Les illu­sions so­nores d’Ivan Ilic

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e 28 sep­tembre, au Palazzetto Bru Zane de Ve­nise, le pia­niste amé­ri­cain d’ori­gine serbe don­nait un ré­ci­tal consa­cré à des pièces d’An­ton Rei­cha (1700-1836). Une ma­ni­fes­ta­tion dans le cadre du fes­ti­val que le Centre de mu­sique ro­man­tique fran­çaise or­ga­nise jus­qu’au dé­but du mois de no­vembre.

LSi vous n’avez pas en­core écou­té le disque d’Ivan Ilic pa­ru chez Chan­dos – pré­lude à quatre autres vo­lumes dé­diés à Rei­cha (lire la chro­nique page 77) –, pré­ci­pi­tez-vous pour dé­cou­vrir une écri­ture aus­si ori­gi­nale qu’ex­pé­ri­men­tale. On ne connaît en ef­fet que quelques pièces du com­po­si­teur tchèque na­tu­ra­li­sé fran­çais qui de­meure, hé­las, sou­ses­ti­mé. Ivan Ilic se dé­lecte à jouer quelques mor­ceaux de­vant un pu­blic si­dé­ré et pas­sion­né. N’y au­rait-il pas, à l’orée du XIXe siècle, le pres­sen­ti­ment de Sa­tie ou de John Cage ? C’est ce que l’au­di­toire se de­mande à l’écoute d’ex­traits des Prak­tische Bei­spiele et de la Fan­tai­sie sur un seul ac­cord. Haydn et Bee­tho­ven cô­toient ain­si la mu­sique ré­pé­ti­tive et, lorsque les har­mo­nies tirent vers Wa­gner, la vo­lu­bi­li­té sou­daine des doigts rap­pelle We­ber quand la mé­lo­die se sou­vient de Mo­zart ! Un vé­ri­table Cré­pus­cule des dieux, dans tous les sens du terme, avec des contrastes et des mo­du­la­tions in­ouÔes dans la Grande So­nate en ut ma­jeur. Rei­cha est trop or­gueilleux – Ivan Ilic nous le dit lors de la ren­contre d’avant­con­cert – pour ne pas mon­trer à quel point il sait uti­li­ser les airs à la mode, tout en épais­sis­sant la pâte so­nore d’un contre­point sa­vant. Sa mu­sique ain­si « mal chaus­sée » ne cor­res­pond ja­mais au goût de son époque, car en re­tard ou en avance dans les …tudes dans le genre fu­gué opus 9 dont la su­blime …tude n°1, pro­mise à de­ve­nir un vé­ri­table « tube ». Ivan Ilic hé­site lui aus­si entre le souffle épique, ce brin de fo­lie digne de Ber­lioz (qui l’ad­mi­rait) et le sé­rieux… du pas­tiche. L’in­ter­prète ne cède à au­cune ten­ta­tion, parce que le pia­no clas­sique se meurt et que le cla­vier ro­man­tique n’est pas en­core né. Le cadre en­chan­teur du Palazzetto Bru Zane était l’écrin idéal de ce théâtre d’illu­sions so­nores. On a hâte de pour­suivre l’écoute au disque.

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