Phé­no­mène

“Touche pas à mon ventre !”

Parents - - Sommaire - HÉ­LÈNE BOUR

Ber­trand du ser­vice comp­ta, Sé­ve­rine à l’ac­cueil, votre cou­sine éloi­gnée, votre belle-mère, votre voi­sin… Bref, de­puis que vous ar­bo­rez un jo­li ventre rond, vous avez l’im­pres­sion que la terre en­tière veut le tou­cher! Comme si cette par­tie de vous ne vous ap­par­te­nait plus. Cé­cile Vié­not, psy­cho­logue li­bé­rale, spé­cia­li­sée dans l’ac­com­pa­gne­ment des femmes en­ceintes, dé­crypte avec nous cette drôle de ma­nie.

Mais pour quelles rai­sons vou­loir tant y tou­cher ?

« Pour les per­sonnes ex­té­rieures, cette gros­sesse n’ap­par­tient pas qu’au couple, elle n’est pas vé­cue comme une his­toire in­time, mais plu­tôt comme une aven­ture so­ciale », ex­plique Cé­cile Vié­not. L’en­tou­rage a ten­dance à s’ap­pro­prier cette gros­sesse, comme si ce ventre rond tom­bait tout sim­ple­ment dans l’es­pace pu­blic. « C’est comme si le corps était de­ve­nu un ob­jet, dé­nué de pen­sées, comme s’il y avait tout à coup une dis­so­cia­tion entre la femme elle-même et son ventre de gros­sesse », pour­suit la psy­cho­logue. Ce phé­no­mène s’ex­plique prin­ci­pa­le­ment par un mou­ve­ment de pro­jec­tion, sur­tout chez les femmes. Elles s’iden­ti­fient ou se pro­jettent dans la gros­sesse, se­lon si elles ont dé­jà été en­ceintes ou non. Qui plus est, la gros­sesse est une pé­riode de la vie où l’in­ti­mi­té est moins pré­sente, no­tam­ment au ni­veau du sui­vi mé­di­cal. La femme se rend ré­gu­liè­re­ment chez son gy­né­co­logue ou sa sage-femme, où elle doit se désha­biller, se pe­ser… Et son in­ti­mi­té en prend un coup. De ma­nière gé­né­rale, on a ten­dance à consi­dé­rer à tort qu’une femme en­ceinte doit par­ta­ger sa gros­sesse, alors qu’au fond, c’est à elle d’en dé­ci­der.

Et moi, pour­quoi je n’aime vrai­ment pas ça ?

Dans l’ima­gi­naire com­mun, la gros­sesse est quelque chose de mer­veilleux, un mo­ment ma­gique dans la vie d’une femme. Pour­tant, « de plus en plus de femmes avouent qu’elles vivent mal leur gros­sesse et les trans­for­ma­tions de leur corps, sans for­cé­ment mal vivre le fait de de­ve­nir ma­man par ailleurs», note Cé­cile Vié­not. Aus­si, lorsque l’on veut tou­cher le ventre d’une femme en­ceinte, on pense être dans un plai­sir par­ta­gé, alors que ça n’est pas for­cé­ment le cas… Ça ren­voie la femme à cette idée de gros­sesse “plai­sir” qu’elle ne res­sent pas for­cé­ment, à son état qu’elle peut dé­jà avoir du mal à sup­por­ter. En nous tou­chant le ventre alors qu’on est en­ceinte, la per­sonne ex­té­rieure nous dé­pos­sède de notre gros­sesse, es­saie en quelque sorte de s’en em­pa­rer. Or, cer­taines femmes pré­fèrent que leur gros­sesse de­meure de l’ordre de l’in­time, comme un pro­jet qui ne se vit qu’à deux. «La femme doit gar­der son libre ar­bitre», conseille la psy­cho­logue. « Il ne faut pas hé­si­ter à ex­pli­quer à l’autre que l’on n’a pas en­vie au­jourd’hui, mais qu’on l’in­vi­te­ra plus tard à ve­nir tou­cher le ventre si ce­la évo­lue du­rant la gros­sesse. »

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