Pe­trof : l'ex­cel­lence est dans ses cordes

Créée il y a plus de cent cin­quante ans, la pe­tite firme fa­mi­liale est de­ve­nue un des grands fac­teurs de pia­nos eu­ro­péens. Celle-ci a su s’im­po­ser grâce à la très haute qua­li­té de sa fa­bri­ca­tion ar­ti­sa­nale, son amour du dé­tail et son po­si­tion­ne­ment haut d

Pianiste - - SOMMAIRE -

Hra­dec Krá­lo­vé, en Ré­pu­blique tchèque, à une cen­taine de ki­lo­mètres de Prague, est une ville dont l’es­sor est in­trin­sè­que­ment lié de­puis plu­sieurs dé­cen­nies à la ma­nu­fac­ture de pia­nos. Un cer­tain nombre de firmes y sont en ef­fet ins­tal­lées, comme Pe­trof, et ce de­puis cinq gé­né­ra­tions au­jourd’hui. An­ton’n Pe­trof (1839-1915) y fonde sa so­cié­té en 1864. Après avoir ap­pris le mé­tier de me­nui­sier avec son père Jan, il part à Vienne en 1857 pour se for­mer à la fa­bri­ca­tion de pia­nos, sa pas­sion, au­près de Jo­hann Heitz­man, son oncle, puis d’Ehr­bar et de Sch­wei­gho­fer, deux grands ma”tres au­tri­chiens. De re­tour au pays en 1864, il conçoit dans l’ate­lier de son père un pre­mier mo­dèle do­té d’une mé­ca­nique vien­noise ; ate­lier qui se­ra dé­pla­cé dix ans plus tard sur la route de Br­no, oè se­ront éga­le­ment pro­duits des har­mo­niums. Dès 1875, Pe­trof est le pre­mier Eu­ro­péen à uti­li­ser un cadre en fonte et une mé­ca­nique an­glaise sur des pia­nos à queue. Il crée une fi­liale, en 1880, à Ti­mi­soa­ra, rat­ta­ché à l’époque à la Hon­grie. Ë par­tir de 1881, il fa­brique ses propres cla­viers et mé­ca­niques de pia­nos et, deux ans plus tard, il inau­gure une nou­velle uni­té de fac­ture de pia­nos droits. En 1895, Pe­trof com­mence à ex­por­ter, no­tam­ment à Vienne, et, en 1899, il est nom­mé « Four­nis­seur de la Cour d’Au­triche-Hon­grie » par l’em­pe­reur Fran­çois-Jo­seph, ce qui ren­force consi­dé­ra­ble­ment sa no­to­rié­té. En 1908, il trans­forme son ate­lier en une so­cié­té ano­nyme com­mer­ciale, avec Ma­rie Pe­tro­fo­va, son épouse, comme fon­dée de pou­voir. Les trois fils is­sus de leur union (Jan, An­to­nin Jr., puis Vla­di­mir), eux, en prennent la di­rec­tion. Ë la mort d’An­ton’n Pe­trof et de Ma­rie Pe­tro­fo­va en 1915, en pleine Pre­mière Guerre mon­diale, Vla­di­mir est nom­mé à la tête de Pe­trof. Ë la

pointe des évo­lu­tions tech­no­lo­giques, la ma­nu­fac­ture fa­brique des ins­tru­ments élec­troa­cous­tiques ori­gi­naux en col­la­bo­ra­tion avec Bech­stein. Quatre ans plus tard, gé­rée par les pe­tits-en­fants du fon­da­teur (Di­mi­tri, Eduard et Eu­gen), elle s'as­so­cie avec l'Amé­ri­cain Stein­way pour ou­vrir un ma­ga­sin à Londres, sur Wig­more Street. En 1934, elle em­ploie 400 per­sonnes et rem­porte une mé­daille d'or à l'Ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale de Bruxelles. En 1948, à l'ar­ri­vée au pou­voir du ré­gime com­mu­niste, Pe­trof est na­tio­na­li­sé, et la fa­mille du fon­da­teur, pri­vée de ses biens. En 1954, un dé­par­te­ment de re­cherche acous­tique est créé. Quatre ans plus tard, la pro­duc­tion d'har­mo­niums est ar­rè­tée. Le grand pia­no à queue de concert Mon­dial ob­tient une mé­daille d'or à Bruxelles. En 1965, Pe­trof est in­té­gré au groupe in­dus­triel et com­mer­cial CMI Mu­si­cex­port. En 1991, Jan Pe­trof (la qua­trième gé­né­ra­tion) re­prend les rènes de la so­cié­té après qua­ran­te­trois ans de dic­tat com­mu­niste. En 1994, un nou­veau centre de re­cherche acous­tique est dé­ve­lop­pé et do­té d'une chambre sourde (ou ané­choèque), la plus grande en Ré­pu­blique tchèque. La privatisation est ache­vée en 1998. Ë cette époque, Pe­trof est le plus grand facteur tchèque et compte plus de 1 000 em­ployés. En 2001, la firme se re­nomme Pe­trof SARL et re­de­vient la pro­prié­té des des­cen­dants d'An­ton’n Pe­trof.

