien vi­vant, après pho­to­gra­phie, est obli­ga­toire. Les raies sont mul­tiples et pas tou­jours fa­ciles à iden­ti­fier au re­gard de la mul­ti­pli­ca­tion des tâches et la dis­po­si­tion des épines. Le long de nos côtes conti­nen­tales, on pour­ra ren­con­trer des tor­pilles ca­pables d’éloi­gner le moindre pré­da­teur avec une dé­charge élec­trique qui peut grim­per à 200 volts mais qui est sur­tout des­ti­née à « élec­tro­cu­ter » une proie. La tor­pille est un pois­son re­la­ti­ve­ment cou­rant que l’on re­trouve sou­vent dans les fi­lets des pê­cheurs ama­teurs. Plus re­cher­chée, car pou­vant at­teindre des di­zaines de ki­los, la raie po­che­teau était un pois-

Le traî­nard est bien adap­té à la pêche de la raie. L’iden­ti­fi­ca­tion des raies n’est pas tou­jours évi­dente

son re­dou­té il y a quelques di­zaines d’an­nées du fait de la dif­fi­cul­té pour la sor­tir de l’eau vu sa masse et sa puis­sance. Elle re­mon­tait vo­lon­tiers une par­tie des es­tuaires comme ceux de la Loire, les raies sem­blant fort bien com­po­ser avec l’eau douce. La raie po­che­teau que l’on ap­pe­lait par­fois aus­si « raie terre » est, par contre, de­ve­nue très rare. Fi­na­le­ment, les raies aux­quelles nous aurons le plus de chance d’être confron­té sont les raies bru­nettes (pro­té­gées donc), les raies fleu­ries, les raies bou­clées, les raies douces, les pas­te­nagues qui, avec les raies tor­pilles, peuvent re­pré­sen­ter un dan­ger pour l’homme. La pas­te­nague est la seule par­mi celles que l’on pour­ra ren­con­trer à dis­po­ser d’un dard ou un gros ai­guillon acé­ré pla­cé sur la dor­sale, au­tre­ment dit l’ex­tré­mi­té de la queue d’une raie. Ce dard est ca­pable de tra­ver­ser une main et son ve­nin est re­dou­té. Il par­ti­cipe sans doute aus­si au fait que le pê­cheur se mé­fie tou­jours un peu des raies. Mais la pas­te­nague est vraiment une ex­cep­tion.

No­vembre est un ex­cellent mois pour pê­cher la raie

Après cette pré­sen­ta­tion gé­né­rale, ve­nons-en à la pêche. Il y a d’abord la meilleure pé­riode de l’an­née pour ten­ter de trou­ver nos raies. C’est simple, il s’agit de celle qui va de sep­tembre à fin no­vembre. Les raies sont beau­coup plus ac­tives, comme d’autres rares es­pèces, en pé­riode noc­turne. Mais, ras­su­rez-vous. Si vous leur pré­sen­tez un ap­pât bien frais le jour, elles se lais­se­ront vite sé­duire. Le plus dif­fi­cile à maî­tri­ser est la na­ture du fond, son des­sin et son en­vi­ron­ne­ment proche. Il s’agit là de trois élé­ments qui sont dé­ter­mi­nants pour sa­voir où se si­tuent les raies. En de­hors de fonds ro­cheux ac­ci­den­tés, la raie peut, en fin de compte être pré­sente un peu par­tout, sur des fonds de roches plates, sur des fonds sa­blo­va­seux. On en trouve même, mais de plus en plus ra­re­ment, à proxi­mi­té des plages, au­tre­ment dit à des pro­fon­deurs faibles et à por­tée d’ap­pâts des adeptes du surf­cas­ting. Mais tout ce­ci re­lève du pur ha­sard. Pour être à peu près cer­tain d’être confron­té à une raie, il faut réunir plu­sieurs pa­ra­mètres.

