TO IM­PRO­VISE OR NOT

Pianiste - - CHRO­NIQUES DISQUES, DVD - Pro­pos re­cueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

NAÏVE SORT UN NOU­VEAU DISQUE DE BAP­TISTE TRO­TI­GNON AVEC UN PRO­GRAMME « CLAS­SIQUE ». LE PIA­NISTE DE JAZZ POUR­SUIT UNE RE­CHERCHE MU­SI­CALE RE­FU­SANT TOUTE CHA­PELLE.

Com­ment dé­fi­ni­riez-vous l’es­thé­tique de ce disque ? Ce sont les autres qui dé­fi­nissent votre tra­vail. L’ar­tiste est « dans le faire ». Je ne m’in­ter­dis rien. Même les mu­si­ciens de jazz écrivent. Ils ne sont pas des com­po­si­teurs au sens clas­sique du terme et, d’ailleurs, peu de mu­si­ciens de jazz aiment se confron­ter à l’écri­ture clas­sique contem­po­raine si éloi­gnée de l’im­pro­vi­sa­tion. Où si­tuer plus gé­né­ra­le­ment les mu­si­ciens de jazz ? Entre les mu­siques po­pu­laires et les mu­siques clas­siques? Et pour­quoi faut-il nous si­tuer quelque part ?

Com­ment est né votre concer­to pour pia­no?

J’avais en­vie de me confron­ter à la ma­tière or­ches­trale : sou­ve­nir de mes classes d’écri­ture du con­ser­va­toire de Nantes, com­po­si­tion dé­jà de pièces di­verses, en­vie d’un concer­to, mais pas né­ces­sai­re­ment en­vie de le jouer. Tout ce­la à la fois. Mais à qui m’adres­ser? J’étais res­té en contact avec Ni­cho­las An­ge­lich. Ma pro­po­si­tion l’a sur­pris! On n’a eu qu’une séance de tra­vail, le concer­to était dé­jà bien avan­cé. J’étais un peu an­gois­sé, et lui, en­thou­siaste.

Aviez-vous dé­jà éta­bli le plan de l’oeuvre ?

Non, j’ai com­men­cé à écrire des choses en vrac. As­sez ra­pi­de­ment, la forme est ap­pa­rue. Je la vou­lais re­la­ti­ve­ment tra­di­tion­nelle, en trois ou quatre mou­ve­ments. L’in­fluence cer­tai­ne­ment des concer­tos clas­siques et du XXe siècle. Fi­na­le­ment, c’est le Se­cond Concer­to pour pia­no de Pro­ko­fiev qui m’a convain­cu de la forme. Dans les deux pre­miers mou­ve­ments, j’ai as­sem­blé des élé­ments dis­pa­rates dans un es­prit rhap­so­dique. Par com­pa­rai­son, le der­nier est bâ­ti d’un seul élan.

Cette oeuvre pa­raît mul­ti­plier les hom­mages…

En ef­fet, dans le der­nier mou­ve­ment, par exemple, sur­git un cho­ral de cuivres (in­con­tes­ta­ble­ment un hom­mage à Bach) alors que, pré­cé­dem­ment, on a en­ten­du une mu­sique de ca­ba­ret, à la Kurt Weill. Le tri­vial et le su­blime s’as­so­cient fort bien dans le clas­sique et le jazz.

On peut aus­si ci­ter des clins d’oeil à Bartók, Ra­vel…

Rach­ma­ni­nov, Pou­lenc éga­le­ment… Au­tant de com­po­si­teurs qui font par­tie de mon uni­vers. Je mets beau­coup d’in­for­ma­tions dans les thèmes de ma mu­sique dans un sou­ci de pré­ci­ser ma pen­sée.

Vous épu­rez votre écri­ture dans les Trois Pièces pour deux pia­nos et Trois Pré­ludes pour pia­no seul qui com­plètent le disque…

J’ai vou­lu des pièces quelque peu… dé­jan­tées. Ces cycles ont été com­po­sés en 2014 avec une vo­lon­té d’ef­fi­ca­ci­té et une cou­leur « clas­sique ». Les Trois Pièces pour deux pia­nos sug­gèrent quelques clins d’oeil au mi­ni­ma­lisme amé­ri­cain, à la So­nate « Wald­stein » de Bee­tho­ven. Il y a même un mo­ment d’im­pro­vi­sa­tion dans le der­nier mor­ceau, Mo­teur. Dans les Trois Pré­ludes pour pia­no seul, j’ai clai­re­ment pen­sé au pia­nisme de Ni­cho­las An­ge­lich. C’est très ex­ci­tant de tra­vailler avec un in­ter­prète qui ap­porte tout de suite un son.

Que vont pen­ser vos confrères pia­nistes de jazz?

Oh, la plu­part d’entre eux ne vont ja­mais lire ce­la! C’est un autre uni­vers que le leur.

Quels sont vos autres oeuvres « clas­siques » ré­centes ?

J’ai com­po­sé un Qua­tuor à cordes juste après le Concer­to, puis une So­nate pour pia­no et flûte, un Trio pour Phi­lippe Cas­sard, Da­vid Gri­mal et Anne Gas­ti­nel. Je viens de ter­mi­ner des pièces cho­rales. On pro­gresse… On pro­gresse…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.