CO­LOM­BIE BRI­TAN­NIQUE

Partir Pêcher - - Sommaire N°56 - Texte et pho­tos d’ Oli­vier Char­pen­tier

Es­tur­geons du Fra­ser La Co­lom­bie bri­tan­nique pos­sède de vastes ri­chesses ha­lieu­tiques entre les sau­mons, les truites steel­head et les pêches en mer. Mais un des grands atouts de cette pro­vince reste de se me­su­rer aux géants du fleuve Fra­ser : l’es­tur­geon.

La Co­lom­bie bri­tan­nique pos­sède de vastes ri­chesses ha­lieu­tiques entre les sau­mons, les truites steel­head et les pêches en mer. Mais un des grands atouts de cette pro­vince reste de se me­su­rer aux géants du fleuve Fra­ser : l’es­tur­geon. Nous voi­là donc par­tis, en juin der­nier.

Le Fra­ser est un f l euve t rès pui s s a nt e t boueux qui r écu­père ses eaux de­puis un t r ès vaste bas­sin vers ant , à che­val s ur deux ét at s canadiens, com­pre­nant de hautes mon­tagnes et de grands gla- ciers. C’est à Van­cou­ver même, au sein de l a ca­pi­tale de l a Co­lom­bie bri­tan­nique, que l e Fra­ser re­joint l a mer. C’est un peu plus en amont, de­puis l e Fra­ser Ri­ver l odge que com­men­ce­ra notre ex­pé­rience sur l es es­tur­geons blancs. Nous sommes at­ten­dus par notre guide, Jay, le len­de­main ma­tin sur les berges du fleuve. Ra­pide mise à l’eau et bien­tôt nous re­mon­tons le cou­rant à pleine vi­tesse sur son jet-boat en alu­mi­nium.

Un bon spot le reste pen­dant des an­nées

La dé­tec­tion des es­tur­geons se fait au son­deur. On peut voir très net­te­ment les poissons sur le fond. Cer­taines zones sont très peu­plées et d’autres par­ties sont pra­ti­que­ment dé­sertes. Jay m’ex­plique que les es­tur­geons se dé­placent beau­coup entre l’amont et l’aval en fonc­tion de la sai­son et de la nour­ri­ture dis­po­nible : ils sont donc très fi­dèles à cer­taines zones du fleuve. Un bon spot à es­tur­geon le reste pen­dant des an­nées. Il cor­res­pond sou­vent à des zones pro­fondes de la ri­vière, ou bien à des sor­ties de fosses, là où le cou­rant concentre l a nour­ri­ture. L’ ancre est mise à

l’en­droit pro­pice, et on sort les mon­tages. Je suis sur­pris par l’énor­mi­té du plomb qui va être uti­li­sé, de 400 à 600 grammes ! En ef­fet, l’ap­pât doit être pré­sen­té par­fai­te­ment sur le fond et le plomb doit le main­te­nir dans des re­mous puis­sants et par­fois avec plus de 10 mètres de fond. Il faut donc plom­ber lourd.

L’es­tur­geon a des goûts de luxe

Un mor­ceau de sau­mon, voire même un fi­let de sau­mon est fixé sur un court bas de ligne. Oui oui, mon­sieur es­tur­geon a des goûts de luxe ! En fait, ces poissons at­tendent un mo­ment pré­cis de l’an­née, ce­lui du­rant le­quel les sau­mons gé­ni­teurs re­mon­tés vers l ’ amont meurent. Leur dé­pouille en­traî­née par le cou­rant se­ra une nour­ri­ture fa­cile et très éner­gé­tique pour les es­tur­geons avant le rude hi­ver. Jay pêche l’es­tur­geon dans le Fra­ser toute l’an­née. Mais se­lon

lui, la fin du prin­temps et l’au­tomne sont les meilleurs mo­ments. Deux cannes sont ten­dues. L’at­tente com­mence. Une heure d’at­tente. Pas de dé­part. On change pour un poste si­tué plus sur le cou­rant prin­ci­pal. Les lignes sont re­ten­dues. Dix mi­nutes plus tard, un scion fré­mit, la ligne se dé­tend. Puis la ligne se re­tend et cette fois la canne se plie car­ré­ment.