NOU­VEAU DÉ­PART, AUTRE PO­SI­TION­NE­MENT

Dès le dé­but des an­nées 2000, face à la sé­vère concur­rence asia­tique, Pe­trof doit ré­duire très sen­si­ble­ment sa pro­duc­tion et son ef­fec­tif. Il reste en­core im­por­tant, car la firme réa­lise ses tables d'har­mo­nie et ses cla­viers, alors que d'autres fac­teurs achètent ou sous-traitent di­rec­te­ment ces sou­sen­sembles né­ces­si­tant une maind'Ïuvre très qua­li­fiée. Elle garde donc le contrôle sur la plus grande par­tie de sa pro­duc­tion. En 2004, Zu­za­na Ce­ra­lo­va Pe­tro­fo­va (la cin­quième gé­né­ra­tion), la fille a”née de Jan, est nom­mée pré­si­dente de la Con­fé­dé­ra­tion eu­ro­péenne des pro­duc­teurs d'ins­tru­ments de mu­sique et prend la suite de son père à la di­rec­tion de la so­cié­té. Sous son im­pul­sion, à par­tir de 2006, la gamme des pia­nos, no­tam­ment à queue, est en­tiè­re­ment re­nou­ve­lée : P 159 Bo­ra, P 173 Breeze, P 194 Storm, P 210 Pa­sat, P 237 Mon­soon, P 284 Mis­tral. Cinq di­men­sions de pia­nos droits (de 118 cm à 135 cm) sont au ca­ta­logue ac­tuel. De très nom­breuses fi­ni­tions et pla­cages de bois pré­cieux sont pro­po­sés. Au­jourd'hui, tous les pia­nos Pe­trof sont do­tés du la­bel EEX (Eu­ro­pean Ex­cel­lence), va­lo­ri­sant l'ori­gine et la qua­li­té eu­ro­péenne de chaque ins­tru­ment. L'en­tre­prise fait éga­le­ment ap­pel à des de­si­gners pour cer­tains mo­dèles très ori­gi­naux (pas tou­jours adap­tés aux gožts et aux modes de la France ou de l'Al­le­magne). Quelques au­daces tech­niques ré­centes et si­gni­fi­ca­tives sont à sa­luer, comme un pro­to­type de pia­no à queue avec un cadre mé­tal­lique en acier, et non en fonte, pré­sen­té au sa­lon de Franc­fort en 2011. Et pour po­si­tion­ner la so­cié­té dans le très haut de gamme, un tout nou­veau grand pia­no de concert de pres­tige de 275 cm, bap­ti­sé An­ton Pe­trof, d'une fac­ture ex­trè­me­ment soi­gnée, a été éga­le­ment lan­cé et ex­po­sé à Franc­fort en 2014. Nous en avons ap­pré­cié les qua­li­tés dans le sho­wroom per­ma­nent im­plan­té au cÏur mème de la très vaste usine de la marque. Des mo­dèles plus pe­tits dans cette sé­rie de pres­tige sont en cours de réa­li­sa­tion. Par ailleurs, Pe­trof a pour­sui­vi le dé­ve­lop­pe­ment de son im­plan­ta­tion dans tous les conti­nents, sauf en Afrique ; une fi­liale a mème été créée aux États-Unis en 2014. La mème an­née, Zu­za­na Ce­ra­lo­va Pe­tro­fo­va a inau­gu­ré au sein de l'usine, un mu­sée très convi­vial, do­té d'une mi­ni-salle de concert ou de confé­rences, ou­vert à tous, oè le pu­blic peut dé­cou­vrir d'autres ins­tru­ments de mu­sique que les pia­nos, tous co­nèus et réa­li­sés par Pe­trof :

1. L’im­mense site de pro­duc­tion de Pe­trof. 2. Le plus grand bâ­ti­ment de l’usine com­porte quatre ni­veaux et s’étend sur 150 m.

3. Har­mo­nium Pe­trof à jeux mul­tiples. 4. Pia­no mé­ca­nique sur une base de pia­no droit. 5. Zu­za­na Ce­ra­lo­va Pe­tro­fo­va, l’ac­tuelle di­ri­geante de Pe­trof. 6. Un pe­tit sa­lon d’ex­po­si­tion, avec pia­no de­si­gn et en­ceintes Pe­trof.

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