La raie est sy­no­nyme de gra­vière

Tout d’abord, il y a la pro­fon­deur. Les raies, à sou­te­nir, se prennent dans une four­chette de 10 à 20 mètres. D’autre part, elles se po­si­tionnent sur ce que l’on nomme des gra­vières. Il s’agit de zones pa­na­chées entre sable, ga­lets et sur­tout, gra­viers. Il est ain­si dé­ter­mi­nant pour la qua­li­té de la pêche de bien ci­bler ces sec­teurs grâce aux cartes du SHOM ou l’élec­tro­nique à bord. Il y a aus­si un élé­ment qui a son im­por­tance, c’est le dé­ni­ve­lé. Les raies, al­lez sa­voir pour­quoi, aiment se po­si­tion­ner sur des en­droits qui sont for­cé­ment bien dé­ga­gés mais qui sont aus­si en pente. Et cette pente peut-être as­sez forte par­fois. Ce­la si­gni­fie que nous sommes à proxi­mi­té, au large, le plus sou­vent d’un pla­teau ro­cheux sy­no­nyme de pré­sence de pois­sons, de crus­ta­cés, en somme une nour­ri­ture de pas­sage pour les raies. Si tous ces élé­ments sont réunis et que vous sor­tez lors de l’été in­dien jus­qu’à pra­ti­que­ment la fin de l’au­tomne, vous se­rez certainement ré­com­pen­sé. En re­vanche, les ma­rées et le cou­rant ont peu d’im­por­tance. Que ce soit au mon­tant ou au des­cen­dant, lors de mortes ou de vives-eaux, quand les raies sont là, elles peuvent s’in­té­res­ser à vos ap­pâts à tous mo­ments. Il n’y a pas be­soin, non plus, de strouille. C’est ap­pré­ciable. Tou­te­fois, il faut prê­ter at­ten­tion au po­si­tion­ne­ment du ba­teau, donc au mouillage, de fa­çon à ce que l’on puisse pê­cher sur la par­tie des­cen­dante de la pente. Nous ver­rons, par ailleurs, les mon­tages qui sont les mieux ap­pro­priés. Car la raie offre une par­ti­cu­la­ri­té. C’est une grande lym­pha­tique. Ce n’est pas un pois­son qui part en chasse en quête de sa nour­ri­ture. Tout en se confon­dant avec la na­ture du fond, un pri­vi­lège que les raies ont avec la cou­leur de leur robe faite de dé­gra­dés de brun, elles sont en em­bus­cade. Ain­si elles jaillissent sur la moindre proie qui passe à proxi­mi­té. De ce fait, il faut leur pré­sen­ter un ap­pât qui soit mo­bile. Un long traî­nard per­met cette mo­bi­li­té

par­fois avec l’aide du cou­rant sous-ma­rin, mais pê­cher au flot­teur, à l’an­glaise en quelque sorte, est un gage de réus­site puisque l’ap­pât va cou­vrir une zone re­la­ti­ve­ment im­por­tante ce qui aug­men­te­ra les chances de ren­con­trer une raie.

Il faut bien ci­bler les ap­pâts

Le choix des ap­pâts, au de­meu­rant, est aus­si non né­gli­geable. La raie dis­pose d’une très grande bouche et elle ac­cepte vo­lon­tiers des ap­pâts en rap­port avec sa taille. Elle ap­pré­cie l’en­cor­net ou, plus exac­te­ment, une tête de ca­la­mar avec ses ten­ta­cules mais, sur­tout, le ma­que­reau frais que l’on pré­sen­te­ra sous forme de gueu­lin. C’est éga­le­ment un des rares pois­sons qui ne né­gli­ge­ra pas un fi­let de chin­chard. Les raies pos­sèdent, bien sûr, des dents qui peuvent être ar­ron­dies ou très acé­rées. Quand vous faites un cli­ché d'une raie vi­vante avant de la re­mettre dans son élé­ment, pre­nez bien soin de la te­nir par la bouche mais en vous pro­té­geant avec un chif­fon ou un gant. Les dents, d’ailleurs, per­mettent sur­tout à la raie de re­te­nir sa proie. Car ces pois­sons offrent une autre par­ti­cu­la­ri­té : leur bouche est ven­trale. Du même coup, la raie se couche sur son ob­jec­tif, en l’oc­cur­rence votre ap­pât avant de l’in­gur­gi­ter pro­gres­si­ve­ment. C’est im­por­tant à no­ter car ce­la au­ra une in­ci­dence sur le fer­rage.

