À SA­VOIR : MU­ZIO CLE­MEN­TI

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Mu­zio Cle­men­ti fut l’un des plus brillants pia­nistes de son temps. Il a com­po­sé presque ex­clu­si­ve­ment pour le cla­vier. Vers 1774, il s’ins­tal­la à Londres où il di­ri­gea l’Or­chestre de l’Opé­ra Ita­lien. Grand in­ter­prète, il se lan­ça dans une tour­née de concerts à tra­vers l’Eu­rope en 1780. Mo­zart, qui vit le jour quatre ans plus tard, a ren­con­tré Cle­men­ti et l’a trai­té de « ciar­la­ta­no » ! En ef­fet, en 1781, à Vienne, l’em­pe­reur Jo­seph II or­ga­ni­sa une com­pé­ti­tion entre les deux com­po­si­teurs. Et Mo­zart de dire à propos de Cle­men­ti qu’il était « une mé­ca­nique sans un sou

de sen­si­bi­li­té ni de goût ». En re­vanche, Cho­pin te­nait Cle­men­ti en très haute es­time, au point qu’il consi­dé­rait que sa pièce Gra­dus ad Par­nas­sum consti­tuait la meilleure pré­pa­ra­tion à l’étude de ses propres oeuvres. Ma­dame Du­bois ra­conte que Cho­pin fai­sait étu­dier à tous ses dis­ciples une fa­meuse Étude en la bé­mol de Cle­men­ti, dont il vou­lait une exé­cu­tion par­faite et qui fit ver­ser bien des larmes aux pauvres im­pé­trants. Cle­men­ti s’in­té­res­sa aus­si à l’édi­tion mu­si­cale, à la fac­ture des pia­nos et à l’en­sei­gne­ment. Par­mi ses élèves, on trouve no­tam­ment John Field qui fut le pré­dé­ces­seur de Cho­pin dans le do­maine du noc­turne. Quant à l’épouse de Vla­di­mir Horowitz qui était la fille d’Ar­tu­ro Tos­ca­ni­ni, on la voit dans un film éton­nant cri­ti­quer son mal­heu­reux époux, sous pré­texte qu’il ne tra­vaillait pas as­sez, et dire de lui: « Ah, Vo­lo­dia en ce mo­ment : Cle­men­ti, Cle­men­ti, il ne jure plus que par Cle­men­ti ! »

[ par rap­port aux touches blanches. Sen­tez comme il est peu na­tu­rel de pe­ser dans une touche noire. Il est tel­le­ment plus fa­cile de pe­ser sur une touche blanche. Re­mon­tez bien votre main avant le Fa #, afin de pou­voir des­cendre sur lui ! Au 2e temps, contrô­lez par l’oreille le Si, joué avec le 2e doigt. Ne le pres­sez pas. …cou­tez tou­jours ces notes des temps, ne les lais­sez ja­mais pres­ser ni vous échap­per. Pour la tech­nique, il est in­dis­pen­sable de maî­tri­ser le temps du mor­ceau, son dé­rou­le­ment dans les doigts.

Ici, la main gauche joue des doubles-croches. Hé­las, notre main gauche est en gé­né­ral moins ha­bile que la droite ! Comment la dé­ve­lop­per ? Par la com­mande du cer­veau et, ici en­core, en con­nais­sant bien les notes des temps. Le pre­mier Ré est joué avec notre 5e doigt. Sur cette to­nique, re­laxez­vous bien avant de par­tir. Le 2e temps tombe au mi­lieu de la gamme, sur le La avec votre pouce. Contrô­lez ce doigt et ce son. Em­pê­chez-vous de pres­ser. Les notes des temps sont comme les arbres ou les py­lônes que l’on voit dé­fi­ler à tra­vers la fe­nêtre du TGV. Ils donnent le tem­po im­muable, sauf… quand le TGV ra­len­tit. L’équi­valent en mu­sique ? Ce­la s’ap­pelle l’ago­gique. Me­sure n°10: gamme de main gauche.

MES. 18-22

Le se­cond point pour ob­te­nir l’agi­li­té des doigts est de des­si­ner la courbe so­nore de chaque

phrase. Cho­pin a écrit dans son Pro­jet de mé­thode : « Le but n’est pas de sa­voir tout jouer d’un son égal. Il me semble d’un mé­ca­nisme bien for­mé de sa­voir bien nuan­cer une belle qua­li­té de son. » 3 Cette re­marque ouvre la porte à toute la pé­da­go­gie mo­derne du pia­no. Chan­tez le « des­sin » de votre phrase. Comment doit-elle son­ner ? Me­sures n°18 à n°19, la mu­sique s’élance vers l’ai­gu, vers le Do # : Ré, Fa #, La, Ré, Do #… Puis la phrase re­des­cend Do #, Si, La, Sol, Fa #, Mi, Ré, Do #, etc. Des­si­nez. Ne jouez ja­mais deux sons suc­ces­sifs avec la même force. Nuan­cez, c’est ain­si que vous dé­ve­lop­pe­rez vos doigts.

Sor­tir une voix. Me­sure n°20, nous avons deux fois de suite un pe­tit La ai­gu. Faites-les res­sor­tir en ten­dant votre 5e doigt et en re­laxant les doigts du mi­lieu. Faites com­prendre à votre au­di­teur qu’ici, Cle­men­ti dé­sire que l’on en­tende un pe­tit « cou­cou » es­piègle et joyeux qui se dé­gage de la phrase. Par­ta­gez votre main en deux, comme dans le mor­ceau de Ja­cob Sch­mitt.

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