MER­VEILLES OU­BLIÉES

Pianiste - - DOSSIER -

C’est un cri de dé­tresse lan­cé à tous les pia­nistes et les mé­lo­manes ! Alors que le ré­per­toire est im­mense, on doit bien ad­mettre que l’on in­ter­prète tou­jours les mêmes « chefs-d’oeuvre », les autres com­po­si­tions res­tant sur la touche. Pour­quoi cette in­jus­tice qui fait que de Schu­mann, on a bien plus de chances d’en­tendre les et que les

ou les ? Que les et de Bee­tho­ven sont net­te­ment plus à la page au concert et au disque que les ? …lé­ments de ré­ponse. et

La pre­mière rai­son, as­sez peu pro­bante, c'est la rou­tine. Le grand ré­per­toire pia­nis­tique s'est mis en place il y a bien long­temps, et de­puis, des ha­bi­tudes se sont créées. Un exemple : les édi­teurs de Bee­tho­ven ont cru bon, pour do­per leurs ventes, de don­ner des titres à quelques so­nates. Des bons mu­si­co­graphes ont mème pris l'ini­tia­tive d'as­so­cier quelques his­toires dé­li­cieu­se­ment ro­man­tiques à cer­taines mu­siques. La So­nate en ut mi­neur opus 13 fut pu­bliée sous le titre de « Grande So­nate pa­thé­tique ». En fait, elle n'était pas plus dé­ve­lop­pée qu'une autre, ni plus pa­thé­tique que la So­nate en ut mi­neur opus 10 n¡1, peu connue. Mais le titre as­so­cié à l'éner­gie du 1er mou­ve­ment et à la ten­dresse can­ta­bile du 2e fit la ré­pu­ta­tion de cette Ïuvre au de­meu­rant très réus­sie. Le 1er mou­ve­ment de la So­na­ta « Qua­si una

Lfan­ta­sia » en do dièse mi­neur, avec le char­mant ba­lan­ce­ment de ses trio­lets, évo­quait une rè­ve­rie amou­reuse au clair de lune. On a pu ra­con­ter que Bee­tho­ven l'avait écrit en se pro­me­nant avec sa bien-ai­mée (im­mor­telle) dans le parc d'un châ­teau, à la brune. Et voi­là com­ment une so­nate à la forme aty­pique de­vient la So­nate « Au clair de lune » Ð et tant pis si les deux autres mou­ve­ments n'ont rien de lu­naire ! Concer­nant la So­nate « Ap­pas­sio­na­ta », c'est aus­si l'édi­teur qui la nom­ma ain­si, mais le ton fou­gueux des deux mou­ve­ments ex­trèmes sug­gé­rait si bien on ne sait quelle pas­sion bru­tale que la for­tune de la so­nate était faite au­près des ama­teurs vou­lant éprou­ver de fortes émo­tions. Car une par­tie des troupes mé­lo­manes adore se ra­con­ter des his­toires. C'était vrai au dé­but du XIXe siècle, èa l'est tou­jours. Une mu­sique trop abs­traite ne « parle » pas né­ces­sai­re­ment. Les jeux du son ne suf­fisent pas à in­té­res­ser le gros des ama­teurs. Le suc­cès de la Sym­pho­nie n¡5 de Bee­tho­ven Ð outre les cé­lèbres « pom­pom­pom­pom » et la pro­di­gieuse mo­du­la­tion en ut ma­jeur du der­nier mou­ve­ment Ð tient à ce qu'elle a été consi­dé­rée comme la « Sym­pho­nie du des­tin ». De mème, chez Haydn, les sym­pho­nies à titre ont plus de suc­cès que d'autres. Dans le 1er mou­ve­ment de « La Poule » Ð Sym­pho­nie n¡83 Ð, on peut en­tendre une sorte de « cot­cot » au haut­bois ! Ain­si donc, on ne comp­te­rait plus les mor­ceaux ou les Ïuvres dont le suc­cès fut as­su­ré par leur titre. Brève énu­mé­ra­tion non ex­haus­tive. Chez Mo­zart, la « Marche turque » Ð en fait, un « Ron­do al­la tur­ca » qui n'est en rien une marche ! Ð a fait la po­pu­la­ri­té de la So­nate en la ma­jeur K.331, à cause de ses ef­fets per­cus­sifs qui pré­tendent imi­ter les mu­siques des ja­nis­saires. Chez Bee­tho­ven, la dé­di­cace d'une « ba­ga­telle » vrai­sem­bla­ble­ment des­ti­née à The­rese von Bruns­wick a été mal dé­chif­frée. Au lieu de « FŸr The­rese », on a cru lire « FŸr Elise ». Comme on ne connais­sait per­sonne de ce nom dans la vie du mu­si­cien,

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