Tech­niques pour les cuberas du Pa­ci­fique

Au Pa­na­ma, un grand pré­da­teur hante les ré­cifs. Pour le pê­cheur, il s’agit d’une quête as­si­due d’un tro­phée tant mé­ri­té. Grand zoom sur ce pois­son d’ex­cep­tion, le grand cu­be­ra du Pa­ci­fique.

Partir Pêcher - - Sommaire N°57 - Texte et pho­tos de Oli­vier Char­pen­tier

De toutes les es­pèces que j ’ ai pu ren­con­trer lors de mes voyages et de mes ex­pé­riences, le cu­be­ra est peut-être ce­lui qui pré­sente le plus de dif­fi­cul­tés tech­niques, et de ca­rac­tère. Le Lut jan us cyan op­ter us, ap­pe­lé aus­si par­go di­en­ton par les lo­caux ou cu­be­ra snap­per pa­ci­fique, est un pois­son d’ex­cep­tion. Au Pa­na­ma, nous dis­po­sons d’un ter­rain de jeu in­croyable. Les mul­tiples îles, roches pro­fondes, pla­teaux et tom­bants re­pré­sentent un bio­tope par­fait. Sa re­cherche est de­ve­nue au fil des an­nées une sorte de tra­di­tion. Avant de bien pê­cher le cu­be­ra, il faut avant tout le com­prendre, et ana­ly­ser ses com­por­te­ments. Pois­son sé­den­taire et très ter­ri­to­rial, le cu­be­ra dé­fend avant tout son ter­ri­toire de tout désordre, de tout in­trus ve­nant per­tur­ber son en­vi­ron­ne­ment. C’est un pois­son ja­loux, ex­clu­sif, et un peu ai­gris. Ima­gi­nez juste une vieille concierge qui a vé­cu toute sa vie dans le même im­meuble. Elle ob­serve toutes les al­lées et ve­nues de ses ré­si­dents, et sait ab­so­lu­ment tout ce qui s’y passe ! Eh bien les gros cuberas sont comme ça ! Ils n’at­taquent pas un leurre par ap­pé­tit, car ils ont dé­jà tant de nour­ri­ture dis­po­nible sur leur poste, mais juste pour chas­ser et pu­nir l’in­trus, pire, tout pois­son qui tente de pro­fi­ter de son ter­ri­toire ou de s’y ins­tal­ler. À cô­té de cet as­pect ter­ri­to­rial très pous­sé, les cuberas sont mé­fiants, et très sé­lec­tif. C’est un pois­son qui vit long­temps, d’où le res­pect qu’il faut lui por­ter. Les gros su­jets sont âgés de plus de 20 ans et ont vu beau­coup de choses dans leur vie. D’ailleurs le cu­be­ra a une ca­pa­ci­té d’ap­pren­tis­sage im­pres­sion­nante. Pour le pê­cheur, le pre­mier dé­fis est de la faire mordre. Le pois­son est at­ten­tif à la taille du leurre, à sa cou­leur, et à son ma­nie­ment. Le snap­per monte, ins­pecte, ana­lyse, at­taque ou re­fuse ! Vient en­suite la phase très cri­tique du com­bat, qui est le deuxième dé­fis, réus­sir à sor­tir le pois­son… il est si puis­sant, et connaît si bien son ter­ri­toire, qu’une fois pi­qué, il fe­ra tout, mais vrai­ment tout en sa pos­ses­sion pour re­ga­gner la roche, s’y frot­ter et cou­per la ligne. J’ai vu tant de cas de fi­gure dans les com­bats, tant d’échecs et de coups tor­dus, que je suis main­te­nant per­sua­dé qu’il pos­sède une vé­ri­table in­tel­li­gence. Alors, im­pos­sible à at­tra­per ? Non pas du tout! Mais met­tons toutes les chances de notre cô­té.

