Tua­mo­tu, croi­sière dans les atolls ou­bliés

Partir Pêcher - - Sommaire N°57 - Texte et pho­tos de Her­lé Ha­mon

Ces atolls aux confins de la Po­ly­né­sie abritent un im­pres­sion­nant en­vi­ron­ne­ment ha­lieu­tique pour qui se donne la peine d’en­tre­prendre un si long voyage. es atollsCes atolls

Ces atolls aux confins de la Po­ly­né­sie abritent un en­vi­ron­ne­ment ha­lieu­tique fan­tas­tique avec no­tam­ment une forte pré­sence de gros bo­ne­fish. Un pa­ra­dis pour le mou­cheur qui se donne la peine d’al­ler si loin…

Mê me en étant aux an­ti­podes de l ’ Hexa­gone, nous sommes en France, ce qui est une chance. Dès l’ar­ri­vée à Pa­peete, on se sent comme à la mai­son mais c’est lorsque le pe­tit avion se pose en­fin sur les atolls éloi­gnés que l’on prend vrai­ment la me­sure de la beau­té de ces îles, leur dou­ceur de vivre et la gen­tillesse de ses ha­bi­tants. J’avais dé­jà vi­si­té ce pa­ra­dis tropical quelques an­nées au­pa­ra­vant en res­tant dans de pe­tites pen­sions de fa­mille toutes fort agréables. Ce­pen­dant, j’avais aus­si consta­té que les Po­ly­né­siens sont de vé­ri­tables pê­cheurs, un au­then­tique peuple de la mer, maî­tri­sant par­fai­te­ment les tech­niques an­ces­trales pour cap­tu­rer les pois­sons des la­gons. C’est no­tam­ment le bo­ne­fish, lo­ca­le­ment ap­pe­lé « Ioio », qui reste le par­te­naire pri­vi­lé­gié du mou­cheur en mer. Cette es­pèce est donc de­ve­nue mal­heu­reu­se­ment rare sur la plu­part des atolls ha­bi­tés et j’avais alors ar­pen­té, fouet en main, des flats par­faits à tous ni­veaux mais déses­pé­ré­ment vides ! Pour­tant, j’avais vu de nom­breux pois­sons et pu consta­ter la bonne san­té de ces mi­lieux co­ral­liens, puis gla­ner de pré­cieuses in­for­ma­tions pour une fu­ture pros­pec­tion. Il était donc évident que le seul moyen de dé­cou­vrir vrai­ment les Tua­mo­tu était à bord d’un ba­teau per­met­tant l’ac­cès à des zones to­ta­le­ment vierges. Ac­com­pa­gné de quelques amis prêts à ten­ter l’aven­ture, nous ar­ri­vons donc sur l’atoll de Fa­ka­ra­va où nous at­tend notre ca­ta­ma­ran pour une croi­sière d’une dou­zaine de jours, loin des sen­tiers bat­tus, à la re­cherche des fa­meux Ioio po­ly­né­siens.

Atoll de pré­da­teurs... et de toxines

Fa­ka­ra­va est un des plus grands atolls des Tua­mo­tu avec 60 ki­lo­mètres de lon­gueur sur plus de 20 ki­lo­mètres de lar­geur. De­puis 1977, il est clas­sé ré­serve de bio­sphère par l’Unesco et la plus grande par­tie de son la­gon est pro­té­gée et même in­ter­dite à la pêche. Nous dé­bu­tons le voyage vers le sud et dé­ci­dons de lan­cer quelques pop­pers au­tour de la passe avant de prendre la mer. Nous al­lons vite consta­ter que les pré­da­teurs sont là !

