CONCER­TOS RUSSES

Pianiste - - CHRONIQUES DISQUES, DVD -

POUR SON PRE­MIER DISQUE AVEC OR­CHESTRE (WAR­NER CLAS­SICS), LA PIA­NISTE ITA­LIENNE A CHOI­SI DEUX MO­NU­MENTS DU R…PER­TOIRE RUSSE : LE DE TCHAÏ­KOVS­KI ET LE N°2 DE PRO­KO­FIEV. REN­CONTRE AVEC UNE AR­TISTE PLEINE DE RES­SOURCES.

Quelle im­pres­sion avez-vous res­sen­tie la pre­mière fois que vous l’avez jouée avec or­chestre ?

Une im­pres­sion in­croyable. Une vé­ri­table ré­vé­la­tion, parce que la so­no­ri­té de l’or­chestre qui vous en­ve­loppe est mons­trueuse, mas­sive, dra­ma­tique. Vous en­trez dans un vé­ri­table com­bat. Par exemple, le Scher­zo est une sorte de per­pe­tuum mo­bile, une « ma­chine de guerre » inexo­rable et di­gi­ta­le­ment épui­sante.

Vous avez choi­si des tem­pos plu­tôt mo­dé­rés…

Ce concer­to me pas­sionne en rai­son de ses dif­fé­rents ni­veaux de com­pré­hen­sion. Pro­ko­fiev l’a com­po­sé alors qu’il était très jeune. Hé­las, il a per­du le ma­nus­crit, qu’il a ré­écrit de mé­moire dix ans plus tard. En­tre­temps, il a bé­né­fi­cié d’une ma­tu­ri­té sa­lu­taire. Nous avons donc à la fois l’im­pact, le choc d’une mu­sique in­croya­ble­ment no­va­trice et ju­vé­nile en­core, avec, si­mul­ta­né­ment, une par­ti­tion d’une ri­chesse in­ouÔe. Si on l’in­ter­prète trop ra­pi­de­ment, on passe à cô­té de nom­breux dé­tails.

Pré­ci­sé­ment, com­ment pré­ser­ver la clar­té du dis­cours ?

La com­pré­hen­sion de la struc­ture de l’oeuvre et l’or­ga­ni­sa­tion de la pen­sée, dans la ter­rible ca­dence du 1er mou­ve­ment no­tam­ment, sont in­dis­pen­sables. C’est ce qui pré­serve l’in­ter­prète de la « noyade ».

Votre pre­mier disque pa­ru chez Har­mo­nia Mun­di as­so­ciait Schu­mann, Ra­vel et Bartók. Au­jourd’hui, avec Pro­ko­fiev, que re­pré­sentent pour vous

Une pé­riode en or pour la mu­sique ! C’est une époque qui com­porte presque au­tant de styles que de com­po­si­teurs ! Tous ont eu pour ob­jec­tif de rompre avec le ro­man­tisme et de pen­ser dif­fé­rem­ment non seule­ment le pia­no, mais sur­tout l’or­ches­tra­tion.

Pen­sez-vous que Pro­ko­fiev ait rom­pu avec le ro­man­tisme ?

Il se­rait bien pé­remp­toire de clas­ser un mu­si­cien dans telle ou telle ca­té­go­rie. Pro­ko­fiev n’était pas an­ti­ro­man­tique. On confond sou­vent sen­ti­men­ta­lisme et ro­man­tisme. Pro­ko­fiev était plus en­core néo­clas­sique, une ap­proche elle aus­si ré­vo­lu­tion­naire, qui a dé­teint aus­si bien sur Ra­vel que Bartók et Stra­vins­ky.

Tous les com­po­si­teurs russes du XXe siècle ont af­fir­mé la di­men­sion in­con­tour­nable de l’oeuvre de TchaÔ­kovs­ki…

TchaÔ­kovs­ki fut avant tout un sym­pho­niste. Son écri­ture pour le pia­no n’est pas « confor­table », bien que tech­ni­que­ment plus abor­dable que celle de Pro­ko­fiev. Il ne faut pas ou­blier que ce pia­no puise ses ra­cines aus­si bien dans la sym­pho­nie que dans le bal­let et le chant ly­rique.

Par­lez-nous de l’en­re­gis­tre­ment pro­pre­ment dit…

Col­la­bo­rer avec An­to­nio Pap­pa­no fut un grand pri­vi­lège et un plai­sir im­mense, car nous avons les mêmes idées mu­si­cales. Sa di­rec­tion trans­met énor­mé­ment d’éner­gie à l’or­chestre et une forme de spon­ta­néi­té, qui me convient par­fai­te­ment.

Avez-vous dé­jà pen­sé à votre pro­chain disque ?

Ce se­ra un pro­gramme en so­lo, mais il est trop tôt pour vous en par­ler.

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Pro­pos re­cueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

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