Parents

LA CHRONIQUE DE CLAIRE CASTILLON

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Ah ! la mer… C’est surtout l’idée qu’on s’en fait. Un transat moelleux, une serviette double épaisseur, un oreiller bien gonflé, l’ombre qui tombe sur le visage, le soleil qui chauffe les pieds. Un cocktail à l’heure de midi, une glace à quatre heures, de longues brasses avec les poissons, et puis la sieste, entre deux livres. L’enfant saura bien s’occuper.

Un seau, une pelle, et le tour est joué ! Oui mais le sable, oui mais les gens, oui mais le soleil, oui mais la mer finalement…

On aurait dû rester chez soi, dans la chambre sécurisée. Debout, la jeune mère est comblée : il est temps de faire des pâtés. Car l’enfant ne veut pas jouer seule. Elle vient de marcher sur le voisin. Trop petite pour les autres enfants qui eux, jouent déjà aux raquettes, votre bébé réclame sa maman. Elle ne veut pas mettre son bob, refuse ses lunettes de soleil, accepte de jouer à l’épuisette, si on la lui tient, si on pêche. On a pourtant pensé à tout : pour qu’elle puisse s’amuser toute seule, on est arrivé à la mer chargée de toutes sortes d’idées. Des pince-sable, des perce-coquillage­s, des couvre-poissons, des caresseour­sins. Des ballons ? Oui, on peut essayer, à condition d’y jouer aussi.

J’avais cru, mais l’avais-je vraiment cru ?, pouvoir m’allonger une seconde, ses deux ans occupés, ma quiétude retrouvée.

Mais l’épuisement se présente, la plage est un mirage. Restons à la campagne, oui mais que faire des arbres, de leurs baies qui font peur, des insectes rampants, grimpants, volants aussi. Les mains tendues vers moi, ma fille veut une lingette. Les mains tendues vers elle, j’essaie de la rattraper avant qu’elle ne s’effondre, mains ensablées, sur le pique-nique d’à côté. La mère voisine essaie de sourire mais sa salade a pris. Les mains de ma fille, dedans, que j’arrache en hurlant. Un cours d’éducation, à haute voix, pour faire bien, tandis que je propose à la dame plusieurs dédommagem­ents : « Vous voulez des chichis ? J’ai aussi une Pom’pote. Je peux tout vous donner ». La femme sourit encore mais le mari est froissé. J’espère que ses enfants vont bientôt m’agresser, que je puisse à mon tour, jouer la dame piquée. Je fabrique un château, un parc, puis une ville. Et là je me surprends à rêver au retour. Il y a moins de soleil, moins d’embruns, moins de pieds nus, mais il y a une chaise qui m’attend quelque part. Un livre est posé dessus, c’est celui du mois de juin, abandonné en cours. Je ne l’ai pas emporté, je savais secrètemen­t que dès le fond du lit, mes yeux se fermeraien­t. Le soleil de l’été se levant à six heures, le matin ne veut pas non plus me laisser lire.

Oui, ce livre abandonné, je vais le retrouver. Il faudra que je revienne un petit peu en arrière. Et pendant que je lirai, des images des vacances monteront sous mes yeux.

Je serai repartie là-bas, près des rires de ma fille, de son problème récurrent de sable à retirer, de mer à repousser, de poisson à aimer. Elle sera à la crèche, à l’école, je ne sais plus, et la mère, près de moi, ou bien dedans cette fois, réclamera son bébé.

“JE FABRIQUE UN CHÂTEAU, UN PARC,

PUIS UNE VILLE.

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CASTILLON,
ÉCRIVAIN ET
MAMAN D’UNE
PETITE FILLE.
CLAIRE CASTILLON, ÉCRIVAIN ET MAMAN D’UNE PETITE FILLE.

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