LE PIA­NO CÉ­LESTE DE GRI­GO­RY SO­KO­LOV

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS -

Dé­but no­vembre, le pia­niste russe a don­né un ré­ci­tal à l’Au­di­to­rium de Lyon. Son ma­gné­tisme et son gé­nie ont en­sor­ce­lé le pu­blic.

Le maestro se fait dé­si­rer. Son pou­voir s’exerce dé­jà là, dans l’ab­sence, dans l’ex­pec­ta­tive d’une salle en­tière plon­gée dans un clair-obs­cur nim­bé de mys­tère. Puis, en­fin, il im­pose sa sil­houette mas­sive, la ca­dence du pas est ca­li­brée, le sa­lut est prompt, une mé­ca­nique qui se ré­pète à chaque ré­ci­tal et ne connaît pas l’usure. Son pro­gramme s’ouvre avec la So­nate D.784 de Schu­bert, aux pre­mières me­sures énig­ma­tiques. Le pia­niste nous en­traîne dans les pro­fon­deurs abys­sales de l’Al­le­gro, dont les rythmes poin­tés confinent à l’an­goisse. Il fait de l’An­dante une ex­pé­rience qua­si mys­tique. Pré­ci­sion des at­taques, maî­trise des contrastes, trilles aux bat­te­ments cé­lestes. On pour­rait en dire au­tant du deuxième thème sé­ra­phique du fi­nale qui plonge l’au­di­teur dans une souf­france heu­reuse. Mais l’apai­se­ment est de courte du­rée, et la che­vau­chée ma­cabre re­prend, sans es­poir. On res­sort étour­di de cette in­ter­pré­ta­tion très in­té­rieure, qui dé­ploie les tour­ments d’une âme cli­vée entre es­poir et té­nèbres. So­ko­lov nous offre un mo­ment de ré­pit avec les Mo­ments mu­si­caux D.780. Il offre d’autres fa­cettes de son art, la grâce, la trans­pa­rence. Mais son jeu est tou­jours tra­ver­sé par la même force d’in­tros­pec­tion.

Se­crète al­chi­mie

Le mi­racle se ré­pète de nou­veau dans les Noc­turnes op. 32 de Cho­pin. Quel diable est donc em­bus­qué dans ses mains, par quelle al­chi­mie ob­tien­til une telle plé­ni­tude ? On tente de faire l’in­ven­taire des res­sorts de son gé­nie : le son au ser­vice du sens, la pré­ci­sion ab­so­lue du tou­cher, l’épan­che­ment maî­tri­sé, un aplomb dé­me­su­ré… Puis on ca­pi­tule, on laisse le des­pote nous rendre cap­tif de son ma­gné­tisme. Le ré­ci­tal s’achève sur la So­nate fu­nèbre de Cho­pin. Une par­ti­tion en mi­roir de la So­nate D.784 de Schu­bert : les émo­tions les plus an­ta­go­nistes, là aus­si, se che­vauchent, en par­ti­cu­lier dans le 3e mou­ve­ment où la mort est en marche, tan­dis que se dé­ploie un pa­ra­dis de fé­li­ci­té. Là, on renonce à tout com­men­taire, on est comme en lé­vi­ta­tion. La fas­ci­na­tion at­teint son pa­roxysme dans le 4e mou­ve­ment. Une page au souffle ma­cabre. « Un cer­tain gé­nie im­pi­toyable nous souffle au vi­sage », af­fir­mait Schu­mann. Une phrase qui n’a ja­mais été aus­si tan­gible. So­ko­lov gra­ti­fie la salle d’un sa­lut aus­tère, que l’en­thou­siasme dé­bri­dé du pu­blic ne par­vient pas à al­té­rer. Mais il ne faut pas croire à un manque d’ar­deur de la part de l’ar­tiste qui nous offre des bis en abon­dance. Après une sé­rie de ma­zur­kas cris­tal­lines, il tire sa ré­vé­rence sur une valse d’Alexandre Gri­boÔe­dov, aux in­flexions nos­tal­giques.

Le Ca­rillon d’Or­léans

www.thea­tre­champ­se­ly­sees.fr

Vit­to­rio Forte don­ne­ra des trans­crip­tions de lie­der de Schu­bert, Men­dels­sohn, Schu­mann, Cho­pin, par Liszt, ain­si que des ar­ran­ge­ments de mé­lo­dies de Rach­ma­ni­nov et Ger­sh­win par Earl Wild, le 23 fé­vrier, au Goethe-Ins­ti­tut, à Pa­ris. Un concert à l’oc­ca­sion de la sor­tie de son disque « Voyage mé­lo­dique », à pa­raître chez Ly­rinx.

www.goethe.de/pa­ris

Wins­ton Choi. El­sa Fot­to­ri­no

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.