En baie de To­kyo, les sea­bass du port de Yo­ko­ha­ma

Partir Pêcher - - Japon - Texte et pho­tos de Fabrice Chas­saing

Mon épouse en rê­vait de­puis long­temps et puis mon pote Ma­nu, à la fa­veur d’une union avec une char­mante res­sor­tis­sante de ce pays, se pro­po­sait de nous ac­cueillir et de nous gui­der. C’était donc une oc­ca­sion en or pour dé­cou­vrir les îles ja­po­naises et d’y ré­ser­ver quelques jours de pêche.

J’ai bour­lin­gué dans le monde en­tier pour la pêche mais je n’avais en­core ja­mais vu ça : un ren­dez- vous avec Ma­su, notre ca­pi­taine de pêche, à la sor­tie d’une sta­tion de mé­tro ! Celle d’Hi­ga­shi-Ka­na­ga­wa, en pleine ville, pour être pré­cis. Au mi­lieu du flot in­in­ter­rom­pu des ha­bi­tants toujours pressés de la mé­ga­pole de Yo­ko­ha­ma, Ma­su n’a au­cune dif­fi­cul­té à nous re­pé­rer grâce à nos deux têtes qui dé­passent lar­ge­ment de ce dé­fi­lé ja­po­nais. Nous non plus d’ailleurs, car, avec ses bottes vert fluo, son pan­ta­lon de pluie, sa cas­quette et son vi­sage à de­mi-mas­qué par un buff aux cou­leurs criardes, il dé­note dans ce grouille­ment où chaque in­di­vi­du est en­di­man­ché avec des cos­tumes ti­rés à quatre épingles et des chaus­sures ci­rées... À peine quelques se­condes de pré­sen­ta­tion et, dé­jà, Ma­su fend cette foule d’un pas pres­sé en nous invitant à le suivre. Moins de dix mi­nutes plus tard, nous des­cen­dons un pe­tit es­ca­lier qui nous conduit sur un pon­ton flot­tant an­cré sur une sorte de ca­nal, en fait un bras ca­na­li­sé de la ri­vière Tsu­ru­mi. Là, ados­sé à un ate­lier de mé­ca­nique ma­rine, où règne un joyeux ca­phar­naüm de mo­teurs dé­mon­tés, de pièces d’ac­cas­tillage en tout genre et de rayons de leurres à bar, sont ali­gnées une bonne ving­taine d’uni­tés, vi­si­ble­ment tous des char­ters de pêche. Le temps de prendre une pho­to et Ma­su re­vient à bord de l’un d’entre eux. C’est une coque open Ya­ma­ha de 21 pieds fa­bri­quée à To­kyo et pro­pul­sée par un mo­teur 90 CV de la même marque. Les cannes soi­gneu­se­ment ali­gnées et dres­sées vers le ciel sont prêtes. Ce sont de fines et lé­gères Dai­wa Agre­sion AGS-66L 4.8 lb. Les boîtes de leurres, simples et dé­pouillées, sont ali­gnées sur le ta­bleau de bord avec ci­seaux, pinces et bo­ga­grip. Quelques ins­tants à al­lure ré­duite pour sor­tir du ca­nal puis les 90 CV se lâchent et nous pro­pulsent dans un monde plu­tôt ir­réel pour des pê­cheurs spor­tifs.

Dans les en­trailles de To­kyo et Yo­ko­ha­ma

S l a l omer e nt r e l e s port e - c ont e - neurs, l es barges, l es re­mor­queurs et les ba­teaux pi­lotes pour re­joindre l e pro­chain s pot. Ani­mer s on j i g

