IN­TER­PRÉ­TER…

LES GRANDS TUBES ?

Pianiste - - LE COIN DES AMATEURS -

Les ama­teurs ont sou­vent moins d’ap­pré­hen­sion que les pro­fes­sion­nels à jouer les grands tubes. Leur cé­lé­bri­té est pe­sante. L’en­jeu est de par­ve­nir à les ré­en­tendre avec une oreille neuve, d’avoir le sentiment de les dé­cou­vrir pour la pre­mière fois. Dans le thème des Va­ria­tions sur « Ah, vous

di­rais-je ma­man », la dif­fi­cul­té ma­jeure est de re­trou­ver la sim­pli­ci­té et la ten­dresse d’une comp­tine en­fan­tine. Là aus­si, il s’agit d’une par­ti­tion « pleine d’es­prit ». Il faut la jouer simple et égal et cher­cher un tou­cher dé­li­cat, en évi­tant de tom­ber dans la ca­ri­ca­ture du Mo­zart « mignon » : simple ne si­gni­fie ni mignon, ni pré­cieux. Quant à la So­nate « fa­cile », ne vous fiez pas à ce sur­nom trom­peur ! Tout est dans le dé­tail, la fi­nesse et le na­tu­rel. Dans le deuxième mou­ve­ment, la basse d’Al­ber­ti à la main gauche ac­com­pagne avec sou­tien et dou­ceur la main droite. Il faut trou­ver un jo­li le­ga­to, une pé­dale très pure et dis­crète et ne pas hé­si­ter à mettre du re­lief quand le des­sin de la ligne de basse change. J’évo­quais plus haut l’as­pect vo­cal de la mu­sique de Mo­zart. Ce mou­ve­ment en est un exemple très par­lant. Il donne l’im­pres­sion d’un lied ac­com­pa­gné. C’est pour­quoi il faut soi­gner le can­ta­bile. Quant à la to­na­li­té de sol ma­jeur, elle in­duit beau­coup de ten­dresse et de dou­ceur. Le piège se­rait d’ap­puyer les in­ten­tions. Ayez tou­jours en tête les re­com­man­da­tions élé­men­taires : le dis­cours doit être pur, simple et fluide. Inu­tile d’en ra­jou­ter. Pour ap­pré­hen­der le tube ab­so­lu qu’est la « Marche turque », mon con­seil se­rait d’écou­ter l’opé­ra de Mo­zart « L’En­lè­ve­ment au

sé­rail ». Je conseille aus­si d’écou­ter l’in­ter­pré­ta­tion au­da­cieuse et in­ven­tive d’An­dreas Staier. Sans cher­cher à l’imi­ter ! Dans cette ver­sion très per­son­nelle, il or­ne­mente avec beau­coup d’ima­gi­na­tion. La pre­mière ques­tion dans cette oeuvre qui se pose est celle du tem­po. Pour l’anec­dote, dans les épreuves du ma­nus­crit, Mo­zart avait écrit Al­le­gri­no, ce qui sug­gère un tem­po en­le­vé. C’est une page ryth­mée, très sug­ges­tive, avec de mul­tiples op­po­si­tions. On ima­gine l’ar­ri­vée exo­tique des ja­nis­saires. La mode était aux tur­que­ries, mais des tur­que­ries idéa­li­sées. On ou­blie sou­vent que cette « Marche turque » ap­par­tient à la So­nate

n°11, dont le pre­mier mou­ve­ment, su­blime, in­vite à la dou­ceur et la ten­dresse…

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