Lud­wig van Bee­tho­ven

(1770-1827) So­nate en ut mi­neur opus 13, dite « Pa­thé­tique ». III. Ron­do, Allegro

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Le thème de ce Ron­do pos­sède un ca­rac­tère bien dé­fi­ni. Ce­la pro­vient de ce qu’il est ni en­tiè­re­ment lié ni en­tiè­re­ment dé­ta­ché.

MES. 1-7

Ar­ti­cu­la­tion du thème. Il est fré­quent que, dans ses so­nates, Bee­tho­ven change le tou­cher, fai­sant al­ter­ner le le­ga­to et une autre forme de tou­cher, qui n’est pas exac­te­ment le stac­ca­to, et qu’il ap­pe­lait lui-même le « non li­ga­to ». C’est ce terme de « non li­ga­to » (or­tho­graphe com­prise) qu’il em­ploie no­tam­ment dans la Fugue de la So­nate « Ham­merk­la­vier » opus 10612. Ce mot convient aux pre­mières notes de ce Ron­do, Sol-Do-Ré, Mi… (avant la pe­tite liai­son). Sa­voir com­bien de temps exac­te­ment il faut te­nir les notes, gar­der le doigt dans la touche avant de la lâ­cher, est un élé­ment im­por­tant du contrôle tech­nique. Tout passe par nos doigts et notre tou­cher. Du temps de Carl Phi­lipp Ema­nuel Bach, le jeu non li­ga­to était ha­bi­tuel. Dans son …cole du jeu de pia­no, le pia­niste Da­niel Got­tlob Türk in­di­quait : « Pour les sons joués d’une ma­nière nor­male (ni stac­ca­to ni lié), le doigt re­lâche la touche un peu avant la fin de la du­rée de la note. Mais Bee­tho­ven trou­vait le dé­ta­ché dé­mo­dé, c’est pour­quoi, ici, il fait al­ter­ner le non li­ga­to et les arcs de phra­sé qui, par op­po­si­tion, doivent être joués le­ga­to. En 1817, Karl, le ne­veu de Bee­tho­ven, pre­nait des cours de pia­no avec Czer­ny. Bee­tho­ven écri­vit à ce der­nier : Je vou­drais qu’il [Karl] se serve de temps en temps de tous les doigts, ain­si que dans les pas­sages sui­vants [...] où l’on ne peut en quelque sorte glis­ser. Na­tu­rel­le­ment, les sons pro­duits sont comme on dit “per­lés” (joués avec quelques doigts seule­ment) ou fai­sant la perle, mais il ar­rive que l’on dé­sire par­fois d’autres joyaux. Chaque note est ici un joyau et de­mande un tou­cher pré­cis. Bee­tho­ven compte par­mi les com­po­si­teurs qui ont fait évo­luer le jeu vers un tou­cher plus sou­te­nu et le­ga­to, à l’ins­tar de la plu­part des com­po­si­teurs à par­tir des an­nées 1800. Ce­la ne l’em­pêche pas de re­ve­nir de temps à autre au tou­cher non li­ga­to, comme ici. Fins de phrase sur temps forts. Dans ce Ron­do, re­mar­quons tout de suite une chose im­por­tante : la fin du pre­mier mo­tif prin­ci­pal (Sol, Do, Ré, Mi, Fa, Ré, Mi, Do, etc.) se ter­mine sur le temps fort (1er temps de la me­sure n°2). Comme nous l’avons dé­jà sou­li­gné dans le Ier mou­ve­ment, il ne faut pas alour­dir une ter­mi­nai­son, quelle que soit sa place dans la me­sure. Re­pre­nons ce que me ra­con­tait Bri­gitte En­ge­rer. À ma re­marque, « Cho­pin fait sou­vent ses fins de phrase sur les temps forts », elle ré­pon­dit : « Bien sûr ! Et c’est le phra­sé qui ca­rac­té­rise un com­po­si­teur. À la fin des phrases, c’est là qu’il faut re­lâ­cher et ne sur­tout pas s’as­seoir. Par­fois, je de­mande ce­la à mes élèves et ils se disent : “Bah ! je n’ai pas eu le temps de re­mon­ter ma main en fin de phrase. Tant pis, je la mets vers le bas.” Mais non ! Moi, je l’en­tends. C’est une es­pèce d’as­sise in­adap­tée, même si l’on joue très doux. Il faut que ce­la se ter­mine “vers le haut”. Ce n’est même pas la main, c’est le poi­gnet qui res­pire. Ce­la peut être même très peu, un de­mi-cen­ti­mètre. » Com­ment illus­trer mieux que par ces pro­pos ce qui se passe ici ? N’as­seyez pas votre blanche ter­mi­nale, Do. Lais­sez re­mon­ter votre main, poi­gnet com­plè­te­ment li­bé­ré, et di­mi­nuez. Par­ties in­ternes de la main gauche: ne pres­sez par les der­nières notes. Il est fon­da­men­tal, pour l’in­ter­pré­ta­tion, la tech­nique et la mé­moire, de bien connaître les par­ties in­ternes de la mu­sique. Il faut sa­voir les

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.