À SA­VOIR : À PROPOS DE LA VALSE

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Bien que l’on se dis­pute sou­vent sur son ori­gine, les Fran­çais sou­te­nant qu’elle vient de la volte pro­ven­çale, les Al­le­mands af­fir­mant, eux, qu’elle est is­sue de l’al­le­mande des suites ba­roques, nous pou­vons conve­nir que la valse a re­çu son nom de bap­tême à Vienne vers 1750. On la dan­sait dans ces pe­tites au­berges rus­tiques ni­chées dans la fo­rêt qui peu­plait les col­lines sur­plom­bant Vienne, les pentes du Kah­len­berg. La li­mite est en­core mal dé­fi­nie avec ce bon vieux Laend­ler dont Schu­bert a écrit plu­sieurs recueils. Lors de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, las du cé­ré­mo­nial ri­gide du me­nuet, on dé­couvre tout à coup cette nou­velle danse plus co­quine où l’on tourne et s’en­lace en de tendres pos­tures. Charles Bur­ney, cé­lèbre mu­si­co­logue de l’époque, « tremble à l’idée de ce qu’une mère an­glaise pen­se­rait si elle voyait sa fille sou­mise à un trai­te­ment si fa­mi­lier ». Mais la fin du XVIIIe siècle voit triom­pher la valse en même temps que la classe bour­geoise, qui pos­sède des par­quets bien glis­sants, per­met­tant de s’élan­cer dans ce trois temps en­ivrant. Mo­zart avait pu­blié en 1786 un re­cueil de danses al­le­mandes et de Laend­ler, mais il ne les a ja­mais dé­crits ex­pli­ci­te­ment comme des Wal­zer. Les pre­miers grands com­po­si­teurs de valses furent Mi­chael Pa­mer (1782-1827) et, sur­tout, Jo­seph Lan­ner (1801-1843) qui se­ra l’un des ins­pi­ra­teurs de Schu­bert dans ce do­maine. Ce der­nier a com­po­sé un très grand nombre de danses à trois temps pour le pia­no : me­nuets, Laend­ler, danses al­le­mandes et valses. L’édi­teur Dia­bel­li a pu­blié ses pre­mières valses sous le titre de « Der­nières valses ». Il se trom­pait lour­de­ment ! Le re­cueil des Valses opus 50

D.779 en com­prend 34 pour pia­no et s’in­ti­tule Valses sen­ti­men­tales. Elles ont été com­po­sées entre 1823 et 1825. Ce n’est pas Schu­bert lui-même qui leur a don­né cette ap­pel­la­tion, mais Dia­bel­li. L’en­semble est conçu en deux ca­hiers : un pre­mier de 17 valses au­tour de to­na­li­tés très simples (do, sol, ré, la, fa, si bé­mol) et un se­cond aux to­na­li­tés plus com­plexes, où re­viennent sou­vent la bé­mol et mi bé­mol. Il n’y a pas d’ordre très lo­gique, tout au plus pou­vons-nous re­mar­quer que les valses se groupent par deux. C’est pour­quoi nous avons choi­si d’en étu­dier une paire: les n°12 et n°13. La Valse n°13 en la ma­jeur du pre­mier ca­hier est la plus éton­nante. Elle est la seule de sa to­na­li­té et de son ca­rac­tère, avec sa sur­pre­nante mo­du­la­tion en ut dièse ma­jeur. Elle est aus­si la seule qui com­porte une in­di­ca­tion « Zart » (= tendre). Elle a fait l’ob­jet d’une ma­gis­trale adap­ta­tion par Franz Liszt qui lui a ap­por­té une autre pierre en­core, celle de son gé­nie propre. En toute lo­gique, nous exa­mi­ne­rons aus­si comment ce­lui-ci fe­ra, grâce à Schu­bert, « trem­bler les mères an­glaises »…

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