sous l es t or­chères f umantes d’une raf­fi­ne­rie de gaz. Lan­cer son l eurre dans le ha­lo de lu­mière des énormes spots qui éclairent l es ou­vriers en t rai n de s abler, de nuit, dans un étrange et i nquié­tant brouillard de si l i ce, de pous­sière et de r ouille, un pa­que­bot gi­gan­tesque en cale sèche. Twit­cher son pois­son na­geur en ra­sant l a ver­ti­cale i mpres­sion­nante de l a coque d’ un ba­teau t r an­spor­teur de voi t ur es amar­ré aux quais par d’énormes cor­dages. Se f aire chas­ser, à coup de mi­cro hur­lant, parce que notre ca­pi­taine s’ est ap­pro­ché dis­crè­te­ment mais t rop près du Em­ma Maersk, un des plus gros su­per porte-conte­neurs au monde ( 1), en cours de char­ge­ment alors que l es conte­neurs semblent l i t t éral ement vo­ler au- des­sus de nos t êtes ! Tel est l e quo­ti­dien des pê­cheurs s por­tifs j apo­nais ( et i l s s ont nom­breux) qui r echerchent l e bar dans l a baie de To­kyo, spot cél èbre qui bai gne l ’ i ncroyable com­plexe ur­bain et i ndus­triel des mé­ga­poles de To­kyo, Yo­ko­ha­ma et Ka­wa­sa­ki. On peut ré­ser­ver des sor­ties de 4h00 mais le plus cou­rant est de boo­ker le ba­teau pour 6h00. Nous sommes au mois de no­vembre et les ca­pi­taines en­chaînent les sor­ties jour et nuit car nous sommes en pleine sai­son (de dé­but sep­tembre à fin dé­cembre), celle qui per­met d’at­tra­per les gros bars de l’océan Pa­ci­fique. L’es­pèce dont on parle, celle qui est la plus cou­ram­ment ci­blée, c’est le « ja­pa­nese sea­bass » ( La­teo­la­brax­ja­po­ni­cus) dit su­zu­ki ou ma­ru-su­zu­ki ici (2). Nous avons dé­mar­ré nos pre­mières par­ties de pêche par des sor­ties de nuit et c’est clai­re­ment les ac­tions noc­turnes qui ont don­né les meilleurs ré­sul­tats. En quit­tant le pon­ton à 15h00 nous avons deux heures de clar­té de­vant nous. Du­rant celles-ci les bars sont au fond, dans des pro­fon­deurs gé­né­ra­le­ment com­prises entre 8 et 12 mètres et sou­vent dans des zones très ou­vertes. Il faut alors pra­ti­quer avec des pe­tits jigs

mé­tal­liques mais sur­tout avec des lames vi­brantes d’une tren­taine de grammes qui per­mettent de pê­cher pro­fond. Ces stra­té­gies nous au­ront per­mis de prendre nos pre­miers su­zu­kis, es­sen­tiel­le­ment de pe­tites taille (30 à 40 cm) mais éga­le­ment de f arouches yel­low­tails ( Se­rio­la

quin­que­ra­dia­ta). Même lors­qu’elles ne pèsent que quelques livres, ces sé­rioles j apo­naises ( ou j apa­nese am­ber­jack), comme tous les ca­ran­gui­dés, vendent chè­re­ment l eur peau au bout d’une ligne. En tant qu’ama­teur d’es­pèces, j’au­rai aus­si la chance de cap­tu­rer du­rant ces heures diurnes un pois­son dont j’igno­rais même l’exis­tence : un ja­pa­nese bar­ra­cu­da ( Sphry­rae­na­ja­po­ni­ca) qui s’est em­pa­ré d’un Bass­day Range Vib bleu sar­dine de 23 grammes. Un bar­ra­cu­da lo­cal de taille mo­deste, mais je suis d’au­tant plus sa­tis­fait qu’on m’ex­pli­que­ra que c’est une prise plu­tôt rare. C’est néan­moins lorsque le so­leil dis­pa­raît der­rière les struc­tures de bé­ton, de verre et d’acier de la ci­té, que le meilleur est à ve­nir.