Avec la raie, on parle sou­vent de trac­teur

Les touches, avec les raies, ne sont pas vio­lentes. Il s’agit plu­tôt d’une pre­mière touche de moyenne im­por­tance sui­vie par d’autres, es­pa­cées de quelques se­condes. Sous l’eau, elles si­gni­fient que la raie a at­tra­pé sa proie et qu’elle la dé­guste, pla­quée sur le fond. C’est seule­ment quand la raie dé­cide de par­tir qu’il faut fer­rer. Et quand une raie s’anime, là com­mence le com­bat. On parle sou­vent de trac­teur des mers en évo­quant ce pois­son. La raie est une force de la na­ture. Elle uti­lise à mer­veille son vo­lume, sa puis­sance et ses ailes. Une raie d’une dou­zaine de ki­los va ain­si vous pro­me­ner du­rant un pe­tit bout de temps. Il faut d’abord la dé­col­ler du fond. Ce n’est pas tou­jours simple avec les gros pois­sons. Si on y par­vient la raie va quand même vous prendre du fil en mode die­sel. Il faut ten­ter de la bri­der juste ce qu’il faut avec un frein bien ré­glé. Il est peu pro­bable qu’une raie coupe un fluo­ro­car­bone de 35 cen­tièmes. Par contre, si vous com­met­tez une er­reur avec le ré­glage du frein, la casse est pro­bable. Il faut se mon­trer pa­tient car, à plu­sieurs re­prises, votre pois­son fi­le­ra à nou­veau vers le fond mais sans trop de risques puisque la raie n’y au­ra pas de re­fuge. Se­lon son poids, mais aus­si la puis­sance du cou­rant, il vous fau­dra quelques mi­nutes pour la voir en­fin sous la sur­face de l’eau. Il fau­dra faire at­ten­tion à un ul­time rush, tout en puis­sance, tou­jours pos­sible. Il est, bien en­ten­du, hors de ques­tion de gaf­fer une raie. La plu­part de ces pois­sons et, obli­ga­toi­re­ment les raies bru­nettes, doivent être re­mis à l’eau bien vi­vants. On uti­lise une épui­sette pour his­ser la raie à bord. On la pré­sen­te­ra de fa­çon à ce que la raie y pé­nètre par la queue en pre­mier. Ce se­ra au pê­cheur de faire en sorte que cette pré­sen­ta­tion soit la bonne en jouant avec le cou­rant pour que sa prise pé­nètre bien dans l’épui­sette te­nue par un équi­pier. N’ou­bliez pas, non plus, quand vous par­tez en quête de cette es­pèce, de pré­voir une épui­sette au dia­mètre suf­fi­sant. Une fois à bord, il fau­dra ôter l’ha­me­çon. En pê­chant avec des circle hooks, ce qui est for­te­ment re­com­man­dé, vous n’au­rez au­cune dif­fi­cul­té puisque cet ha­me­çon se­ra pi­qué au bord de la bouche. N’ayez au­cune crainte, une raie ne vous mor­dra pas. Faites sur­tout at­ten­tion aux épines sur la queue et à la pré­sence d’un éven­tuel dard sy­no­nyme de pas­te­nague. En­suite, si vous re­met­tez votre pois­son à l’eau, faites-le à nou­veau avec l’aide de l’épui­sette. Et, sur­tout, ne le ba­lan­cez pas par-des­sus bord !

On l'ignore sou­vent, des raies re­la­ti­ve­ment com­munes sont in­ter­dites de pêche par les ré­créa­tifs comme la raie bru­nette.

Un fi­let de chin­chard est un ex­cellent ap­pât pour la raie.

Les raies, tout comme les re­quins avec les­quels elles pos­sèdent quelques points com­muns, ont ce que l'on ap­pelle « un taux de re­pro­duc­tion » qui est as­sez faible.

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