Il va mar­cher cet été... 15 si­tua­tions dé­cryp­tées pour l’ac­com­pa­gner dans ses pre­miers pas

Parents - - Édito - DOROTHÉE BLANCHETON

As­seoir son en­fant, ça l’aide à se re­dres­ser ?

À par­tir de 6-8 mois, l’en­fant com­mence à te­nir as­sis, mais il ne s’y met­tra tout seul et ne res­te­ra dans cette po­si­tion qu’entre 9 et 11 mois. « Si on l’as­soit trop sou­vent avant qu’il soit ca­pable de le faire, ce­la peut re­tar­der ses ac­qui­si­tions mo­trices. Il risque d’adop­ter de mau­vais sché­mas pos­tu­raux et par exemple avan­cer sur les fesses au lieu de dé­ve­lop­per le “ram­pé” et le 4 pattes, pré­vient Ju­liette Mar­tin, psy­cho­mo­tri­cienne.

Faut-il amé­na­ger l’es­pace ?

C’est mieux. Pla­cez, par exemple, des ta­pis au sol pour amor­tir ses chutes. Veillez à ce qu’ils soient suf­fi­sam­ment durs et an­ti­dé­ra­pants. Votre pe­tit pour­ra y prendre ap­pui avec ses mains pour avan­cer ou re­le­ver sa tête. Sé­cu­ri­sez son es­pace avec des coins de table. Re­ti­rez les ob­jets dan­ge­reux qu’il pour­rait sai­sir en se met­tant de­bout. Vers 11-12 mois, il ca­bote : c’es­tà-dire qu’il ap­puie ses mains sur la table basse pour se dé­pla­cer et passe d’un meuble à l’autre.

Comme son centre de gra­vi­té est bas, pri­vi­lé­giez des meubles fixes à sa hau­teur pour le ras­su­rer dans ses dé­pla­ce­ments.

Le quatre-pattes, c’est une étape obli­ga­toire ?

C’est une étape im­por­tante car c’est l’une des pre­mières co­or­di­na­tions entre le haut et le bas du corps. L’en­fant prend conscience de son bas­sin. Grâce au quatre-pattes, il se tient un peu plus haut que lors­qu’il ram­pait: c’est une tran­si­tion avant de se te­nir de­bout. Mais s’il est pres­sé de se dres­ser et qu’il rampe ef­fi­ca­ce­ment, il peut par­fai­te­ment zap­per le quatre-pattes.

Il n’a pas fait de quatre-pattes… C’est gê­nant ?

Pas spé­cia­le­ment, mais Ju­liette Mar­tin rap­pelle que les pré­re­quis au sol sont pri­mor­diaux. Ain­si, le bé­bé doit s’être bien exer­cé à pas­ser du dos sur le ventre et vice-ver­sa. Il doit éga­le­ment être à l’aise pour ram­per et si pos­sible avoir ex­pé­ri­men­té le quatre-pattes… C’est aus­si im­por­tant que le fait de mar­cher tout seul car il ap­prend dé­jà, au sol, à tra­vailler son équi­libre. Or cette com­pé­tence lui se­ra très utile une fois de­bout. Il faut donc l’in­ci­ter à se dé­pla­cer au sol.

Quels jeux pour l’ac­com­pa­gner ?

« Le meilleur jeu, c’est votre corps. Met­tez-vous au sol, lais­sez votre en­fant grim­per sur vous, vous en­jam­ber. Il trou­ve­ra des ap­puis, tra­vaille­ra son équi­libre», ex­plique la psy­cho­mo­tri­cienne. Il s’amu­se­ra de ce mo­ment com­plice tout en ex­pé­ri­men­tant ses ca­pa­ci­tés phy­siques. Une fois que vous le sen­tez prêt à se mettre de­bout, vous pou­vez placer des jouets sur la table basse du sa­lon pour l’in­vi­ter à se re­dres­ser pour l’at­teindre.

Il a fait ra­pi­de­ment du 4 pattes, mar­che­ra-t-il tôt ?

Le quatre-pattes se fait gé­né­ra­le­ment vers l’âge de 9-10 mois. Mais ce­la reste un re­père in­di­ca­tif car chaque en­fant évo­lue à son rythme. S’il se met tôt à quatre-pattes, il amé­lio­re­ra ses ap­puis au sol avec ses pieds et ses mains, ain­si que sa co­or­di­na­tion. Pour au­tant, il peut très bien ap­pré­cier ce mode de dé­pla­ce­ment et prendre son temps avant de se re­dres­ser pour mar­cher !

Pour­quoi se tient-il en po­si­tion de “che­va­lier ser­vant”?

Avant de se mettre de­bout, l’en­fant adopte sou­vent une po­si­tion de “che­va­lier ser­vant” fai­sant sa ré­vé­rence, un ge­nou à terre. Il ap­prend en fait à maî­tri­ser l’équi­libre avant-ar­rière. C’est la pre­mière fois que son buste se tient droit. Ju­liette Mar­tin pré­cise que c’est le signe qu’il est prêt à se mettre de­bout.

Sti­mu­ler son en­fant, c’est l’ai­der ?

Oui, si c’est sous forme de jeu et que vous n’an­ti­ci­pez pas ce qu’il est in­ca­pable de faire par lui­même. Le mot d’ordre, c’est la mo­tri­ci­té libre: don­ner libre cours aux mou­ve­ments spon­ta­nés dans un environnement adap­té! Mais rien ne vous em­pêche de sti­mu­ler sa voûte plan­taire en lui mas­sant les pieds, en lui chan­tant des comp­tines im­pli­quant ses bras et ses jambes… Il res­sen­ti­ra da­van­tage de sen­sa­tions et pren­dra mieux conscience de son corps. En­fin, fé­li­ci­tez-le de ses progrès pour l’en­cou­ra­ger.