Gros bars de nuit

Car lorsque la nuit est ins­tal­lée, les proies fa­vo­rites des sea­bass, les sar­dines et les ha­rengs, re­montent vers la sur­face. Les bars les suivent et entrent dans des phases ali­men- taires plus mar­quées et plus in­tenses. Fi­ni alors les lames et les jigs, nous les chan­geons pour des pois­sons na­geurs qui plongent beau­coup moins (sus­pen­ding ou slow sin­king) et de taille modérée (10 à 15 cm). Le jeu consiste alors à les ani­mer le plus près pos­sible des struc­tures choi­sies par notre ca­pi­taine et elles sont im­men­sé­ment nom­breuses dans cet uni­vers an­thro­pi­sé à l’ex­trême. Chaque quai, chaque pon­ton, chaque po­teau, chaque ba­teau amar­ré, chaque uni­té an­crée en mi­lieu de baie, chaque ran­gée de pi­liers, chaque dé­fense à de­mi-im­mer­gée, chaque mur, chaque pal­planche, chaque môle, chaque digue, chaque brise-lames de té­tra­podes, chaque seuil, chaque écluse sont au­tant de postes qui peuvent fixer les sea­bass. Mais les pois­sons ne peuvent pas être par­tout et dans cet uni­vers com­plexe et dé­rou­tant, l’ap­port du skip­per est cer­tai­ne­ment en­core plus dé­ter­mi­nant que dans un mi­lieu na­tu­rel où le pê­cheur, même étran­ger, a plus de fa­ci­li­té à « lire » la mer. Ebi, le boss de Trout&King, l’agence de To­kyo où j’ai boo­ké mes jours de pêche, m’a af­fir­mé sans avoir l’air de plai­san­ter que les deux ca­pi­taines qu’il al­lait mettre à notre dis­po­si­tion (M. Ma­su et M. Rei) sont les deux meilleurs

du Ja­pon pour le sea­bass ! Rien de moins... J’ignore en­core quel cré­dit il faut por­ter à cette af­fir­ma­tion mais, ce que je sais, c’est que nous avons eu des ré­sul­tats. Ce soir-là, le so­leil était dé­jà cou­ché de­puis deux bonnes heures et notre ca­pi­taine ve­nait de faire un long dé­pla­ce­ment d’une t r en­taine de mi­nutes plu­tôt chao­tique puis­qu’un vent froid et puis­sant sou­le­vait de grosses vagues même à l’in­té­rieur du port. Ma­su a bien du mal à contrô­ler la dé­rive de son ba­teau qui, comme un bou­chon, danse dan­ge­reu­se­ment le long du quai qu’il tente d’ap­pro­cher. De­vant la force de la houle, Ma­nu et moi hé­si­tons un ins­tant à nous mettre en pêche. Mais il in­siste et nous de­mande de lan­cer le plus près pos­sible du bé­ton, ce que nous fai­sons, en équi­libre pré­caire à la pointe de la proue. Par mo­ment, je dis­tingue à la fa­veur d’un rayon de lu­mière mon pe­tit min­now jaune phos­pho évo­luer en­vi­ron 60 cen­ti­mètres sous la sur­face. La ma­rée est des­cen­dante et, dans le creux des vagues, je vois l’élé­ment li­quide en­trer dans les al­véoles de ce quai ajou­ré puis en re­fluer blan­chi et sur­oxy­gé­né par les vagues. Pen­dant une tren­taine de mi­nutes, les bars sont comme fous. Les at­taques se suc­cèdent et nous met­tons au sec quatre gros ja­pa­nese sea­bass de 70 à 85 cm. À cette taille, il s’agit vé­ri­ta­ble­ment de belles prises car ce sea­bass dé­passe ra­re­ment les 90 cm. Ce bar ja­po­nais res­semble beau­coup à notre bar eu­ro­péen ( Di­cen­trar­chus­la­brax) mais sa robe aux re­flets do­rés et son corps plus « mou », moins mus­cu­leux fait éga­le­ment pen­ser au snook. Si la touche du su­zu­ki est plus dis­crète et plus douce que celle du bar, sa dé­fense m’a pa­ru plus fa­rouche et plus vi­gou­reuse et ce­ci n’était pas seule­ment dû à nos en­sembles lé­gers et à nos cannes pa­ra­bo­liques.

