“Nos rap­ports sont très ten­dus, et au-de­là d’une heure, je ne la sup­porte plus.”

Ma­man de Noam, 9 mois.

Parents - - Bidon/témoignages Mon -

« Ma mère et moi ? On était comme les deux doigts de la main quand j’étais pe­tite. Après ma nais­sance, elle a ar­rê­té de tra­vailler pen­dant dix ans pour s’oc­cu­per de moi et de mes deux pe­tits frères, et a tou­jours beau­coup joué avec nous. Le fos­sé a com­men­cé à se creu­ser à l’ado­les­cence. Très fé­mi­nine, elle était du genre à cou­rir les ma­ga­sins quand moi, gar­çon man­qué sur les bords, je pré­fé­rais grim­per aux arbres et fu­guer. Mais même si nous n’étions pas dans un rap­port mère-co­pine et si nous avions du mal à nous com­prendre, nous ar­ri­vions à par­ler de tout : de pa­piers ad­mi­nis­tra­tifs, de com­mé­rages, de nos re­la­tions aux autres, à nous-mêmes et même de sexe par­fois. Quand j’ai su que j’étais en­ceinte, je n’ai pas réus­si à te­nir ma langue. Je l’ai dit à ma mère dès le pre­mier mois. Et je l’ai très vite re­gret­té. Parce qu’elle s’est aus­si­tôt mise à ache­ter plein de trucs : une bai­gnoire, un tran­sat de bain, des cuillères, plein de vê­te­ments et des tonnes de pa­quet de couches jus­qu’à la taille 5 ou 6 ! Comme elle avait eu des pa­rents très ab­sents, elle vou­lait s’im­pli­quer au maxi­mum. Sauf que je n’avais ni la même his­toire, ni le même ca­rac­tère, ni les mêmes prin­cipes de vie. J’avais beau lui dire que j’étais une grande fille, que je pou­vais me dé­brouiller toute seule et sur­tout que j’étais contre la sur­con­som­ma- tion, elle ne m’écou­tait pas. Pire, elle me fai­sait pas­ser pour une in­grate en pré­tex­tant qu’elle vou­lait juste me faire plai­sir. Mais ça ne me fai­sait ab­so­lu­ment pas plai­sir de la voir tout dé­ci­der à ma place. Il suf­fi­sait que je lui dise : “Tiens, cette se­maine, je vais al­ler ache­ter un ther­mo­mètre de bain” et le jour même, elle cou­rait en ache­ter un. Au dé­part, mon conjoint avait plu­tôt ten­dance à s’en amu­ser jus­qu’à ce que je lui ra­conte le lap­sus de ma mère : elle avait dit “quand mon bé­bé se­ra là…” ! De là, il a mieux com­pris mon aga­ce­ment.

A la ma­ter­ni­té, elle pas­sait son temps à le mi­trailler de pho­tos

Et mon fils est fi­na­le­ment ar­ri­vé le 24 mars. Sans sur­prise, ma mère, qui vit en Bre­tagne, a dé­bar­qué dès le len­de­main à Pa­ris pour le voir. A chaque vi­site à la ma­ter­ni­té, elle pas­sait son temps à le mi­trailler de pho­tos avec son té­lé­phone. Ça avait le don de m’exas­pé­rer ! Mais ce n’est pas le pire. Avant qu’on sorte de la ma­ter­ni­té, elle n’a pas pu s’em­pê­cher d’al­ler tout bri­quer chez moi du sol au pla­fond. Je suis très à che­val sur le mé­nage, mais pas au­tant qu’elle. Elle es­ti­mait que l’ap­par­te­ment n’était pas suf­fi­sam­ment propre pour ac­cueillir un nour­ris­son. J’en au­rais crié !

De­puis, nos rap­ports sont très ten­dus. J’es­saie de prendre sur moi, mais au-de­là d’une heure, je ne la sup­porte plus. Elle aus­si a chan­gé de re­gard sur moi. Vu que j’ai ten­dance à perdre pa­tience et par­fois à me mon­trer agres­sive, elle se montre plus mé­fiante. Elle ne me com­prend pas. A l’en­tendre, j’ai l’im­pres­sion d’être de­ve­nue un monstre qui ne cherche qu’à la faire souf­frir. Et c’est ce qui me fait le plus mal au fond, parce que mal­gré tous ses dé­fauts, je l’aime ma ma­man. Je vou­drais juste qu’elle me laisse faire mes propres choix. »

“A l’en­tendre, j’ai l’im­pres­sion d’être de­ve­nue un monstre qui ne cherche qu’à la faire souf­frir. Et c’est ce qui me fait le plus mal au fond, parce que mal­gré tous ses dé­fauts, je l’aime ma ma­man.”

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