Franz Liszt

(1811-1886) Noc­turne n°3 en la bé­mol ma­jeur, « Rêve d’amour »

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Ce Rêve d’amour est une oeuvre ro­man­tique qui com­porte un puis­sant mes­sage af­fec­tif. Certes, il est es­sen­tiel de le res­sen­tir, d’en être ému car ai­mer, vi­brer, ce­la est bien la base pour ap­pré­hen­der ce ré­per­toire. Ce­pen­dant il ne faut pas ou­blier que ce mes­sage s’ex­prime à tra­vers l’harmonie, un dis­cours construit et pen­sé. Il faut donc bien connaître ce lan­gage et ne pas se lais­ser al­ler à jouer avec ap­proxi­ma­tion, em­por­té par notre sen­ti­ment et comme un di­let­tante qui ignore tout de la gram­maire mu­si­cale. Liszt avait une for­mule pour qua­li­fier ce genre de jeu, il di­sait : jouer « au ra­bais ». Il ne faut pas da­van­tage l’in­ter­pré­ter sans âme ni, pour re­prendre cet autre mot de Liszt, «comme Ponce Pi­late, en se “la­vant les mains de la mu­sique”». Il faut les deux à la fois : être ému mais aus­si par­fai­te­ment maître de soi, conscient de ce qui se passe du point de vue har­mo­nique, ryth­mique, mé­lo­dique. Et c’est bien ce­la qui est dif­fi­cile !

THÈME, MES. 1-6

1. Écou­ter et sen­tir les notes im­por­tantes. Ce thème du Rêve d’amour est très can­ta­bile. D’abord, pre­nez conscience qu’il est en mode ma­jeur. La note im­por­tante que vous de­vez pen­ser et res­sen­tir pour com­men­cer est la tierce ma­jeure : do bé­carre. C’est sur­tout la tierce (et le VIe de­gré) qui dé­ter­mine un mode et donc l’af­fec­ti­vi­té, l’émo­tion conte­nue der­rière les notes. Nous ver­rons que, tout du long de cette oeuvre, Liszt os­cille sans cesse entre le ma­jeur et le mi­neur, les dièses et les bé­mols, et que c’est ce­la qui fait naître des « cou­leurs d’âme » et gé­nère l’émo­tion, tel un arc-en­ciel ve­nant nous éclai­rer après la pluie. 2. Tou­chez ce thème avec gour­man­dise, avec une large sur­face de votre doigt, afin de mieux « cou­ler » votre poids dans les notes. Ma­dame Bois­sier, dont la fille Valérie re­çut des le­çons du jeune Liszt, rap­porte : « On ne doit pas ou­blier qu’il ne faut pas tou­cher de l’ex­tré­mi­té du doigt mais de la paume du doigt, ce qui le fait te­nir presque plat et lui donne fi­na­le­ment plus de li­ber­té et de ron­deur. » Quelles sont les notes im­por­tantes en­suite ? Me­sure 2, mi bé­carre nous at­tire vers fa mi­neur. Ap­pa­raît un voile de tris­tesse. Me­sure sui­vante, la bé­carre nous at­tire vers si bé­mol. Le point culmi­nant de cette phrase est le do bé­carre, me­sure 4. « An­ti­ci­pez » cet ap­pui par la pen­sée et le geste. Ne jouez pas plus fort que cette note avant elle, al­lé­gez votre poids du bras de­puis l’épaule sur les notes qui pré­cèdent. Il faut pré­pa­rer une note im­por­tante, do­ser notre poids so­nore et phy­sique afin de l’ame­ner. Sen­tez, grâce à vos pa­pilles de doigts, quel poids exac­te­ment vous met­tez sur les notes. Me­sure 6, Liszt ra­mène la to­na­li­té du dé­but, la bé­mol ma­jeur. L’ef­fet est ce­lui d’un in­des­crip­tible bien-être, d’un « retour » ras­su­rant. …prou­vez-le dans votre âme et votre corps, et faites-le sen­tir à votre au­di­teur. 3. Con­trô­lez la pul­sa­tion par les croches. Si vous vou­lez que vos doigts puissent dé­cla­mer cette ma­gni­fique mé­lo­die de fa­çon na­tu­relle

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.