Com­ment dé­bus­quer les mé­fiants snap­per

La plus belle des fa­çons et la plus noble de l’at­tra­per, c’est au lan­cer de leurre. La canne doit être forte, d’au moins 80 l i vres, pour per­mettre d’ en­voyer de gr os leurres et de contrer un gros pois­son. Le mou­li­net et une tresse de 80, voire 100 lbs de très bonne qua­li­té sont pré­co­ni­sés.

“Au popper, on choi­si­ra des mo­dèles vo­lu­mi­neux avec de grosses têtes. Les sticks cou­lants doivent être grands et som­brer ra­pi­de­ment.”

Pre­mière com­po­sante, que ce soit pour un stick cou­lant ou un popper, le leurre doit être gros, voire très gros ! Rien n’est as­sez gros pour le cu­be­ra. Rap­pe­lez-vous, on cherche ici une ré­ac­tion d’agres­si­vi­té, de dé­fense de ter­ri­toire. Votre leurre doit res­sem­bler non pas à une proie, mais à un in­trus, peut-être à un autre pré­da­teur qui vient foui­ner et pro­fi­ter de son ter­ri­toire. Le ma­nie­ment doit être lui aus­si en consé­quence, lent, très bruyant et in­sis­tant. Au popper, on choi­si­ra des mo­dèles vo­lu­mi­neux avec de grosses têtes, comme les Hal­cos roos­ta popper 195, les Dum­bells pop 200, les He­ru Cuberas ou en­core de gros pop­pers ja­po­nais à l’ori­gine des­ti­nés aux GT, comme les Ham­me­rheads ou cer­tains craft­baits. Le popper doit être lan­cé loin, et ani­mé par de grandes t i ré­es canne basse

pour ob­te­nir un ef­fet pop maxi­mum, avec de nom­breux temps d’ar­rêt, très im­por­tants pour cete es­pèce. On est à l’op­po­sé d’une ani­ma­tion pour les ca­rangues. Le plus sou­vent, on voit le voit mon­ter sur le popper. Il exé­cute une vé­ri­table roue der­rière le leurre, dans une énorme gerbe, mais ne touche point au leurre ! C’est ce que j’ap­pelle l’at­taque d’in­ti­mi­da­tion. La plu­part des pê­cheurs, sur­pris, ferrent par ré­flexe à ce mo­ment là. Évi­dem­ment, c’est ce qu’il ne faut sur­tout pas faire ! Il faut com­prendre que ce com­por­te­ment tra­duit sa fu­rie, il est hors de lui, et il convient de re­don­ner un grand coup de popper de­vant son nez et de l’ar­rê­ter com­plè­te­ment. C’est ce que j’ap­pelle le mi­ni-stop. Dans la plu­part des cas, le cu­be­ra re­vient par des­sous, et cette fois at­taque le leurre pour en fi­nir. C’est là qu’il faut le fer­rer

“Sa crois­sance lente et sa po­si­tion en haut de la chaîne ali­men­taire en fait un pois­son as­sez vul­né­rable.”

très fort, canne basse, avec un peu de re­tar­de­ment. Tout ce­ci de­mande du sang froid, et un peu d’ex­pé­rience. J’ai aus­si vu cer­tains cas où il a fal­lu deux, voire trois mi­ni-stops avant de l’en­ga­ger dans le com­bat.

Le stick cou­lant, autre al­ter­na­tive pour les coin­cer

La pêche au stick cou­lant est une autre grande mé­thode. Un stick cou­lant adé­quat doit être grand, et sur­tout som­brer ra­pi­de­ment et à plat. Il per­met d’al­ler pro­po­ser le leurre sur des r oches pro­fondes, sou- vent com­prises entre 15 et 25 mètres, postes de chasses pri­vi­lé­gés des cuberas. Le stick cou­lant idéal doit cou­ler au moins à 1 mètre par se­conde, ce qui est dif­fi­cile à trou­ver sur le mar­ché. Les Gunz’s S (sin­king) de Tail­walk en 180 et 200 ap­portent la so­lu­tion, ain­si que l es Se­bile Sti cks Shad 182 SK, et les gros deep sticks JFP. Mais j’ai aus­si mis au point un stick cou­lant, le di­en­ton 180 et 160, avec des co­lo­ris spéciaux que je vends sur place au l odge, et qui cor­res­pondent par­fai­te­ment aux condi­tions de pêche du Pa­na­ma.