Les Tua­mo­tu sont très tou­chés par la ci­gua­te­ra, cette toxine ap­pa­rue à cause de la dé­gra­da­tion du co­rail et qui se stocke dans la chair des pois­sons no­tam­ment pis­ci­vores, les ren­dant im­propres à la consom­ma­tion. Pour en avoir dé­jà fait les frais, la ci­gua­te­ra est fran­che­ment à évi­ter sous peine d’être bien ma­lade et de mettre des se­maines à vrai­ment s’en re­mettre ! Ce poi­son pro­tège donc pa­ra­doxa­le­ment l es pré­da­teurs comme les mé­rous, ca­rangues et autre lut­jans qu’il de­vient ris­qué de consom­mer et donc gros­sissent t ran­quille­ment. Nos l eurres vont ain­si at­ti­rer ra­pi­de­ment en sur­face une co­horte de car­nas­siers pour notre plus grand plai­sir. Les prises s’en­chaînent de fa­çon ré­gu­lière, ce­la fai­sait as­sez long­temps que je n’avais pas vu une telle den­si­té de mé­rous et lut­jans sur une des­ti­na­tion et ce­la fait plai­sir ! Philippe fi­nit cette pe­tite ses­sion par une belle GT d’en­vi­ron 25 kg mon­tée sur un stick­bait. Une bonne mise en condi­tion avant de par­tir vrai­ment à l’aven­ture vers ces nom­breux atolls presque vierges qui nous tendent les bras. Nous fai­sons donc la tra­ver­sé de nuit vers l’in­con­nu et d’autres îles en­core moins peu­plées et plus iso­lées. La mer n’est pas vrai­ment d’huile et nous l’avons de face ce qui rend notre pre­mier pé­riple un peu plus long et agi­té que pré­vu… Mais ce­la n’en­tame en rien notre bonne hu­meur et cette saine ex­ci­ta­tion avant de dé­cou­vrir un nou­veau pa­ra­dis ha­lieu­tique. Le so­leil se l ève et nous aper­ce­vons une belle passe, la ma­rée rentre et un beau cou­rant se f orme. Nous ne sommes que deux suf­fi­sam­ment en forme pour re­prendre les cannes et faire quelques lan­cers avant le pe­tit dé­jeu­ner. J’en­voie mon Co­no Co­no vers l e ré­cif et t i re des­sus à deux re­prises éner­gi­que­ment. Je n’ai pas le temps de m’échauf­fer que la sur­face éclate ! Me voi­là plié en deux et ti­rant comme un beau diable pour contrer mon ad­ver­saire qui me

mal­traite sans mé­na­ge­ment, et ce­la dès l’aube ! C’est en­core une belle GT qui ar­rive bien­tôt à l’ar­rière du ba­teau. Je la re­lâche bien vite et in­cons­ciem­ment re­lance. Le popper touche l’eau et nou­velle at­taque ! Cette fois c’est un re­quin qui, cer­tai­ne­ment at­ti­ré par le com­bat pré­cé­dent, rô­dait en sur­face et me casse en deux après une nuit peu re­po­sante. J’avoue vrai­ment hé­si­ter à faire un troi­sième lan­cer. Tant pis, on est là pour ça après tout ! Et re­be­lote, un gros lut­jan en co­lère cette fois qui m’achève vrai­ment. Nous dé­ci­dons de ren­trer dans l’atoll, il faut pro­fi­ter du flux qui nous per­met d’ac­cé­der au la­gon en toute sé­cu­ri­té. Nous sommes là pour pros­pec­ter les flats et pê­cher à la mouche avant tout mais il est clair que le po­ten­tiel au leurre de sur­face et au spin­ning est grand ! Nous sommes en terre in­con­nue et je me suis ba­sé sur des cartes et des pho­tos sa­tel­lites pour es­sayer d’or­ga­ni­ser notre pros­pec­tion. Ce n’est pas la pre­mière fois que je tente ce genre de voyage 100% dé­cou­verte et je connais les risques. Il y a quelques an­nées, j’ai ten­té ma chance au fin fond des Îles Sa­lo­mon dans ce qui, sur le pa­pier, sem­blait être un pa­ra­dis pour pê­cheur spor­tif et qui s’est ré­vé­lé être un dé­sert ha­lieu­tique ou presque. Je reste donc prudent même si les pre­miers signes sont très en­cou­ra­geants…

Des pro­fon­deurs aux flats

Nous dé­ci­dons de mettre cap à l’est vers le fond du la­gon. Nous avons deux pe­tits zo­diacs pour nous per­mettre de nous ba­la­der au­tour des « Mo­tus » dé­serts et tous plus splen­dides les uns que les autres ! Nous évo­luons dans une vé­ri­table carte pos­tale. Les îlots sont luxu­riants et r ecou­verts de ma­gni­fiques co­cot i ers, ves­tiges des t emps pas-

