Franz Schu­bert

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

En ad­mi­ra­teur pas­sion­né de Bee­tho­ven, Schu­bert écri­vit cette pe­tite pièce à quatre voix comme s’il s’ins­pi­rait des qua­tuors à cordes de son men­tor. La construc­tion lo­gique de cet ada­gio imite aus­si le Bee­tho­ven ar­chi­tecte. Les idées mu­si­cales sont or­ga­ni­sées de ma­nière sy­mé­trique. Pour ap­prendre fa­ci­le­ment, nom­mez chaque élé­ment par une lettre : A, B, C ou D. Ce­la vous don­ne­ra des marques vi­suelles sur la par­ti­tion. Ce sont en réa­li­té des re­pères de construc­tion du mor­ceau. Ils sont très im­por­tants pour la mé­moire.

Mes 1-9

Chan­tez, phra­sez. Pre­nez les trois pre­mières me­sures. Chan­tez la mé­lo­die prin­ci­pale. Chan­tez la basse. Res­pec­tez le moindre pe­tit « arc » de phra­sé in­di­qué par Schu­bert. Ces arcs sont comme les phrases, les mots dans le lan­gage. Sans eux, la mu­sique se­rait in­com­pré­hen­sible, sem­blable à un fa­tras de lettres choi­sies

1. 2.

au ha­sard et dé­bi­tées par une voix syn­thé­tique. Re­gar­dez en dé­tail. Sur ré-ré #, Schu­bert écrit à la fois un phra­sé et des points de dé­ta­ché. Il em­ploie très sou­vent dans ses oeuvres cette fa­çon d’écrire, plus proche du le­ga­to que du dé­ta­ché. Le pia­niste Paul Ba­du­ra-Sko­da ex­plique : « Schu­bert choi­sit cette gra­phie quand il s’agit de lier les mêmes notes pour ain­si dire avec elles-mêmes .» Jouez avec votre avant-bras fixé comme « d’un bloc » avec la main. …cou­tez le ré­sul­tat ain­si ob­te­nu. De­grés har­mo­niques. Ap­pre­nez les de­grés de la gamme sur les­quels s’ap­puie votre mé­lo­die. Bien connaître ceux sur les­quels nous sommes en train de jouer est es­sen­tiel pour mé­mo­ri­ser et sen­tir le voyage de la mu­sique. Ici, Schu­bert pose d’abord le ton prin­ci­pal du mor­ceau, sol ma­jeur, puis il nous conduit vers une de­mi-ca­dence (vers le ré, me­sure n°3). Le dis­cours se sus­pend alors. Re­te­nez votre souffle. Res­sen­tez phy­si­que­ment qu’il s’agit d’un point d’in­ter­ro­ga­tion mu­si­cal. Te­nez la note, dé­blo­quez votre poi­gnet, al­lé­gez et lais­sez re­mon­ter votre main. Vi­vez en vous-même cette de­mi­ca­dence comme une sorte de prière. Faites de même me­sure n°6. Ten­sion-dé­tente. Comme nous l’avons écrit en pré­am­bule, toute mu­sique contient des op­po­si­tions entre ten­sion et dé­tente, à l’image de la vie elle-même. À la fin de la me­sure n°1, Schu­bert écrit un ré #. Cette note a un grand pou­voir d’ex­pres­sion, car il s’agit d’une quinte aug­men­tée. Ce ré # as­pire à autre chose, il dé­sire une autre note. Voi­là ce que vou­lait dire Mo­zart en af­fir­mant : « Je cherche des notes qui s’aiment. » Avan­cez sur le ré #, ne le po­sez pas et al­lez vers le mi. Faites sen­tir ce dé­sir, cet amour des notes entre elles, à ceux qui vous écoutent. Il est fort in­té­res­sant de re­mar­quer que, dans tout ce dé­but, Schu­bert va de dé­sir en dé­sir. Il dif­fère sans cesse l’apai­se­ment. Ce­la fait par­tie dé­jà de son ca­rac­tère. Il est un éter­nel voya­geur, un Wan­de­rer. Le sen­tez-vous ?

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