La per­for­mance d’Ele­na Ba­sh­ki­ro­va

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS -

In­vi­tée à la 6e édi­tion du fes­ti­val L’Es­prit du pia­no, la pia­niste russe Ele­na Ba­sh­ki­ro­va se pro­dui­sait à l’Au­di­to­rium de Bor­deaux, le 20 no­vembre der­nier. Une salle à l’acous­tique ma­gni­fique, met­tant en va­leur le nou­veau Stein­way choi­si spé­cia­le­ment à Ham­bourg par Ber­trand Cha­mayou. Un pro­gramme pour le moins dé­rou­tant… sur le pa­pier. Les Nachstücke de Schu­mann, tout d’abord, nar­ra­tifs, te­nus de bout en bout, presque sé­vères. Puis Mo­zart avec la Fan­tai­sie et la So­nate, toutes deux en ut mi­neur. L’émo­tion in­ves­tit pro­gres­si­ve­ment ces deux par­ti­tions qui, char­gées dé­jà d’un ro­man­tisme sombre, de­viennent de vé­ri­tables drames. OEuvres pré­mo­ni­toires, lu­gubres, sortes de tra­gé­dies vé­ni­tiennes mê­lant le sou­ve­nir de l’opé­ra et une di­men­sion mor­bide ra­re­ment at­teinte. Ele­na Ba­sh­ki­ro­va ex­ploite un jeu phy­sique, uti­li­sant les dy­na­miques les plus ex­trêmes, jouant avec la concen­tra­tion d’un pu­blic au souffle cou­pé. En se­conde par­tie de son concert, la Bal­lade n°2 de Liszt pa­raît presque « ano­dine ». Belles et un peu dis­tantes, les Fu­né­railles, ra­pides (trop?), sont vé­cues comme une gifle, loin de la gran­deur tra­gique de la Fan­tai­sie et de la So­nate de Mo­zart. Puis c’est en­fin le re­tour à la lu­mière avec les Chants d’Espagne d’Al­bé­niz. Le pia­no ré­vèle une ri­chesse de sons d’une ex­trême fi­nesse ra­re­ment en­ten­due, et l’in­ter­prète re­cons­ti­tue avec un charme fou aus­si bien la per­cus­si­vi­té de la gui­tare que les par­fums des ruelles ma­dri­lènes. Deux bis russes, ce­la al­lait presque de soi, re­ferment le ré­ci­tal ma­gni­fique d’une ar­tiste mal­heu­reu­se­ment et in­ex­pli­ca­ble­ment peu pré­sente en France.

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