sés lorsque presque tous les mo­tus étaient uti­li­sés et en­tre­te­nus pour la pro­duc­tion du co­pra. Les flats sont eux aus­si par­faits même si nous nous ren­dons t rès vite compte que, de ce cô­té, le fond se com­pose qua­si ex­clu­si­ve­ment de co­rail. Des che­naux aux eaux tur­quoises en­serrent les mo­tus et je me place cô­té la­gon pour sur­veiller un de ces pas­sages. Très vite un gros trig­ger fish co­lo­ré ar­rive vers moi en se dan­di­nant t ran­quille­ment. Je l ui ex­pé­die ma mouche, une belle i mi­ta­tion de cre­vette sur ha­me­çon de 2 dans des co­lo­ris sable et orange. Le ba­liste fonce lit­té­ra­le­ment des­sus et bas­cule fran­che­ment. Je tends ma soie et me re­trouve at­te­lé à cet énorme pois­son d’aqua­rium qui me prend, d’un trait, vingt mètres de soie avant de me cas­ser pro­pre­ment dans la pre­mière pa­tate co­ral­lienne ve­nue. Je suis en 20 lb en pointe ce qui est pas mal pour­tant pour les flats, mais là je n’ai rien pu faire. Un peu plus loin, après avoir re­mon­té mon bas de ligne, je vois ar­ri­ver ra­pi­de­ment trois belles ca­rangues bleues. J’ai le temps de me mettre à ge­noux et de dé­po­ser mon imi­ta­tion vers le mi­lieu du che­nal. En une frac­tion de se­conde, la plus grosse est sur ma mouche et part comme une fu­sée vers le large ! Ma soie de 8 est pliée au maxi­mum et le ba­cking passe bien­tôt dans les an­neaux. Tout à coup, le pois­son re­vient très vite vers moi et je perds le contact quelques se­condes avant de voir deux re­quins d’en­vi­ron 1,50 mètre chas­ser ma ca­rangue ! J’es­saie de lui don­ner du mou mais il est dé­jà trop tard et ma belle dis­pa­raît dans de grosses écla­bous­sures et une mare de sang… Bon, il y a de l’ac­tion mais pour l’ins­tant peu de ré­sul­tats. Je dé­cide de me rap­pro­cher des flats et d’ex­plo­rer une zone beau­coup moins pro­fonde qui se­ra cer­tai­ne­ment moins fré­quen­tée par les squales ! Je marche dans un vrai aqua­rium géant et vais prendre plu­sieurs es­pèces que j e n’avais ja­mais vues au­pa­ra­vant, toutes plus co­lo­rées les unes que les autres. L’apo­théose va être la cap­ture d’une va­rié­té de labre, bleu, vert, jaune, rose, une pein­ture vi­vante que seule la na­ture peut nous of­frir. Je pren­drai une dou­zaine de ces splen­deurs du­rant notre sé­jour, les plus grosses font seule­ment un peu plus de 30 cm mais en pré­sence d’une telle beau­té la taille n’a que peu d’im­por­tance ! Edouard, de son cô­té, a eu plus de réus­site que moi et a sor­ti, en plus des nom­breuses es­pèces du ré­cif, une belle ca­rangue bleue et un su­perbe trig­ger fish. Philippe et Jean- Paul ont connu des for­tunes di­verses et, comme moi, quelques dé­con­ve­nues avec les plus gros pois­sons. Per­sonne n’a pris ou même vu de bo­ne­fish et nous dé­ci­dons donc de le­ver l’ancre pour dé­cou­vrir de nou­veaux ho­ri­zons. Les jours sui­vants, nous conti­nuons d’en prendre plein les yeux et cap- t urons une ving­taine d’es­pèces dif­fé­rentes à la mouche. Il de­vient tou­te­fois vite évident que la soie de 8 n’est pas adap­tée à la puis­sance de nos ad­ver­saires et no­tam­ment des grosses bleues et autres trig­gers qui nous faussent trop sou­vent com­pa­gnie. Je vais donc pas­ser en soie de 10 et mettre le plus sou­vent du 30 lb en pointe !

