LA PE­TITE REINE DU PIA­NO

Pianiste - - L’INVITÉE DE PIANISTE -

La lé­gende du cyclisme fé­mi­nin pratique de­puis tou­jours une autre dis­ci­pline à haut ni­veau : le pia­no, sa pre­mière pas­sion avant le vé­lo. Ren­contre avec une cham­pionne qui n’a pas que la tête dans le gui­don.

Le vé­lo et le pia­no, n’est-ce pas un drôle de mé­lange ? Dès l’en­fance, j’ai bai­gné dans la mu­sique clas­sique, car ma mère était pia­niste ama­teur. C’est elle qui m’a ini­tiée à cet ins­tru­ment. J’ai tout de suite ac­cro­ché. Mais ce­la dé­plai­sait à la pe­tite fille que j’étais d’être en­traî­née par sa mère. J’ai donc pris des cours par­ti­cu­liers avec une dame qui ha­bi­tait en Haute-Sa­voie, car le conser­va­toire d’An­ne­cy était trop loin.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de votre ap­pren­tis­sage ?

Très bon ! Mon pro­fes­seur ne m’a pas du tout « saou­lée » avec le sol­fège. Elle était plu­tôt une adepte de la théo­rie ap­pli­quée. J’étais une élève as­si­due et stu­dieuse. Je pre­nais une à deux heures de cours par se­maine et je pra­ti­quais le pia­no quo­ti­dien­ne­ment. À cette époque, j’étais très oc­cu­pée, car je cou­rais aus­si à ski. De 13 à 17 ans, j’ai par­ti­ci­pé à un con­cours in­ter­na­tio­nal de pia­no des­ti­né aux élèves de pro­fes­seurs in­dé­pen­dants, or­ga­ni­sé à Be­san­çon. Ce­la re­pré­sen­tait beau­coup de travail. Le pro­gramme était dense.

Dé­jà la com­pé­ti­tion…

Les con­cours de pia­no m’ont trau­ma­ti­sée ! J’avais tou­jours les mains froides ou moites. En plus, les épreuves se dé­rou­laient sur un pia­no à queue, et je n’en avais pas chez moi. J’étais tou­jours ex­trê­me­ment ten­due. Lorsque j’étais ado­les­cente, j’ai­mais énor­mé­ment les Suites pour vio­lon­celle de Bach. À l’époque, j’étais à contre­cou­rant, car ce com­po­si­teur était un peu consi­dé­ré comme rin­gard. J’ai aus­si joué beau­coup de par­ti­tions de De­bus­sy pour faire plai­sir à ma mère. Elle était née en 1924, c’était après la guerre, les femmes avaient ob­te­nu le droit de vote [celles-ci ne l'ont en fait ac­quis qu'en 1945, ndlr]. Ger­sh­win ou De­bus­sy étaient sy­no­nymes de li­ber­té. Per­son­nel­le­ment, j’avais des goûts plus « clas­siques ». J’ado­rais tra­vailler les so­nates de Bee­tho­ven, tout par­ti­cu­liè­re­ment la « Pa­thé­tique » et l’« Ap­pas­sio­na­ta ».

Avez-vous gar­dé, au fil du temps, un lien avec le pia­no ?

Il y a dix ans, j’ai joué en pu­blic à quatre mains avec Fran­çois-Re­né Du­châble, lors de l’émis­sion que me consa­crait Mi­chel Dru­cker. Fran­çoisRe­né Du­châble est ori­gi­naire de Haute-Sa­voie comme moi. Il vou­lait Ce­la m’in­té­resse, car ces con­cours ré­vèlent des pia­nistes très jeunes et les poussent à don­ner le meilleur d’eux-mêmes. Je suis tou­jours sub­ju­guée. Quand je les re­garde, j’ai l’im­pres­sion que ce sont dé­jà des pros !

Con­ti­nuez-vous la com­pé­ti­tion cy­cliste ?

Je conti­nue à m’en­traî­ner. J’aime trop l’ef­fort phy­sique. Sans for­cer. Comme au pia­no. Je n’ai ja­mais eu en­vie de tra­vailler mon pia­no huit heures par jour ! Ce se­rait une er­reur. On ob­tient plus de ré­sul­tats avec deux ou trois heures quo­ti­diennes ef­fi­caces. Il faut sa­voir s’aé­rer.

Quels sont vos pia­nistes de pré­di­lec­tion ?

J’aime Glenn Gould cou­ché sur son pia­no. Alexis Weis­sen­berg, Bri­gitte En­ge­rer, Da­vid Fray ou en­core Boris Be­re­zovs­ky font éga­le­ment par­tie de mon pal­ma­rès. Je trouve par­fois la jeune gé­né­ra­tion un peu sté­réo­ty­pée : le jeu est sou­vent un poil ra­pide et pas as­sez dra­ma­tique.

Pro­pos re­cueillis par El­sa Fot­to­ri­no

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