Fé­lix Men­dels­sohn

(1809-1847) Chant du gon­do­lier vé­ni­tien opus 19 n°6

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Men­dels­sohn a écrit plu­sieurs chan­sons de gon­do­liers. Celle-ci, en sol mi­neur, est par­ti­cu­liè­re­ment nos­tal­gique.

MES. 6-17

Rythme. Com­men­cez par res­sen­tir le ba­lan­ce­ment ca­rac­té­ris­tique de la me­sure ternaire. Ici, elle est à 6/8, avec six croches par me­sure. Par op­po­si­tion au bi­naire, le rythme ternaire est plus cou­lant, plus ba­lan­cé. Voi­là qui convient à l’évo­ca­tion d’une gon­dole sur les ca­naux de Ve­nise ! Mais ce mor­ceau est plu­tôt triste. Nos­tal­gie vé­ni­tienne Comp­tez dans votre tête : « Une, deux, trois, quatre, cinq, six. » Le rythme, c’est un ba­lan­ce­ment, il faut le sen­tir. Dans la me­sure à 6/8, en prin­cipe, la 1re croche, ain­si que la 4e, doivent avoir un peu plus de poids. Mais, par­fois aus­si, c’est un peu plus sub­til. C’est le cas ici. Main gauche. À par­tir de la me­sure n°7, Men­dels­sohn a in­di­qué un point sur la note de basse. Il faut donc la dé­ta­cher. Ce­la rend la basse plus lé­gère et nous aide à sou­li­gner da­van­tage la mé­lo­die. Le com­po­si­teur a éga­le­ment écrit un pe­tit arc de cercle qui com­mence sur les 2e et 5e croches de cette main gauche. Ce pe­tit phra­sé contre­dit la me­sure. Per­ce­vez l’ef­fet poé­tique ain­si pro­duit. Ce­la res­semble à une douce plainte, une sorte de gé­mis­se­ment. « Tom­bez » un peu avec votre poi­gnet dans la pre­mière note de l’arc de phrase, puis al­lé­gez sur la fin, en dé­blo­quant bien votre poi­gnet et en re­mon­tant la main. Main droite. À la main droite éga­le­ment, pre­nez un peu d’élan par le geste pour phra­ser de hau­teur avec la main avant la pre­mière note de la phrase. At­ten­tion, ce­pen­dant, il faut aus­si do­ser ce­la sub­ti­le­ment, car votre 1er temps, ce­lui qui donne le ba­lan­ce­ment, ne vient qu’en­suite sur la basse de la main gauche. C’est elle qui in­di­que­ra le ba­lan­ce­ment de la me­sure : une, deux trois, quatre cinq, six… une deux, trois, etc. Cher­chez le do­sage ! Ai­mez cette mé­lo­die nos­tal­gique. Des­si­nez tou­jours les courbes, at­té­nuez les fins de phrase en li­bé­rant votre poi­gnet et en lais­sant re­mon­ter votre main. At­ten­tion, il y a un piège : les ter­mi­nai­sons des arcs de cercle tombent ici sur le 2e temps (la deuxième noire poin­tée à 6/8). En prin­cipe, on sou­ligne un peu chaque temps, afin que la mu­sique nous « ba­lance » bien. Mais, ici, jus­te­ment, ce 2e temps porte aus­si la fin de la phrase, la ter­mi­nai­son. Il faut donc at­té­nuer. En fin de phrase, re­laxez votre poi­gnet, ôtez le poids, lais­sez votre main re­mon­ter d’el­le­même, com­plè­te­ment dé­ten­due. Doubles notes. L’une des dif­fi­cul­tés de ce mor­ceau est de bien jouer les doubles notes. Vé­ri­fiez que vous sa­vez chan­ter non seule­ment la mé­lo­die prin­ci­pale, mais aus­si la voix se­con­daire, la par­tie in­terne de la main droite2 (voix d’al­to). Sa­voir chan­ter cha­cune des voix est la condi­tion in­dis­pen­sable pour pou­voir contrô­ler l’en­semble de votre par­ti­tion. La plu­part des pro­fes­seurs ou­blient de rap­pe­ler ce prin­cipe très simple qui est pour­tant la base de tout : si l’on ne sait pas chan­ter chaque note, si l’on n’a pas chaque note dans l’oreille, on ne peut pas contrô­ler ce qui se passe sous nos doigts. On contrôle les doigts par l’oreille, par le vou­loir, par la pen­sée. Jouez ces doubles notes très en­semble. Lang Lang le dit lui-même: « Il faut jouer toutes les notes en­semble. » Sui­vons son conseil. At­ta­quez vos doubles notes d’un tout pe­tit geste ver­ti­cal, de haut en bas, à la der­nière se­conde. Nos mains ont ten­dance à pen­cher vers le pe­tit doigt. Or, ce­la nous fait par­fois jouer un peu trop tôt les notes des 5e et 4e doigts et, au contraire, trop tard celle du centre. Cor­ri­gez. Jouez très en­semble, pen­sez un pe­tit trait ver­ti­cal au mo­ment de jouer et écou­tez-vous. Don­nez plus de son à la voix du haut. Voi­ci main­te­nant un dé­tail très im­por­tant pour la tech­nique. Ef­for­cez-vous d’at­té­nuer la par­tie in­terne, celle qui est jouée par les doigts du centre de la main et, à l’in­verse, ren­dez un peu plus so­nore la par­tie plus ai­guë, celle qui est jouée

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