Du bone, et du gros

Les loio sont toujours in­vi­sibles et nous com­men­çons à nous de­man­der si cette es­pèce est bien pré­sente ici lorsque nous dé­ci­dons de re­par­tir vers le nord sur une zone que j’avais car­to­gra­phiée de­puis des i mages sa­tel­lites. Nous sla­lo­mons entre les grosses pa­tates co­ral­liennes pour ar­ri­ver à proxi­mi­té de ce qui semble être un vaste flat de sable. Je pars avec Jean-Paul vers le nord alors qu’Edouard, Philippe et Alain descendent plus au sud de cette

zone. Nous avons de l’eau au moll et et, i mmé­dia­te­ment, j ’ aper­çois une ombre se dé­ta­cher sur le sable blond. Ma mouche tombe de­vant et au pre­mier strip le pois­son ac­cé­lère et s’ar­rête. Je ferre à la soie et la ré­ac­tion ne se fait pas at­tendre. Je me fais sé­cher des di­zaines de mètres de ba­cking sans pou­voir re­prendre le contrôle. Cette fois je pense être at­te­lé à un bo­ne­fish mais ne vais pas avoir le loi­sir de le vé­ri­fier car la tor­pille que je tiens va fi­nir par m’ou­vrir com­plè­te­ment l’ha­me­çon et se dé­cro­cher ! Je ful­mine mais j’ai à peine le temps de chan­ger ma cre­vette qu’une nou­velle ombre se dé­tache sur le fond. Même ac­tion que la pre­mière, mais cette fois je prends mon temps et tiens en­fin le pre­mier Ioio po­ly­né­sien de ce sé­jour. C’est un beau spé­ci­men d’en­vi­ron 7 livres. Il me pa­raît pe­tit par rap­port au pre­mier per­du qui de­vait faire al­lé­gre­ment plus de 10 livres. Jean-Paul me re­joint pour quelques pho­tos-sou­ve­nirs ra­pides et ad­mi­rer ce fan­tôme des flats des an­ti­podes qui s’est tant fait dé­si­rer ! En quelques heures sur cette ma­rée, nous al­lons tous voir et com­battre de gros bo­ne­fish. C’est aus­si ça la ma­gie de ces voyages de pros­pec­tion en mer in­con­nue. Nous n’avons pas vu la queue d’un bone pen­dant les quatre pre­miers jours et, tout à coup, les prises s’en­chaînent. Le flat de­vient un peu trop pro­fond et nous nous rap­pro­chons des îles où nous dé­cou­vrons de pe­tites baies par­se­mées de co­raux co­lo­rés. Je lance vers une de ces struc­tures et, im­mé­dia­te­ment deux mé­rous mar­brés d’en­vi­ron deux ki­lo­grammes sur­gissent et se battent pour ma mouche. Nous al­lons nous rendre compte que ce type de mé­rou est pré­sent en grand nombre dans l e la­gon, ce qui nous coûte quelques strea­mers sup­plé­men­taires… En re­tour­nant à notre din­ghy, je vais me f aire une nou­velle f ois cas­ser par un gros t r i gger f i sh et r emar­quer que de nom­breux pois­sons na­viguent sur l e t om­bant en l i sière du f l at . Nous dé­jeu­nons ra­pi­de­ment ce j our- l à et, mal­gré l a chal eur, re­par­tons à l a dé­cou­verte de ces mo­tus.

Je re­père as­sez vite un che­nal ren­trant vers l’ in­té­rieur d’une des grandes îles. L’eau est en­core haute même si la ma­rée des­cend et je dé­cide de le suivre ac­com­pa­gné de Philippe etEd ou ard. Il ne fait pas plus d’une di­zaine de mètres de large et ac­tuel­le­ment en­vi­ron soixante-dix cen­ti­mètres de pro­fon­deur. Nous voyons de nom­breux pe­tits pois­sons le long des berges et, après une cen­taine de mètres, dé­cou­vrons une jo­lie la­gune peu pro­fonde. Les nuages cachent le so­leil mais il ne me faut pas plus de deux mi­nutes pour de­vi­ner une pre­mière forme ver­dâtre se mou­voir sur le fond. J’ ex­pé­die ma mouche à courte dis­tance et voit clai­re­ment le pois­son ve­nir droit des­sus. Je tends ma soie et im­mé­dia­te­ment me re­trouve pen­du à un mis­sile qui prend la di­rec­tion du che­nal. Je le suis et échoue sur le sable un su­perbe I oio au dos vert clair. L’eau baisse ra­pi­de­ment et nous croi­sons pas mal de bo­ne­fish se di­ri­geant vers la sor­tie. Je fais un beau doublé avec Philippe alors­qu’ Ed ou ard court après un gros spé­ci­men, pris sur un­su­perb et ail ing.L’ en­droit est vrai­ment splen­dide. To­ta­le­ment ca­ché de­puis le f la t ex­té­rieur, il nous a ré­ser­vé une sur­prise de taille.

