Ch­ris­tian Bi­net, un maes­tro de la BD dans le vent

Le père des iné­nar­rables Bi­do­chon vient de pu­blier le deuxième al­bum de la sé­rie de bande des­si­née Haut de gamme. Une par­ti­tion drôle et sar­cas­tique dans l’uni­vers de la mu­sique clas­sique, une de ses pas­sions. Ren­contre avec un ac­cor­déo­niste et mé­lo­mane a

Pianiste - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Elsa Fot­to­ri­no

Com­ment est née la BD Haut de gamme ? Dans mon tra­vail, j’ai abor­dé beau­coup de su­jets, sauf l’une de mes pas­sions : la mu­sique clas­sique. Je suis un mé­lo­mane, je joue de­puis long­temps des oeuvres du ré­per­toire à l’ac­cor­déon et j’ap­prends à com­po­ser. D’ha­bi­tude, pour éla­bo­rer une nou­velle his­toire, je crée un per­son­nage à par­tir du­quel je dé­gage des idées et une sé­rie de gags. Pour Haut de gamme, je suis par­ti des par­ti­tions. J’ai mis en scène la Pas­sa­caille pour orgue de Bach, une oeuvre splen­dide au mo­tif ré­pé­té, re­pro­duit à l’in­fi­ni. Je me suis aus­si in­té­res­sé à un lied de Men­dels­sohn, Auf Flü­geln des Ge­sanges, que mas­sacre une chan­teuse évo­quant Flo­rence Fos­ter Jen­kins, la fa­meuse di­va amé­ri­caine qui chan­tait faux. Je pos­sède ses en­re­gis­tre­ments, c’est ex­tra­or­di­naire et épou­van­table ! Comme dans la BD on ne peut pas l’en­tendre, je lui fais écor­cher l’al­le­mand.

Vous n’êtes pas tendre avec les mu­si­ciens. Vous in­ven­tez éga­le­ment une fi­gure de pro­fes­seur de pia­no aca­riâtre…

C’est un peu uni­ver­sel : les ar­tistes qui ont du suc­cès à un mo­ment de leur vie et qui, sou­dain, n’en n’ont plus, sont sou­vent ai­gris. Et font payer leur frus­tra­tion à leurs élèves. Mieux vaut un pia­niste moyen qui soit un ex­cellent pé­da­gogue qu’un très bon so­liste qui exerce ce mé­tier par dé­faut. J’ai sou­vent re­mar­qué que les pro­fes­seurs de pia­no ne sa­vaient pas ras­su­rer leurs élèves. Ils leur donnent l’im­pres­sion d’être nuls. Mais mon per­son­nage a tout de même des cô­tés at­ta­chants.

Vous êtes-vous ins­pi­ré de votre ex­pé­rience per­son­nelle ?

Quand j’avais 12 ans, mes pa­rents m’ont ins­crit à des cours de pia­no et je suis tom­bé sur un per­son­nage qui au­rait pu être ce­lui de ma bande des­si­née. Il s’en­nuyait, par consé­quent, il m’en­nuyait, et tout le monde a dé­cré­té que je n’étais pas doué. Pour­tant, j’ai­mais la mu­sique. Alors, j’ai conti­nué mon ap­pren­tis­sage en au­to­di­dacte. De­puis quelques an­nées, je pra­tique l’ac­cor­déon à basse chro­ma­tique, dont la so­no­ri­té s’ap­pa­rente à celle de l’har­mo­nium. Elle n’a rien à voir avec celle de l’ac­cor­déon mu­sette. Ra­pi­de­ment, j’ai eu en­vie de com­po­ser pour mon ins­tru­ment.

Com­po­si­teur ?

Il m’ar­rive même de glis­ser des par­ti­tions de mon cru dans mes al­bums de bande des­si­née. Un peu comme une bou­teille à la mer… J’ai aus­si com­po­sé pour or­chestre ! Le chef Ni­co­las Chal­vin cher­chait une idée ori­gi­nale pour les 30 ans de l’Or­chestre des Pays de Sa­voie. C’est ain­si qu’on a ima­gi­né « Un jour au concert avec les Bi­do­chon ». Le concert re­prend des tubes du clas­sique, mais éga­le­ment cer­taines de mes com­po­si­tions. Ce pro­gramme a été bien ac­cueilli par­tout. Et mon pré­lude a été dif­fu­sé six ou sept fois à la ra­dio !

Quel est votre style ?

Il n’y a pas d’in­no­va­tion mais de la sin­cé­ri­té. Il n’est nul be­soin de faire des prouesses tech­niques pour émou­voir. C’est le même phé­no­mène avec les chan­sons po­pu­laires. Cer­tains mor­ceaux su­perbes ont été com­po­sés avec des har­mo­nies ou des tech­niques très simples. « Ne me quitte pas » de Jacques Brel en est la par­faite illus­tra­tion. Ce titre a été écrit sur cinq ac­cords, c’est tout.

Avez-vous fait des émules ?

Beau­coup de choses ont été réa­li­sées en mu­sique, je n’ai pas la vo­ca­tion d’éga­ler les grands com­po­si­teurs. Mais je peux me faire plai­sir. Avoir été joué en concert me comble dé­jà am­ple­ment. L’en­semble Opus 14 de Caen avait in­ter­pré­té l’une de mes par­ti­tions au Fes­ti­val du livre de Deau­ville. J’ai été très ému de voir que les mu­si­ciens y met­taient tout leur ta­lent ! Je com­pose avec mes moyens et une tech­nique li­mi­tée.

Quels sont vos com­po­si­teurs fa­vo­ris ?

J’aime toute l’oeuvre de Bach ! En par­ti­cu­lier, le 1er pré­lude du cla­vier bien tem­pé­ré. Il y a une telle clar­té, une telle éco­no­mie dans l’écri­ture !

Avez-vous d’autres pro­jets d’écri­ture ou mu­si­caux ?

Jean-Yves Bos­seur, cher­cheur au CNRS, a réuni pen­dant qua­rante ans des anec­dotes drôles et va­chardes que s’en­voient les mu­si­ciens entre eux. Il m’en a fait part et nous avons conçu en­semble une BD qui de­vrait sor­tir dans quelques mois.

Haut de gamme, vo­lume 2, Ma non trop­po, aux édi­tions Dar­gaud.

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