VIK­TOR ULLMANN (1898-1944)

Pianiste - - HIFI LE CHOIX DE LA RÉDACTION -

Con­cer­to pour pia­no. So­nate pour pia­no n°7. Va­ria­tions et double fugue Mo­ritz Ernst (pia­no), Or­chestre phil­har­mo­nique de Dort­mund, dir. Ga­briel Feltz Ca­pric­cio C5294. 2011-2015. 56’

La pen­sée mu­si­cale de Vik­tor Ullmann se for­gea à l’aune du post­ro­man­tisme de l’Eu­rope cen­trale, puis de la se­conde école de Vienne et du néo­clas­si­cisme de l’en­tre­deux-guerres. La sé­che­resse d’écri­ture du Con­cer­to pour

pia­no ache­vé en 1939 re­cèle à la fois une di­men­sion ra­vé­lienne, éthé­rée, mais aus­si une pul­sa­tion dan­sante, ré­mi­nis­cence de Pro­ko­fiev. Tout comme Schul­hoff, Ullmann veut se mon­trer aus­si ré­vo­lu­tion­naire que Schoen­berg. Il reste pour­tant au néo­clas­si­cisme vien­nois, brillam­ment éclai­ré sous les doigts de Mo­ritz Ernst. L’in­ter­prète mul­ti­plie avec beau­coup d’ins­pi­ra­tion les es­thé­tiques dans le troi­sième mou­ve­ment, par exemple : Weill, Bartók, Pro­ko­fiev et Ra­vel se cô­toient avec une belle fré­né­sie, l’or­chestre ré­pon­dant à son tou­cher si in­ven­tif. La der­nière so­nate d’Ullmann est aus­si celle qui a été le plus en­re­gis­trée. Son écri­ture poin­tilliste, à la Pro­ko­fiev, joue d’une cruau­té dé­bon­naire dont Mo­ritz Ernst évite de sur­va­lo­ri­ser les arêtes. Il res­ti­tue aus­si bien les in­ter­ro­ga­tions, dignes d’un Sa­tie, avec une bon­ho­mie cer­taine, que les élans mah­lé­riens: cette pièce fut or­ches­trée par Bern­hard Wulff, de­ve­nant ain­si la Sym­pho­nie n°2 post­hume d’Ullmann. La concep­tion mi­ni­ma­liste et at­ta­chante de la pré­sente lec­ture s’op­pose à l’in­ter­pré­ta­tion tout aus­si in­té­res­sante, mais plus ex­pres­sion­niste de Ra­do­slav Kva­pil (Pra­ga Di­gi­tals). Les Va­ria­tions et double fugue (19251934) re­posent sur un thème em­prun­té à Schoen­berg, tein­té de l’ex­pres­sion­nisme de Berg. Et ce sont pré­ci­sé­ment ces deux as­pects qui se heurtent vio­lem­ment dans les rythmes de marche, en­core mah­lé­riens, de cet ou­vrage do­dé­ca­pho­nique. Mo­ritz Ernst en re­pro­duit l’émo­tion pre­mière avec un im­mense ta­lent.

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