Plus dur de jour mais belles sur­prises

Ce ma­tin-là, nous opé­rions avec ca­pi­taine Rei qui avait choi­si de nous ame­ner pê­cher sur une zone toute proche des pistes de l’aé­ro­port de Ha­ne­da

parce qu’il y avait bien réus­si la veille, au­tour de grosses concen­tra­tions de bait­fish. Seule­ment voi­là, la dou­ceur et le temps calme de la jour­née d’hier ont lais­sé place à une pe­tite bise gla­ciale qui, dès l’aube, a plon­gé le mer­cure du ther­mo­mètre sous le zé­ro et a dis­per­sé les mil­lions de ha­rengs qui, la veille en­core, étaient ag­glu­ti­nés en sur­face et dé­clen­chaient une fré­né­tique ac­ti­vi­té ali­men­taire des bars. Au­jourd’hui, tout est dif­fé­rent, le son­deur de Rei ne dé­tecte plus que des pe­tits groupes de ha­rengs épar­pillés et clair­se­més. Dans cette vaste baie qui jouxte les pistes de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal, Rei s’éver­tue à les suivre, et les quelques oi­seaux qui les ac­com­pagnent sont de bons re­pères. De­puis plu­sieurs heures dé­jà, nous lan­çons des lames et des min­nows de toutes tailles et de tous co­lo­ris pour de bien piètres ré­sul­tats. On sent notre ca­pi­taine de plus en plus dé­çu et même de plus en plus ten­du au fil des heures qui passent. Il fait pour­tant le job en sui­vant de près les plus pro­met­teuses dé­tec­tions que lui si­gnale son son­deur, au point qu’un gros ba­teau de sé­cu­ri­té orange vient nous chas­ser avec au­to­ri­té de la zone suite à une longue dé­rive qui nous avait ame­nés un peu trop près des pistes d’at­ter­ris­sage amé­na­gées sur des rem­blais ga­gnés dans la baie de To­kyo... Nous ap­pro­chons de la fin de la par­tie de pêche lorsque Ma­nu an­nonce « fish on ». Il pense à un nou­veau pe­tit bar mais, en fait, il re­monte un ha­reng de 25 cm pi­qué par une na­geoire. Las­sé de lan­cer mes leurres sans touche in­té­res­sante, je de­mande de mon­ter ce ha­reng en vif. Je suis un peu sur­pris de voir notre ca­pi­taine sim­ple­ment me pro­po­ser d’ôter mon leurre et me tendre un pe­tit ha­me­çon triple for­gé à pas­ser di­rec­te­ment dans mon éme­rillon agrafe. Ce mon­tage ne me pa­raît ni suf­fi­sam­ment sub­til ni conve­na­ble­ment dis­cret mais je m’exé­cute. Je plante une branche du triple dans le dos du ha­reng, juste der­rière la dor­sale avant de le lais­ser fi­ler en free­line dans le sillage de notre ba­teau pen­dant que Ma­nu conti­nue de lan­cer sur l’avant. Il ne se pas­se­ra pas 5 mi­nutes avant que je sente un pe­tit toc dans la canne puis ma ligne fi­ler entre les doigts. Je pa­tiente quelques se­condes avant de fer­rer am­ple­ment mais sou­ple­ment. En ré­ponse, ma prise « pète » un dé­mar­rage et ar­rache 15 bons mètres de tresse 20 lbs à mon Dai­wa 2500 pour al­ler « s’en­voyer en l’air », gueule et oper­cules l ar ge­ment ou­verts. J ’ ha­bite Saint- Na­zaire, j’ai l’ha­bi­tude de pê­cher notre bar eu­ro­péen et je peux vous dire que ces bars ja­po­nais, à taille égale, sont d’une éner­gie sur­pre­nante. Dans son an­glais ap­proxi­ma­tif, Rei, pro­ba­ble­ment plus pour dé­com­pres­ser de sa frus­tra­tion d’une ses­sion bien dif­fi­cile que pour nous in­for­mer car nous l’avions vu nous même, an­nonce «Big one ! Big one !». Ef­fec­ti­ve­ment, après une belle ba­garre, c’est un

jo­li pois­son de 77 cm que Rei love dans son épui­sette d’un geste as­su­ré et élé­gant.

