“Son père lui a ex­pli­qué que je ne pre­nais pas la place de sa mère.”

MA­RIE-CHAR­LOTTE Belle-mère de Ma­naëlle (9 ans et de­mi) et ma­man de Mar­tin (17 mois).

Parents - - Ma Tribu/Témoignages -

« De­puis que Mar­tin est là, on est vrai­ment une fa­mille. C’est comme s’il était ve­nu sou­der tout le monde, Ma­naëlle, ma belle-fille, mon ma­ri et moi. De­puis le dé­but de notre re­la­tion avec mon ma­ri, quand j’avais 23 ans, j’ai tou­jours cher­ché à in­clure sa fille dans notre vie. Elle avait 2 ans et de­mi quand j’ai ren­con­tré son pa­pa. Dès le dé­but de la conver­sa­tion, il l’a men­tion­née en me di­sant : “Si tu veux de moi, il fau­dra me prendre avec ma fille”. J’ai trou­vé ça drôle de par­ler dé­jà d’un “nous” alors qu’on ve­nait de se ren­con­trer. Nous nous sommes re­vus très vite et je suis tom­bée amou­reuse de lui. Mais j’ai at­ten­du cinq mois avant de ren­con­trer sa fille. Peut-être parce que je sa­vais que ce­la nous en­ga­ge­rait plus. Au dé­but, tout s’est pas­sé sim­ple­ment entre elle et moi.

Ça a été une pé­riode ter­rible

Quand elle a eu 4-5 ans, sa ma­man a vou­lu par­tir vivre dans le Sud en em­me­nant Ma­naëlle. Son père s’y est op­po­sé, lui pro­po­sant de faire une garde al­ter­née. Mais la ma­man de Ma­naëlle a choi­si de par­tir et la garde a été at­tri­buée au pa­pa. Ça a été une pé­riode ter­rible. Ma­naëlle s’est sen­tie aban­don­née, elle ne sa­vait plus com­ment se pla­cer par rap­port à moi. Elle fai­sait des crises de ja­lou­sie quand je m’ap­pro­chais de son père. Elle ne me lais­sait plus m’oc­cu­per d’elle : je n’avais plus le droit de la coif­fer, ni de l’ha­biller. Si je lui fai­sais ré­chauf­fer son lait, elle re­fu­sait de le boire. On était tous tristes de cette si­tua­tion. C’est l’in­fir­mière psy­cho­logue qui nous a ai­dés à trou­ver les mots. Son père s’est po­si­tion­né, il lui a ex­pli­qué qu’il fal­lait qu’elle m’ac­cepte, que ce se­rait plus simple pour tout le monde, et que je n’al­lais pas prendre la place de sa mère. À par­tir de là, j’ai re­trou­vé la pe­tite fille joyeuse et gen­tille que j’avais connue. Bien sûr, par­fois, elle me fait tour­ner en bour­rique et je m’énerve vite, mais c’est pa­reil avec mon fils, alors je culpa­bi­lise moins qu’avant ! Avant, j’avais peur d’être mé­chante avec elle, comme l’était ma propre belle-mère ! Elle je­tait mes jouets en mon ab­sence, don­nait mes ha­bits… Ma belle-mère m’avait tou­jours fait me sen­tir à part, par rap­port aux en­fants qu’elle a eus avec mon père. Moi, j’ai tou­jours consi­dé­ré mes pe­tits frères que ma mère a eus avec son nou­veau ma­ri comme des frères à part en­tière. Quand j’ai eu 18 ans, un de mes pe­tits frères du cô­té de ma mère est tom­bé ma­lade. Il avait 5 ans. Un soir, on a même dû lui dire “au re­voir”, pen­sant ne ja­mais le re­voir vi­vant. Le len­de­main, je fai­sais des courses avec ma tante et quel­qu’un m’a de­man­dé de ses nou­velles. Après la conver­sa­tion, la per­sonne m’a dit : “Pour toi, ce n’est pas grave, ce n’est que ton de­mi-frère”. Cette phrase ter­rible fait que je dé­tes­te­rai tou­jours le terme “de­mi”. Ma­naëlle est comme ma fille. S’il doit lui ar­ri­ver quelque chose, on ne se­ra pas “de­mi-tristes” ou si elle a fait quelque chose de bien, on ne se­ra pas “de­mi-fiers”. Ja­mais je ne veux mar­quer de dif­fé­rence entre elle et son frère. Si quel­qu’un touche à l’un d’entre eux, je peux mordre. »

« J’ai eu peur d’être mé­chante avec Ma­naëlle, comme l’était ma belle-mère avec moi. »

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