UN FES­TI­VAL CA­PI­TAL

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS -

Cu­rieux mé­lange d’ar­chi­tec­ture dans cette ville balte ! La marque du pas­sé y pa­raît aus­si mas­sive que raf­fi­née. Raf­fi­née par les in­fluences cultu­relles al­le­mandes, et plus en­core po­lo­naises et russes. L’in­dé­pen­dance sour­cilleuse du pays – l’un des membres de l’Union eu­ro­péenne – se res­sent face à son gi­gan­tesque voi­sin. La date du 14 no­vembre 2015 est, ac­tua­li­té oblige, dou­lou­reuse. Dans la salle ar­chi-comble de la Phil­har­mo­nie – à la li­mite du rai­son­nable –, la mi­nute de si­lence en pré­sence de l’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique, Val­das Adam­kus, et du mi­nistre de la Culture, Sa­ru­nas Bi­ru­tis, de­vant les ca­mé­ras de té­lé­vi­sion, im­pose une gra­vi­té im­pré­vue. Le concert s’ouvre avec un Al­bo­ra­da del gra­cio­so de Ravel plus fin­lan­dais qu’es­pa­gnol. Le Concer­to n°3 de Bartók, sous les doigts de Mu­za Ru­ba­cky­té et la di­rec­tion at­ten­tive de Ste­fan La­no, ra­vive l’in­té­rêt. Les dia­logues avec les bois bien me­nés et la fi­nesse du pia­no ques­tion­nant sans cesse, par­lant son Bartók avec élé­gance, sé­duisent. Le ma­gni­fique Stein­grae­ber à la so­no­ri­té cha­toyante est une ac­qui­si­tion heu­reuse de la Phil­har­mo­nie. La Sym­pho­nie n°2 de Rach­ma­ni­nov, qui clôt le concert, est d’une force hé­roÔque, au dé­tri­ment des nuances dans les dy­na­miques. Nous avons le sen­ti­ment que toute la so­cié­té de Vil­nius com­mu­nie du­rant le concert. « C’est l’échelle du pays – qui compte 3 mil­lions d’ha­bi­tants – qui veut ce­la. Nous sommes les Es­pa­gnols du Nord, avec ce res­pect mu­tuel ca­rac­té­ris­tique des pays nor­diques. Les gens sont ac­ces­sibles, bai­gnés de leur vieille culture d’ori­gine paÔenne, de leur pas­sion de la na­ture, de la chré­tien­té, de­puis le XIIIe siècle », nous confie Mu­za Ru­ba­cky­té. La plus fran­çaise des mu­si­ciennes li­tua­niennes nous ac­cueille. Elle nous parle d’abord de sa dé­cou­verte émer­veillée de Pa­ris. « Les Li­tua­niens aiment tout au­tant Na­po­léon, pour les rai­sons his­to­riques dont vous vous dou­tez, que la lit­té­ra­ture et la mu­sique fran­çaises. J’ai étu­dié au Conser­va­toire de Mos­cou car, dans le bloc de l’Est, je n’avais pas d’autre al­ter­na­tive. Au dé­but de ma car­rière, j’étais in­ter­dite de sor­tie de ter­ri­toire. J’ai donc joué dans des usines et des kol­khozes, au fin fond de la Rus­sie. Bref, à Mos­cou, la mu­sique fran­çaise était jouée sans style. On m’a fi­na­le­ment pro­po­sé une bourse pour étu­dier en France. Un an à Pa­ris ! Vous ima­gi­nez ? Ren­con­trer Oli­vier Mes­siaen, les pro­fes­seurs du Conser­va­toire de Pa­ris et de l’…cole nor­male, vi­si­ter tous les mu­sées, dé­cou­vrir une telle sur­abon­dance de biens… Sa­vou­rer la li­ber­té, pou­voir s’ex­pri­mer li­bre­ment… » Un choc cultu­rel d’au­tant plus violent que Mu­za vient d’une famille « sur­veillée » par le ré­gime : « Je suis is­sue d’une famille d’aris­to­crates. Sous l’oc­cu­pa­tion so­vié­tique, mes grands-pa­rents ont tout per­du. Ils étaient dé­cla­rés “en­ne­mis du peuple”. »

Sa­me­di 14 no­vembre, nous voi­ci ins­tal­lés dans la salle de la Phil­har­mo­nie, à Vil­nius. La ca­pi­tale de la Li­tua­nie ac­cueille la 4 édi­tion du Fes­ti­val de pia­no ima­gi­né par Mu­za Ru­ba­cky­té.

Un jour, cer­tai­ne­ment, Mu­za pu­blie­ra ses mé­moires, qui dé­passent très lar­ge­ment le cadre d’une his­toire de famille. Nous l’in­ter­ro­geons sur les no­tions d’école et de tra­di­tion. « Notre édu­ca­tion mu­si­cale était celle des Ré­pu­bliques so­vié­tiques. Un tra­vail dur et pa­tient. Je ne crois pas aux écoles. Si chaque pro­fes­seur avait la sienne, en vé­ri­té, tous les pia­nistes des­cendent de Liszt. Les en­fants étaient en­traî­nés comme des spor­tifs. Nous avons gar­dé cette exi­gence, en­core per­cep­tible, ici, avec l’Aca­dé­mie Ciur­lio­nis. Le cycle nor­mal d’en­sei­gne­ment est de dix-neuf ans. Ce­la si­gni­fie que les mu­si­ciens sortent ra­re­ment di­plô­més avant l’âge de 25 ans. » Le bâ­ti­ment du

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