Un me­nu de Rêve…

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Nous étu­die­rons dans ce nu­mé­ro un chef-d’oeuvre de Liszt : son Troi­sième Noc­turne pour pia­no, plus connu sous le titre de « Rêve d’amour ». Comme l’a écrit l’écri­vain hon­grois Zsolt Harsá­nyi, La vie de Liszt est un ro­man1. À n’en pas dou­ter, la vie de Liszt est une in­croyable épo­pée qui em­brasse tout alen­tour : l’amour de la mu­sique, l’amour de Dieu et, bien sûr aus­si, l’amour des femmes ! Hé­las, il ne suf­fit pas de nous lais­ser em­por­ter par le titre en­jô­leur de la pièce pour bien l’in­ter­pré­ter. « L’ar­tiste ne doit pas être seule­ment un rê­veur » sou­li­gnait Di­nu Li­pat­ti. Avant de rê­ver, il nous faut domp­ter les dif­fi­cul­tés de cette pièce. Com­ment faire ? Liszt était peu di­sert sur sa tech­nique. Plu­sieurs élèves re­cueillirent mal­gré tout ses conseils. Liszt dit un jour à Lina Ra­mann : « La tech­nique doit naître de l’es­prit, et non de la mé­ca­nique. » Nous in­sis­tons tou­jours sur l’im­por­tance de ne pas sé­pa­rer l’étude de la tech­nique de la mu­si­ca­li­té, ni de la maî­trise émo­tion­nelle de notre in­ter­pré­ta­tion. Tout est lié. Il n’est point de beau­té dans l’im­puis­sance à l’ex­pri­mer par le corps (il est utile de prendre conscience des gestes adé­quats) mais à l’in­verse, avouons que cer­taines le­çons de pia­no re­lèvent da­van­tage d’une consul­ta­tion de chi­rur­gien or­tho­pé­dique sous la me­nace d’un scal­pel, que du vé­ri­table exer­cice d’un art, le­quel doit évi­dem­ment en­ga­ger l’en­semble de la per­sonne hu­maine. Liszt di­sait en­core : « L’étude de la tech­nique est la tech­nique de l’étude. » Voi­là une phrase en or. La vraie tech­nique ne se « voit » pas. C’est pour­quoi il est vain de pas­ser votre temps sur YouTube à ten­ter de per­cer le se­cret de tel ou tel grand pia­niste en re­gar­dant ses mains. À ce pro­pos, nous par­lons sou­vent de la li­ber­té du poi­gnet. Elle est es­sen­tielle. Mais rap­pe­lons que ce n’est pas le poi­gnet lui-même qui doit être ac­tif. Si nous vou­lons pe­ser dans les oc­taves vi­gou­reuses du Rêve d’amour, le poids du bras doit d’abord s’al­lé­ger sur les notes qui pré­cèdent, sur les fins de phrase qu’il faut at­té­nuer sans les pré­ci­pi­ter. Alors, si le poi­gnet est bien « dé­blo­qué », la main re­monte toute seule et c’est ce­la qui per­met de pe­ser en­suite dans la note im­por­tante. Cho­pin di­sait : « Le poi­gnet (est) la res­pi­ra­tion dans la voix. » En­core une pa­role d’or! Mais tout est sub­til. Au sein d’une même phrase, des gestes su­per­flus peuvent dé­truire un phra­sé. Cho­pin in­sis­tait éga­le­ment pour que l’on sup­pri­mât les mou­ve­ments in­utiles.

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