Le pia­no noble

Pianiste - - ACTUALITÉS -

En mars, à Ga­veau, la pia­niste li­tua­nienne a of­fert un ma­gni­fique ré­ci­tal, avec des oeuvres de Schu­mann, Ciur­lio­nis et Pro­ko­fiev, qu’elle a trans­fi­gu­rées.

La no­blesse du jeu de Muza Rubackyté est sai­sis­sante. L’Ara­besque opus 18 de Schu­mann, avec la­quelle elle a ou­vert le concert, a cap­ti­vé le pu­blic par la gran­deur et la grâce sin­gu­lière du son. Avec les 18 miniatures du Car­na­val des ani­maux, la pia­niste li­tua­nienne a dé­voi­lé une autre fa­cette de son jeu. Elle a in­suf­flé à chaque phrase un tem­pé­ra­ment, une al­lure, de sorte que son dis­cours mu­si­cal ne nous a pas échap­pé. Elle a fas­ci­né d’au­tant plus le pu­blic qu’elle a construit, à par­tir de ces frag­ments, un ac­ce­le­ran­do gi­gan­tesque, main­te­nant une ten­sion constante. Pierre an­gu­laire de son ré­ci­tal (et grande dé­cou­verte pour la plu­part), les Pièces pour pia­no de Mi­ka­lo­jus Kons­tan­ti­nas Ciur­lio­nis (1875-1911) oc­cu­paient le coeur de son pro­gramme. Muza Rubackyté, en tant qu’am­bas­sa­drice de sa mu­sique, oeuvre pour mieux faire connaître le ré­per­toire de son com­pa­triote. Les Noc­turnes et Pré­ludes ont don­né un aper­çu de l’évo­lu­tion du com­po­si­teur li­tua­nien, d’un style ro­man­tique à des pièces aux rythmes et aux mo­da­li­tés plus contras­tés. Le jeu vis­cé­ral de la pia­niste, pui­sant dans les nuances et ac­cen­tuant les contrastes, ne pou­vait qu’ai­gui­ser notre cu­rio­si­té pour la mu­sique de son pays. Pour clore son concert, Muza Rubackyté a fait écho à l’in­ven­ti­vi­té et au tour­ment des oeuvres de Schu­mann avec la mo­der­ni­té et la ful­gu­rance de la So­nate n¡6 de Pro­ko­fiev. Ce qui s’im­pose à nous, au re­gard de ce pa­nel mu­si­cal of­fert par la pia­niste, c’est sa ma­nière de s’ap­pro­prier avec jus­tesse les oeuvres. Un très beau mo­ment.

Ca­mille Ar­cache

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