Le billet de Ju­lien Blanc-Gras

Nous vi­vons dans un monde bruyant. Le ron­fle­ment des voi­tures, les son­ne­ries des por­tables, les cris des en­fants : on di­rait par­fois que l’uni­vers tout en­tier s’est li­gué contre nos tym­pans. Certes, nous sup­por­tons le ta­page de nos re­je­tons, car l’amour e

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Com­ment le pa­pa… … gère le cal­vaire des jouets so­nores

Les fêtes ap­prochent et c’est une pé­riode où le vo­lume aug­mente par­ti­cu­liè­re­ment.

D’abord car les en­fants sont ex­ci­tés (on ne peut pas leur en vou­loir, c’est la ma­gie de Noël). Et en­suite, car il est pro­bable que quel­qu’un leur offre un jouet as­sour­dis­sant.

Je sais de quoi je parle.

Ré­cem­ment, ma belle-mère a ten­du un pa­quet-ca­deau à mon fils. C’est ado­rable. Ma­mie se fait plai­sir en gâ­tant son pe­tit-fils, rien de plus na­tu­rel. Les nerfs des pa­rents, en re­vanche, sont sou­mis à rude épreuve. Car le ca­deau en ques­tion s’avère être un ro­bot guer­rier la­ser qui avance en pro­dui­sant un bou­can in­fer­nal et in­in­ter­rom­pu FIRE-FIREFIRE, agré­men­té de ra­fales de mi­traillettes TA-TA-TA-TA et de bom­bar­de­ments BOUM-BOUMBOUM. L’En­fant peut s’amu­ser avec pen­dant des heures. Et si vous lui de­man­dez d’ar­rê­ter, il ne vous en­tend pas, à cause du ro­bot.

Cet en­gin dé­mo­niaque n’est qu’un tro­phée

par­mi d’autres dans la col­lec­tion de jouets déses­pé­rants que l’En­fant, ce ca­pi­ta­liste en herbe, est en­chan­té d’ac­cu­mu­ler.

Vous aus­si, vous connais­sez le cal­vaire du pe­tit train dont le TCHOU-TCHOU est im­pos­sible à ar­rê­ter une fois en­clen­ché. La ta­blette qui hurle AMUSE-TOI AVEC CE JEU RI­GO­LO au mo­ment où vous pas­sez un coup de fil pro­fes­sion­nel hy­per im­por­tant. Le livre mu­si­cal qui ré­pète in­dé­fi­ni­ment les quatre pre­mières me­sures de La Lettre à Élise, jus­qu’à vous écoeu­rer de Bee­tho­ven (qui était sourd, le vei­nard).

Et cet hé­li­co­ptère, là, qui pro­duit plus de dé­ci­bels que la fu­sée Ariane au dé­col­lage. Pour­quoi le son est-il si fort ?

Pour­quoi le son est-il de si mau­vaise qua­li­té ?

J’ai ten­té de scot­cher les sor­ties

pour at­té­nuer le va­carme, ça ne sert pas à grand-chose, la ma­chine l’em­porte tou­jours à la fin. Per­sonne ne s’ex­plique vrai­ment pour­quoi les fa­bri­cants de jouets so­nores ne sont pas pour­sui­vis en jus­tice plus fré­quem­ment. Fau­drat-il un mou­ve­ment de type #metoo pour li­bé­rer la pa­role des pa­rents aux oreilles tor­tu­rées ? D’au­tant que la plu­part de ces trucs sont fa­bri­qués en plas­tique qui tue les tor­tues.

Il reste une so­lu­tion:

éva­cuer les ob­jets en ques­tion lors du pre­mier vide-gre­niers ve­nu. Pas si simple. L’En­fant veille au grain et il se roule par terre en gueu­lant : NON, JE VEUX GAR­DER LE TRAIN QUI FAIT TCHOU-TCHOU. On ne gagne pas au change. Alors on es­saye d’em­brouiller l’En­fant : « Tu sais, à mon époque, on s’amu­sait très bien avec une fi­celle et un bout de car­ton ». (Je crois que mes pa­rents me sor­taient dé­jà ce bo­bard, et je crois que, dé­jà à l’époque, je ne les croyais pas.)

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