Le trot­teur ou you­pa­la, c’est mau­vais ?

Oui! Le trot­teur contraint l’en­fant à être de­bout alors qu’il ne sait pas le faire par lui-même. Le pe­tit rai­dit tout son corps pour te­nir la po­si­tion. Ça le fa­tigue in­uti­le­ment, lui donne une mau­vaise pos­ture et nuit à son dé­ve­lop­pe­ment. De plus, le trot­teur peut s’avé­rer dan­ge­reux; l’en­fant peut dé­va­ler les es­ca­liers ou fon­cer dans un mur car il se pense pro­té­gé. Quand il dé­am­bu­le­ra tout

seul, il risque de conser­ver l’habitude de fon­cer dans les murs, mais n’au­ra alors plus le trot­teur comme bou­clier pour se pro­té­ger des bosses !

Y a-t-il un dé­clic psy­cho­lo­gique ?

Oui. Cer­tains pe­tits se lancent tout de suite car ils se sentent as­sez confiants et sont plus té­mé­raires. D’autres ap­pré­hendent da­van­tage. Ils veulent être sûrs d’eux et at­tendent quelques mois pour évi­ter de tom­ber. L’ex­perte ex­plique qu’on peut li­mi­ter cette crainte: « Ras­su­rez-le en lui di­sant que la chute n’est pas grave, sans lui com­mu­ni­quer d’anxiété au moindre tré­bu­che­ment. Il faut créer un cli­mat dé­dra­ma­ti­sant et être soi-même se­rein face à ses es­sais. »

Un en­fant qui se tient de­bout tôt mar­che­ra-t-il tôt ?

Il n’y a pas de règle. L’en­fant se tient de­bout, avec un sou­tien, à par­tir de 9-10 mois. Il s’amuse à se bais­ser et se le­ver avant de mar­cher. Ça le ras­sure de sa­voir pas­ser de la sta­tion de­bout à la sta­tion as­sise, de plier ses ge­noux pour re­ve­nir au sol. Il ap­prend ain­si à s’as­seoir sans se lais­ser tom­ber. S’il sent qu’il est ca­pable, la marche vien­dra. Il faut juste lui faire confiance.

Pieds nus ou avec des chaus­sures?

Il est pré­fé­rable de lais­ser l’en­fant pieds nus. Les chaus­sures, tout comme les chaus­settes, l’em­pêchent de sen­tir le sol et ses mou­ve­ments. Or ses or­teils sont très mo­biles, il pousse des­sus. Il faut le lais­ser pieds nus le plus long­temps pos­sible et gar­der les chaus­sures pour plus tard, dans la rue, quand il sau­ra mar­cher. Par la suite, veillez à lui pro­po­ser des chaus­sures à se­melles souples et qui ne bloquent pas la mo­bi­li­té de la che­ville.

Le te­nir par la main, ça l’aide ?

Pas vrai­ment ! Le pro­blème, c’est que les pa­rents sont plus grands. L’en­fant doit alors le­ver le bras et ça change son centre de gra­vi­té, ses re­pères. Il sur­com­pense en se met­tant sur la pointe des pieds ou se jette en avant pour mar­cher. L’idéal? Te­nir l’en­fant par le bas­sin car le transfert de poids entre les deux jambes se fait à ce ni­veau-là quand on marche.

Il fait ses pre­miers pas. Il marche ?

Les pre­miers pas sur­viennent en prin­cipe entre 12 et 15 mois. Et cer­tains se lancent et ne s’ar­rêtent plus. D’autres font quelques pas un jour, puis re­passent au quatre-pattes ou se re­mettent à ram­per du­rant plu­sieurs se­maines. C’est le signe qu’ils ont en­core be­soin de conso­li­der leurs ac­quis et leur équi­libre au sol pour se sen­tir prêts à mar­cher. Une fois la marche ac­quise, « il doit conti­nuer à en­ri­chir sa mo­tri­ci­té en mon­tant et des­cen­dant les es­ca­liers, en fai­sant du tri­cycle… In­ci­tezle à bou­ger, faites-lui confiance, sans rien im­po­ser », sug­gère la spécialiste.

Il tarde à mar­cher. Quand doit-on com­men­cer à s’in­quié­ter ?

Votre pe­tit a peut-être dé­ve­lop­pé d’autres com­pé­tences pen­dant que ses co­pains se concen­traient uni­que­ment sur la marche. Peut-être avance-t-il plus vite à quatre-pattes et ça lui suf­fit. Jus­qu’à 18 mois, il n’y a rien d’anor­mal s’il ne marche pas. Mais par­lez-en au pé­diatre si vous vous in­quié­tez. Sur­tout si votre en­fant stagne long­temps ou ré­gresse. « Par­fois, il peut s’agir d’un pro­blème de vue, d’un sou­ci d’équi­libre ou d’une hy­po­to­nie par exemple », ex­plique la spécialiste.

L’ac­qui­si­tion de la marche est une étape im­por­tante dans la quête d’au­to­no­mie de votre bout de chou. Elle sus­cite aus­si beau­coup de questions ! On vous dit tout pour vous ai­der à l’ac­com­pa­gner au mieux.

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