VU DE L’OR­CHESTRE

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS - Claire Bar­rois

Jour­na­liste et mu­si­cienne, Claire Bar­rois était, le 8 fé­vrier der­nier, sur la scène de L’Apos­trophe, à Cer­gy-Pon­toise, dans les pu­pitres de l’Or­chestre de l’uni­ver­si­té de Nan­terre Mé­lo’dix. Vio­lo­niste, elle ac­com­pa­gnait la fi­nale du concours Pia­no Cam­pus. Sui­vez son re­gard ori­gi­nal sur l’épreuve…

Après avoir ac­com­pa­gné les trois can­di­dats dans le Ron­do du 4e Con­cer­to de Bee­tho­ven et dans la pièce contem­po­raine To Bill or not to Bill de Ray­mond Ales­san­dri­ni, sous les yeux du com­po­si­teur, l’or­chestre doit at­tri­buer son prix à l’un des trois can­di­dats. Nous sommes en place, et moi à mon poste, dans les se­conds violons. Sur scène, au­cun d’entre nous ne sait en­core à qui il va of­frir sa voix pour at­tri­buer le prix de l’or­chestre. Une vio­lo­niste, qui a sui­vi les pro­grammes libres en dé­but d’après­mi­di sur la té­lé­vi­sion po­sée dans les loges, a dé­jà re­pé­ré deux can­di­dats : « J’hé­site entre ce­lui qui a li­vré un Rach­ma­ni­nov très im­pres­sion­nant et l’in­ter­prète d’une oeuvre de Bach, moins dé­mons­tra­tive, mais qui lui a per­mis de dé­ployer une très belle mu­si­ca­li­té. » Le stress, pal­pable dans l’après-mi­di alors que le chef ré­glait les der­niers dé­tails avec Ray­mond Ales­san­dri­ni sur sa pièce, lors du rac­cord sans les so­listes, s’est trans­for­mé en ex­trême concen­tra­tion. Nous n’avons qu’un seul but : of­frir la même qua­li­té de jeu à chaque can­di­dat tout en nous pliant à leurs de­si­de­ra­ta pour ser­vir au mieux leur in­ter­pré­ta­tion. Aux yeux de l’or­chestre, l’oeuvre d’Ales­san­dri­ni a fait la dif­fé­rence entre les can­di­dats, met­tant en exergue ce qui était ébau­ché dans Bee­tho­ven : la mu­si­ca­li­té de l’un et la so­li­di­té de l’autre. De retour dans les loges, ce sont au­tour de ces points que le dé­bat s’anime entre les mu­si­ciens de l’or­chestre.

Un choix dif­fi­cile Cha­cun veut re­cueillir l’avis des autres avant de rem­plir son bul­le­tin de vote. « Se per­mettre d’im­pro­vi­ser en concours, c’est osé ! », s’en­thou­siasme un al­tiste en dé­po­sant son bul­le­tin sur la table. Je re­joins son im­pres­sion. Je pense que la mu­si­ca­li­té du can­di­dat qui s’est per­mis d’im­pro­vi­ser m’a conquise, mal­gré ses quelques er­reurs, alors que l’in­ter­pré­ta­tion la plus so­lide est res­tée trop sage à mon goût. Un vio­lo­niste n’est pas d’ac­cord avec nous : « Votre can­di­dat a sé­duit le pu­blic, mais, au-de­là de son as­pect sym­pa­thique, je ne lui trouve pas au­tant de qua­li­tés mu­si­cales qu’au pia­niste qui a maî­tri­sé les mor­ceaux de A à Z et que l’or­chestre n’a eu au­cune dif­fi­cul­té à suivre. » À quelques voix près, la mu­si­ca­li­té l’a em­por­té sur la so­li­di­té. Le troi­sième can­di­dat, dont le tra­vail a été ju­gé trop frais par les mu­si­ciens, n’a pas trou­vé grâce à nos yeux et n’a rem­por­té au­cun vote.

Cé­lia One­to-Ben­saÔd lors de la fi­nale, en fé­vrier. À droite, la même en­tou­rée de Lu­ka Okrosts­va­ridze (or) et Sean Mat­tew Yeh (bronze).

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