DE­BUS­SY

(1862-1918)

Pianiste - - CHRONIQUES DISQUES, DVD -

Ce qui sur­prend en pre­mier lieu, puis­qu’il s’agit de « live », c’est la dé­con­trac­tion du tou­cher. Seong-Jin Cho prend le temps de créer le son. Il dé­passe la simple prouesse tech­nique pour of­frir une lec­ture juste, sans faute de goût. Presque trop « propre », d’ailleurs, tel­le­ment celle-ci évite l’alan­guis­se­ment, d’un cô­té, et la fé­bri­li­té, de l’autre. Les Pré­ludes sont d’une gran­deur… me­su­rée, avec des chan­ge­ments de tou­chers qui com­posent im­pec­ca­ble­ment l’uni­té du cycle. Seong-Jin Cho a pen­sé son in­ter­pré­ta­tion et ne com­met au­cune er­reur. Il est ef­fi­cace. C’est peut-être cette pré­ven­tion de­vant le risque (on songe à l’ima­gi­na­tion de Mar­tha Ar­ge­rich) qui freine son pia­no. Il est vrai que l’en­jeu (une place en fi­nale du concours) est de taille. Le Noc­turne opus 48 n°1 manque en­core de per­son­na­li­té. Dans la So­nate en si bé­mol mi­neur, il re­lâche un peu le contrôle so­nore, et c’est tant mieux. Dif­fi­cile, pour­tant, de le pla­cer au ni­veau des Ar­ge­rich, Fran­çois, Du­châble, Kis­sin, Pol­li­ni, Po­go­re­lich et autres Ru­bin­stein. À 21 ans, SeongJin Cho joue comme on le lui a ap­pris. Ce­la étant, il pos­sède un grand po­ten­tiel ar­tis­tique, comme en té­moigne sa Po­lo­naise opus 53, ma­gni­fi­que­ment te­nue. Il fait preuve dé­jà d’une mu­si­ca­li­té qui se nour­ri­ra des ex­pé­riences de la vie.

Apar­té AP111. 2015. 1 h 08’

Pre­mière étape d’un pro­jet qui vi­si­te­ra en­suite Fau­ré, Franck et Ra­vel, ce flo­ri­lège de pièces de De­bus­sy a été cap­té en concert dans la salle ba­roque du théâtre Bi­bie­na de Man­toue. Aux com­mandes du pia­no Grand Fa­zio­li, Mi­chel Dal­ber­to en maî­trise les moindres nuances et il réus­sit même à en at­ten­drir les ai­gus comme à en pro­je­ter les graves, ob­te­nant ain­si un équi­libre confon­dant, qua­li­té que concède pour­tant dif­fi­ci­le­ment l’ins­tru­ment. Dès les Chil­dren’s Cor­ner, la fi­nesse du tou­cher, la sen­si­bi­li­té et le ta­lent de co­lo­riste ré­vèlent un pia­niste créa­teur de mys­tère, qui semble se sou­ve­nir du style de De­bus­sy dé­fi­ni par Mar­gue­rite Long : « En de­mi-teinte, mais avec une so­no­ri­té ample et in­tense, sans au­cune du­re­té dans l’at­taque. » Mi­chel Dal­ber­to passe du clin d’oeil en­fan­tin (Jim­bo’s Lul­la­by) au rêve le plus loin­tain, sans s’éloi­gner d’un re­gard poé­tique (The Snow Is Dancing) et du bon plai­sir tein­té d’iro­nie (Gol­li­wog’s Ca­keWalk). Dans la deuxième sé­rie des Images, il conci­lie ri­gueur (Les Tierces al­ter­nées), pré­ci­sion et ima­gi­na­tion (Cloches à tra­vers les feuilles), puis­sance et sen­sua­li­té fé­line (Pois­sons d’or). Mais c’est sur­tout dans le livre II des Pré­ludes qu’il peut don­ner libre cours à sa dé­li­ca­tesse de style, à cette élé­gance quin­tes­sen­ciée et à une vo­lup­té de l’ins­tant (Brouillards). Plus en­core que dans sa gra­vure du livre I ef­fec­tuée en 1998 (RCA), Dal­ber­to fait preuve d’un art exi­geant, tant dans l’in­di­vi­dua­li­sa­tion des timbres (La Ter­rasse des au­diences du clair de lune) que dans les tran­si­tions les plus com­plexes avec une hau­teur, une sub­jec­ti­vi­té (On­dine) et une ab­sence d’ar­ti­fices (La Puer­ta del Vi­no) qui fa­çonnent l’ima­gi­naire (Feux d’ar­ti­fice). Dans l’uni­vers on­doyant et divers de Claude de France, cette an­tho­lo­gie, très bien

Chil­dren’s Cor­ner. Images (Livre II). Pré­ludes (Livre II)

S. F.

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