Ya­mame, la griotte sur le gâ­teau

Même si cer­taines sor­ties sont plus com­pli­quées que d’autres, et c’est tout à fait nor­mal car « c’est la pêche... », quelques unes suf­fisent à se ras­sa­sier de ce pois­son tant ces ja­pa­nese sea­bass sont en­core pré­sents en grande quan­ti­té dans la baie de To­kyo. Je dé­ci­dais donc de chan­ger ma der­nière jour­née de pêche, après avoir com­pris qu’une ri­vière pas trop loin de Yo­ko­ha­ma offre une réelle pos­si­bi­li­té de pê­cher le ya­mame, un pois­son qui me fait rêver de­puis long­temps. Pas si simple qu’il n’y pa­raît à pre­mière vue car, au Ja­pon, tout est pré­cis, lis­sé, car­ré et, mo­di­fier à la der­nière mi­nute un pro­gramme or­ga­ni­sé et re­te­nu de­puis des mois n’est pas conforme aux ha­bi­tudes lo­cales. Pour­tant, à force de dis­cus­sions, c’est Ebi, le boss en per­sonne, qui ac­cepte (moyen­nant un pe­tit supplément) de pas­ser nous prendre ce di­manche ma­tin, de bonne heure, pour nous conduire avec son propre vé­hi­cule sur la Tan­za­wa, une pe­tite ri­vière de mon­tagne cen­sée abri­ter des ya­mames et des iwa­nas. Ça n’est qu’après plus de deux heures de route que nous la dé­cou­vrons en­fin. Elle ser­pente en fo­rêt, sur des pentes plu­tôt raides, à quelques ki­lo­mètres seule­ment du cé­lèbre mont Fu­ji dont le som­met s’est cou­vert de neige quatre jours plus tôt. Bien que lé­gè­re­ment amé­na­gée, comme qua­si­ment toute la na­ture au Ja­pon aus­si re­cu­lée soi­telle, la Tan­za­wa est su­perbe. Mal­gré les fortes pré­ci­pi­ta­tions des der­niers ty­phons pas­sés par ici il y a moins de deux se­maines, ses eaux sont res­tées lim­pides et s’écoulent vi­ve­ment sur un fond de ga­lets et de ro­chers de toutes tailles qui lui confèrent un pro­fil tor­ren­tueux par­ti­cu­liè­re­ment va­rié. Seul le fly­fi­shing est au­to­ri­sé sur la Tan­za­wa mais, comme elle est peu large (5 à 10 m en moyenne) j’ai de­man­dé à dé­cou­vrir le ten­ka­ra, pêche à la mouche tra­di­tion­nelle au Ja­pon. C’est une sorte de pêche à la vo­lante qui se pra­tique avec une canne très fine et très souple, très lé­gère aus­si (moins de 90 grammes), sans an­neau ni mou­li­net mais mu­nie d’une pe­tite poi­gnée en liège comme une canne à mouche. J’ai pris énor­mé­ment de plai­sir à pê­cher avec cette tech­nique qu’on ap­pré­hende très vite. À ma grande déception, mes pre­mières prises se­ront des truites arc-en-ciel (la po­pu­la-