Le matériel souffre

Nous sommes tous aux anges et dé­ci­dons de dé­cou­vrir la zone sud le len­de­main. Le flat est ici un peu moins large et je choi­sis de res­ter à la li­mite des co­raux et du pe­tit tom­bant. Très ra­pi­de­ment, je prends un gros bec de canne d’au moins 10 lb que, de loin, j’avais pris pour un bone. L’eau est en­core un peu haute mais j’aper­çois les pre­mières cau­dales oranges et noires cre­ver la sur­face. Voi­là ce que je cherche au­jourd’hui, mes amis les trig­gers. Ils y en a beau­coup et de très gros ! Je passe en 30 lb en pointe car rien ne sert de fi­nas­ser, ces pois­sons n’ont ja­mais vu une mouche de leur vie. Je pique mon pre­mier ba­liste sur­vi­ta­mi­né et règle mon frein très fort pour évi­ter de le perdre en­core une fois dans une pa­tate. Le dé­but du com­bat se passe comme pré­vu, j’ar­rive à cal­mer mon ad­ver­saire avant les ar­rêtes cou­pantes du ré­cif et le ra­mène pro­gres­si­ve­ment vers moi. Ma « Tho­mas & Tho­mas » en soie de 10 est ban­dée au maxi­mum et le gros trig­ger me fixe d’un oeil torve dont j’au­rais dû me mé­fier ! Un der­nier cla­que­ment de mâ­choire et le voi­là li­bé­ré, dé­li­vré et je ne le re­ver­rai ja­mais ! Ma mouche n’est plus qu’une bouillie in­forme et mon ha­me­çon est tor­du en tous sens. Après le pro­blème de ré­sis­tance du bas de ligne, je vais sé­rieu­se­ment avoir ce­lui des ha­me­çons qui sont pour­tant de bons mo­dèles « mer » mais pas as­sez ré­sis­tants pour la puis­sance et les dents de ces pré­da­teurs ! Tous les cin­quante mètres, je vois un nou­veau trig­ger et la plu­part ont faim ! Je vais en pi­quer six autres et perdre cinq mouches et en­vi­ron deux mètres de ma soie dans le co­rail !

Cette fois, ils ont réus­si à m’éner­ver pour de bon ! Je vais alors nouer di­rec­te­ment 3 mètres de 40 lb le fil le plus so­lide que j’ai sur moi di­rec­te­ment au bout du reste de ma soie. C’est la guerre ! Grâce à ce fil sur­di­men­sion­né pour mes pe­tites cre­vettes, je vais prendre un beau trig­ger, puis deux gros becs de canne, les af­faires re­prennent ! La ma­rée des­cend vite main­te­nant et des ombres grises com­mencent à ap­pa­raître au­tour des pa­tates à seule­ment quelques mètres de moi. Je dé­pose ma mouche de­vant les trois pre­miers pois­sons qui se pré­ci­pitent des­sus. Il s’agit bien de gros Ioio et je vois bien­tôt ma pauvre soie fi­ler dans le co­rail sans pou­voir bri­der. Je vais en perdre en­core un mor­ceau dans la ba­taille ! Ces bo­ne­fish sont gros et fran­che­ment sur­puis­sants. Je vais en­chaî­ner les ac­tions et pi­quer cer­tai­ne­ment plu­sieurs spé­ci­mens qui dé­passent la barre my­thique des 10 lb. Ils n’ont sans doute ja­mais vu de pê­cheur car, même ra­tés au fer­rage, ils re­viennent sur mon strea­mer et at­taquent par­fois presque sous la canne. L’is­sue des com­bats est par contre fran­che­ment à mon désa­van­tage et je ne vais sor­tir au­cun des plus jo­lis pois­sons ! Soit j’ar­rive à les ar­rê­ter avant les obs­tacles et j’ouvre les ha­me­çons, soit je me fais dé­pouiller dans les co­raux di­vers et va­riés ! En re­ga­gnant le zo­diac, en lon­geant le tom­bant, je me re­trouve nez à nez avec une grosse ca­rangue qui va se ruer sur ma pe­tite mouche et ter­mi­ner de rui­ner ma ligne et me cas­ser à une tren­taine de mètres du bord.

Vi­ve­ment le match re­tour !

