BACH

(1685-1750)

Pianiste - - CHRONIQUES DISQUES, DVD - Phi­lippe Ven­tu­ri­ni

Le Cla­vier bien tem­pé­ré (Livre I)

CŽ­line Frisch (cla­ve­cin)

Alpha 2 CD 221. 2014. 1 h 43’

Les pre­mières me­sures du cé­lèbre Pré­lude en do ma­jeur laissent de­vi­ner de quel Ïil Cé­line Frisch va lire ce pre­mier livre : pa­no­ra­mique et scru­ta­teur, tou­jours dans l'an­ti­ci­pa­tion, as­si­mi­lant les me­sures avec ré­gu­la­ri­té. La tex­ture se montre en ef­fet aé­rée, claire et ho­mo­gène. Ce mème pré­lude dé­voile éga­le­ment les doigts ame­nés à feuille­ter le ca­hier : in­croya­ble­ment souples mal­gré une al­lure dé­ci­dée, ca­pables d'amé­na­ger des me­nues va­ria­tions de tem­po, de faire at­tendre le 1er temps pour mettre en va­leur un ac­cord ou un chan­ge­ment de de­gré. Avec cet ap­pa­reil d'une re­dou­table ef­fi­ca­ci­té, l'ar­tiste signe l'une des ver­sions les plus ac­com­plies d'une Ïuvre à la dis­co­gra­phie pour­tant de haut ni­veau. Cette cla­ve­ci­niste au tou­cher désar­mant de na­tu­rel (le can­ta­bile du Pré­lude n°6) va ain­si rap­pe­ler la ri­chesse de cette mu­sique, sans ja­mais se croire obli­gée de la sou­li­gner. Une

concep­tion très sžre de l'ar­chi­tec­ture or­ga­nise en ef­fet chaque pré­lude et fugue comme une paire in­dis­so­ciable, avec ques­tion et ré­ponse, la pre­mière ex­po­sant le pro­blème, la se­conde le ré­sol­vant en une rhé­to­rique tou­jours lim­pide. Cé­line Frisch n'a pas be­soin de haus­ser la voix, de se contor­sion­ner, ni de prendre la pose pour se faire en­tendre : ses doigts res­tent ses meilleurs porte-pa­role. Ain­si se garde-t-elle d'in­di­quer les

mo­ments graves (Fugue n°4, Pré­lude n°8, Fugue n°12, Pré­lude n°24) d'un geste char­gé d'in­ten­tions, d'ami­don­ner la ma­jes­té na­tu­relle d'une fugue (n¡19) ou de for­cer le sou­rire évident d'un pré­lude (n¡5, mu­tin et ir­ré­sis­tible). Sa ma”trise du cla­vier lui au­to­rise des lé­gers dé­ca­lages entre les deux mains pour nour­rir le son (Pré­lude n°4), sans ja­mais at­té­nuer la net­te­té des at­taques ni la jus­tesse du trait. Aline Blon­diau a su pla­cer ses mi­cro­phones à bonne dis­tance, de faèon à lais­ser le cla­ve­cin d'An­tho­ny Si­dey et de Fré­dé­ric Bal, d'après un Sil­ber­mann, se dé­ployer dans une acous­tique na­tu­relle d'église. L'au­di­teur semble alors ins­tal­lé dans un en­vi­ron­ne­ment fa­vo­rable à une écoute concen­trée, en par­fait ac­cord avec cette in­ter­pré­ta­tion ma­gis­trale.

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