« Strike ! Striiiiike ! » me crie Jay

C’est la pre­mière touche, il ne faut pas la ra­ter. Je sors la canne du sup­port et donne un mou­ve­ment ample et ferme vers l’ar­rière. Le pois­son ré­agit im­mé­dia­te­ment et me lance dans un très puis­sant rush vers l’aval. On a la sen­sa­tion d’une masse co­los­sale qui ne peut être ar­rê­tée. Jay a dé­jà r emon­té l ’ ancre pour évi­ter que la bo­bine ne se vide com­plè­te­ment. Je suis pour­tant équi­pé d’un tam­bour tour­nant qui contient bien 400 mètres de tresse de 80 livres. Et pour­tant il faut ré­agir très vite. Nous par­tons en dé­rive avec le pois­son. Il est très puis­sant. Sou­dain la ligne change d’angle, et je vois mon es­tur­geon s’en­vo­ler dans les airs dans un

saut ma­jes­tueux. Fan­tas­tique. Une de­mi heure de com­bat. La dé­fense du pois­son se fait plus lourde. Il est temps de cher­cher un en­droit sur la berge pour échouer le monstre. On choi­sit une plage à f orte i ncli­nai­son. Je saute sur la berge canne en main, et le com­bat se fi­nit du bord. Il m’est très dif­fi­cile, en fin de com­bat, d’échouer le pois­son sur la pente de sable. Ça y est, Jay prend le base de ligne et l’ es­tur­geon crève la sur­face. Il me­sure en­vi­ron 1,80 m, un spé­ci­men en pleine force de l’âge. Mais ce n’est qu’un pois­son moyen pour le Fra­ser. Je contemple ce corps cui­ras­sé et puis­sant. Son ar­mure, sa cau­dale, sa tête, il est fas­ci­nant, un réel di­no­saure.

Au Canada, les es­tur­geons sont pro­té­gés

Son dos me rap­pelle ce­lui des raies-gui­tares que nous pre­nions en Afrique, mais avec un corps de re­quin et une dé­fense de tar­pon! On doit faire vite, au Canada les es­tur­geons sont to­ta­le­ment pro­té­gés et le pois­son ne peut être sor­ti de l’eau que pour un temps très

court. Les pho­tos et la re­mise à l’eau se font sans sou­ci. Je re­prends mes es­prits et nous voi­là re­par­tis sur un autre poste. Ce jour-là nous pre­nons trois es­tur­geons.

Dans les gorges…

Pour cette deuxième jour­née, ré­veil à 5h00 et di­rec­tion l es gorges du fleuve, si­tuées à en­vi­ron 30 km en amont du lodge. La mise à l’eau est plus abrupte et le dé­cor plus aus­tère. Sur ce par­cours, le Fra­ser se re­trouve ca­na­li­sé entre des fa­laises cal­caires, le cou­rant y est donc plus puis­sant et les pools en­core plus pro­fonds. Sor­tir des gros poissons dans un tel en­vi­ron­ne­ment pa­raît vrai­ment i nfai­sable. Jay re­monte l es gorges sur une di­zaine de ki­lo­mètres avant d’an­crer dans une énorme re­tourne de près de 15 mètres de fond. L’at­tente com­mence, mais est de courte du­rée. Il s’agit d’un pe­tit es­tur­geon d’une qua­ran­taine de ki­los. Ces types de ga­ba­rits sont très amu­sants à pê­cher car ils sont ner­veux et sautent beau­coup. C’est Su­zy à la canne et elle se ré­gale avec ce genre de prise qui est à sa por­tée. Elle se dé­brouille et l’amène dans la grande épui­sette bran­card. Deuxième dé­part, com­bat en­ga­gé, mal­heu­reu­se­ment ce deuxième pois­son fi­nit par cas­ser dans des blocs de pierre. Dé­ci­dé­ment, il y a du monde dans ce pool…

Un pois­son dont j’ignore la taille

En dé­but d’après-mi­di, juste après une grosse averse, c’est le gros gros dé­part. Un com­bat dont je me

sou­vien­drai long­temps. Nous par­tons en dé­rive dans les tour­billons du fleuve, sur un pois­son dont j’ignore la taille. Vivre cet in­tense com­bat aux al­lures de pêche au gros dans ce cadre montagnard par­se­mé de fo­rêts de co­ni­fères a quelque chose d’ir­réel et de vrai­ment ma­gique.