En ac­tion, la pêche au stick cou­lant est un peu plus com­plexe qu’au popper, car le leurre n’est pas vi­sible. Il convient de lan­cer, fer­mer son pick-up, et lais­ser cou­ler le leurre tresse ten­due, canne basse, prêt à ré­agir, car par­fois le snap­per at­taque à la des­cente. Il faut lais­ser cou­ler 15, 20, voire 25 se­condes, sui­vant la confi­gu­ra­tion du poste, ba­teau toujours en dé­rive. Le dé­faut ma­jeur de la plu­part des pê­cheurs est de ne pas at­tendre as­sez long­temps lors de la cou­lée. Ils pêchent de ce fait trop haut, loin de la zone de chasse des pré­da­teurs. Le ra­me­ner se fait par ti­rées sèches, toujours canne basse, sui­vies de phases d’ar­rêt, as­sez longues, pour lais­ser le temps au leurre de re­des­cendre. Cette tech­nique peut être dia­bo­lique lorsque les cuberas ne veulent pas mon­ter sur les pop­pers.

Les cuberas aux vifs

On peut aus­si pê­cher la cu­be­ra avec de gros vif, de grosses bo­nites le plus sou­vent, mon­tées en ca­ta­li­na, ba­teau en dé­rive ou en traîne lente. Dans ce cas, l’usage d’ha­me­çons circles de grande taille est sou- hai­té, pour pou­voir re­lâ­cher le pois­son dans de bonnes condi­tions. Le com­bat, phase ul­time, est toujours dur et mé­mo­rable. Tout abord le fer­rage doit être très ap­puyé, car la den­ti­tion et la mâ­choire gêne le contact avec les ha­me­çons. Puis il faut bri­der, bri­der au maxi­mum pour em­pê­cher le pois- son de re­ga­gner la roche. Le frein doit être très ser­ré. Et la po­si­tion du corps du pê­cheur a toute son im­por­tance afin de contrer le pois­son: le poids sur l’ar­rière, et canne bien blo­quée. La cu­be­ra fait en gé­né­ral trois rushs très vio­lents et dan­ge­reux pour se re­trou­ver en pleine eau... une pres­sion constante suf- fi­ra alors à la faire mon­ter. La cap­ture et les pho­tos doivent se faire ra­pi­de­ment pour le re­lâ­cher dans les meilleures condi­tions. C’ est un pois­son qui se re­lâche, dans tous les cas. Sa crois­sance lente et sa po­si­tion en haut de la chaîne ali­men­taire en fait un pois­son as­sez vul­né­rable. •

Il faut les fer­rer fort, canne basse, avec un peu de re­tar­de­ment. No­tez la po­si­tion du pê­cheur : poids sur l’ar­rière et canne bien blo­quée...

Pour sa pêche aux vifs, il est conseillé d’uti­li­ser des ha­me­çons circles de grande taille afin d’as­su­rer une re­lâche propre.

Voi­là le ré­sul­tat lorsque le cu­be­ra ne sup­porte pas la pré­sence d’in­trus.

Pi­qué au bord des lèvres, la den­ti­tion et la mâ­choire gênent le contact avec les ha­me­çons.

Voi­ci la cache de pré­di­lec­tion des beaux spé­ci­mens de snap­per.

Les igno­bi­lis ne se privent pas pour ve­nir foui­ner dans les quar­tiers des cuberas.

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