tion de la Tan­za­wa est sou­te­nue par des em­pois­son­ne­ments). Elles sont en bonnes condi­tions et font plier le car­bone de ma ten­ka­ra. Hé­las ce ne sont pas les pois­sons que j’at­ten­dais. Heu­reu­se­ment, dans l’après-mi­di, après une averse de grêle, deux ya­mames ac­cep­te­ront de se li­vrer à moi pour quelques ins­tants avant que je ne les remette à l’eau. Le ya­mame ( On­co­rhyn­chus­ma­souya­mame) est un tout pe­tit pois­son : 15 à 20 cm en moyenne, 30 cm c’est un très gros, 40 cm c’est un monstre. Mais il est ma­gni­fique, sa robe est in­des­crip­tible tant elle est belle. Avec ses marques ovales et bleu­tées, ré­par­ties le long de la ligne la­té­rale, elle fait un peu pen­ser à celle d’un ta­con de sau­mon at­lan­tique mais re­gar­dez plu­tôt les pho­tos. Le ya­mame est la ver­sion en­fer­mée du sau­mon ce­rise ana­drome ( On­co­rhyn­chus­ma­sou) qui, lui, peut dé­pas­ser 70 cm et ap­pro­cher les 10 kg (beau­coup plus cou­ram­ment 1,5 à 2 kg). Il est de­ve­nu, mal­heu­reu­se­ment, très rare et très in­ac­ces­sible pour les pê­cheurs à la ligne.

C’est aus­si ça la pêche…

J’étais en­core sur le pe­tit nuage de ces deux cap­tures, lors­qu’en toute fin de sor­tie, aux der­nières lueurs du jour, Ebi me si­gnale deux beaux pois­sons (une bonne tren­taine de cen­ti­mètres) dis­si­mu­lés dans une an­frac­tuo­si­té de la berge. Ce sont des iwa­nas ( Salve

li­nus­leu­co­ma­neis­plu­vius) ver­sion ja­po­naise et plus pe­tites que son cé­lèbre cou­sin, le kund­ja, le grand omble à points blancs de Si­bé­rie. Je m’ap­puie sur le vent pour un ba­lan­cer souple avec ma ten­ka­ra Shi­ma­no, je pose dé­li­ca­te­ment la pe­tite nymphe, la dé­rive est bonne, le pois­son se re­tourne, il est pi­qué ! Il part comme une flèche vers l’amont, tra­verse une vasque pour al­ler gi­go­ter ner­veu­se­ment dans les eaux agi­tées d’une pe­tite chute d’eau. La ten­ka­ra pa­ra­bo­lique s’ar­ron­dit, je tends le bras, j’avance d’un pas... « Merde ! Cas­sé ! ». Le 10 cen­tièmes n’a pas te­nu, c’est fi­ni, les deux pois­sons sont par­tis, la nuit tombe, Ebi croise les avant-bras pour dire stop. Ain­si s’achève ma der­nière par­tie de pêche au Ja­pon. J’ai un goût d’amer­tume dans la bouche, un peu comme au foot, lors­qu’on mène 1-0 à l’ex­té­rieur et qu’on prend un but à la der­nière mi­nute. Mais, ça aus­si, « c’est la pêche »... •

Re­mer­cie­ments­par­ti­cu­liers au­di­rec­teur­duFu­jiS­pring-FedVilla­geA­qua­riu­me­tà­mon­po­teMa­nu.

La pêche de jour peut aus­si ré­ser­ver de bonnes sur­prises.

La Tan­za­wa n’est qu’à quelques ki­lo­mètres du pied du Mont Fu­ji.

Pêche ur­baine de nuit dans le port de Yo­ko­ha­ma.

Pêche sous les avions de l’aé­ro­port de Ha­ne­da...

Les gros bars sont plus fa­ciles à cap­tu­rer la nuit.

Am­biance cy­ber­punk en pê­chant sous un porte-conte­neurs en cours de char­ge­ment...

Le so­leil dis­pa­raît der­rière les bâ­ti­ments de la ville, l’heure des gros bars ap­proche.

Pêche en kayak dans le port de Yo­ko­ha­ma.

La boîte de leurres des skip­pers pour le sea­bass est simple et dé­pouillée, j’aime ça.

Fly fi­shing sur la Tan­za­wa.

Le ya­mame, tré­sor ja­po­nais de la bio­di­ver­si­té mon­diale.

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