C’est mon plus gros poissons d’eau douce

Quelques 2 km plus bas, on re­père une pe­tite plage qui pour­rait être l e l i eu i dé­al pour échouer l ’ es­tur­geon. Je bloque presque le mou­li­net pour t en­ter de ra­battre l e pois­son vers l a berge. De son cô­té, Jay t i re avec l e mo­teur. L’ ac­ti on com­bi­née f i nit, t rès l en­te­ment, par port er ses f r uits. J ’ ar­rive à ga­gner l a pe­tite plage et à sau­ter sur l e sable. Mais l e com­bat pren­dra en­core près de t r ente mi­nutes avant de pou­voi r a perc e voi r l e poi s s on. I l est mons­trueux, Jay l e prend f er­me­ment par l a bouche pour l e maî­tri­ser. Il y est ! 2,60 m, pour un poids es­ti­mé à plus de 150 kg, c’est mon plus gros pois­son d’eau douce. Une bête vrai­ment ex­tra­or­di­naire, le vrai di­no­saure du Fra­ser que j’étais ve­nu cher­cher ! Nous conti­nuons notre pé­riple vers le nord de la Co­lom­bie bri­tan­nique. Cette étape sur le Fra­ser res­te­ra une ex­pé­rience très forte : d’abord pour le cadre de pêche et la beau­té de ce fleuve ma­jes­tueux qui ser­pente entre ces mon­tagnes, mais aus­si pour l a com­ba­ti­vi­té des poissons et l’ex­pé­rience du guide. L’at­tente de l a t ouche f ait aus­si par­tie de cette pêche, comme dans toutes les pêches de gros poissons au po­sé. C’est le calme avant la tem­pête. La den­si­té des poissons est très bonne, nous avons sor­ti huit es­tur­geons en deux jours. Il fau­dra re­ve­nir pour en prendre un en­core plus gros et re­voir ces géants s’éjec­ter hors de l’eau. •

C’est mon plus gros pois­son d’eau douce , une bête vrai­ment ex­tra­or­di­naire.

En fin de com­bat, on saute du ba­teau et le com­bat fi­nit sur la plage. Les es­tur­geons sont des com­bat­tants très en­du­rants et les échouer est loin d’être fa­cile.

Mise à l’eau au pe­tit ma­tin, en aval des gorges.

L’at­tente dans un pool pro­fond. Bien que ja­mais bien longue, le calme avant la tem­pête a quelque chose de ma­gique dans cette pêche.

Le vrai gros di­no­saure, 2,60m ! Un com­bat rude dont je me sou­vien­drai long­temps. Bien que nous soyons en eau douce, la pêche s’aborde ici comme une pêche au gros en mer.

Jay at­ten­tif au son­deur la­té­ral. Il voit les es­tur­geons pos­tés dans le fond des pools ou sur les re­mon­tées de sable.

Les cannes en at­tente…

Les pe­tits es­tur­geons sont ra­pides et ner­veux, et de ce fait très amu­sants à pê­cher. Ils aiment jouer dans la cour des grands, et à la touche, on ne connaît ja­mais la taille de son ad­ver­saire.

Bien que l’es­tur­geon soit un pois­son rus­tique, la pré­sen­ta­tion de l’ap­pât est pri­mor­diale. La taille des plombs uti­li­sés est im­pres­sion­nante, pour ré­sis­ter aux plus forts cou­rants.

C’est le calme plat avant la tem­pête. La den­si­té des poissons est très bonne, nous avons sor­ti huit es­tur­geons en deux jours.

Pre­mier es­tur­geon pour Su­zy, elle en a trou­vé un juste à sa me­sure !

Un pool ré­pu­té en amont des gorges.

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