Je suis un peu dé­pi­té mais, en même temps, heu­reux car je n’ai que très ra­re­ment connu une par­tie de pêche d’une telle in­ten­si­té. Mes amis res­tés plus au centre du flat ont connu un peu moins d’ac­tion mais fi­na­le­ment ont ad­mi­ré les pois­sons de plus près ! Le len­de­main, pour chan­ger un peu, nous dé­po­sons nos amis sur une île et gar­dons avec Alain un din­ghy pour es­sayer le champ de mines se trou­vant au large du haut-fond. Nous avons op­té pour les soies de 12 et de gros strea­mers en 4/0. Nous ap­pro­chons les énormes pa­tates et lan­çons juste au- des­sus ou à cô­té. Bien sou­vent, nous fai­sons sor­tir des mé­rous om­ni­pré­sents, de gros becs de canne ou de jo­lies ca­rangues bleues. Alain va en fer­rer une belle qu’il va bri­der au maxi­mum avant de la voir se faire hap­per en une bou­chée par un très gros mé­rou que nous ne re­ver­rons ja­mais… Lors de ce voyage, nous avons aus­si connu quelques dé­con­ve­nues. No­tam­ment sur un atoll qui nous sem­blait le par­fait bio­tope à bo­ne­fish,avecs es flats de sable im­menses, et où nous ne ver­rons rien si ce n’est de ma­gni­fiques pièges à pois­sons dans la seule passe per­met­tant l’ac­cès au la­gon… L’ar­chi­pel des Tua­mo­tu est un pa­ra­dis unique et pré­ser­vé mais, sur de nom­breux atolls, les Io io fa­ciles à at­tra­per, ont été trop pê­chés par les hommes et leur po­pu­la­tion a presque dis­pa­ru. Il y a pour­tant en­core des pa­ra­dis ha­lieu­tiques ca­chés aux dé­tours de mo­tus de carte pos­tale. Des flats han­té s par d’énormes bo­ne­fish et trig­ger set des ré­cifs où pa­trouillent grosses GT et na­po­léons qui off r ent des mo­ments de pêche ab­so­lu­ment uniques. Des dates sont dé­jà re­te­nues pour les pro­chaines ex­plo­ra­tions et des mouches sur ha­me­çons ul­tra ren­for­cés sont mon­tées… Ma ven­geance va être ter­rible ! •

Notre mai­son flot­tante où nous avons pas­sé de su­perbes mo­ments dans une na­ture sau­vage et pré­ser­vée.

Notre ca­ta­ma­ran nous a per­mis de dé­cou­vrir des coins très iso­lés et de pro­fi­ter d’in­croyables le­vers et cou­chers de so­leil.

Pe­tite ses­sion stick de­puis le ca­ta. Nous pou­vions tour­ner à trois pê­cheurs de­vant as­sez fa­ci­le­ment et avec de bons ré­sul­tats !

L’au­teur avec un pe­tit re­quin qui s’est mon­tré trop cu­rieux. La pré­sence de squales dans les atolls est signe de bonne san­té du bio­tope.

Des flats de sable vierges et ma­gni­fiques mais, at­ten­tion, ce­la ne veut pas dire que les pois­sons se­ront au ren­dez-vous.

Les pois­sons de ces eaux, à l’image de la zone, ont des cou­leurs somp­tueuses.

Nous pren­drons une ving­taine d’es­pèces dont cer­taines pour la pre­mière fois, mal­gré de nom­breux sé­jours sur d’autres des­ti­na­tions tro­pi­cales !

Un beau doublé de bo­ne­fish dans une la­gune in­té­rieure dé­cou­verte dans un grand mo­tu en sui­vant un pe­tit che­nal... un su­perbe mo­ment.

Jean-Paul re­lâche un jo­li Ioio pris sur un vaste flat de sable, la ré­com­pense d’un long voyage.

Les pe­tites ca­rangues bleues sont bien pré­sentes sur les flats des Tua­mo­tu et offrent un bon com­bat sur matériel lé­ger.

Cer­taines es­pèces de bec de canne de­viennent grosses et offrent de très beaux com­bats sur les flats.

Les mo­tus dé­serts abritent aus­si de beaux oi­seaux qui y trouvent re­fuge pour ni­di­fier.

Nous pren­drons une bonne va­rié­té de pois­sons au popper au­tour des passes, en quelques heures de pêche au lan­cer seule­ment. Beaux mé­rous, lut­jans, job fish et bien sûr des GT.

Sobre, mais de toute beau­té !

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