Quick•step Floors I An­née re­cord et sai­son folle.

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

L’équipe de Pa­trick Le­fé­vère, c’est bien plus que 73 vic­toires pour 14 gar­çons et un col­lec­tif en 2018. Des par­te­naires fi­dèles, un staff au top, des cou­reurs sa­vam­ment choi­sis, c’est un mix de tout ce­la qui a abou­ti à la suc­cess sto­ry de l’an­née en World­tour et à la plus belle sai­son d’une équipe de rêve. Et ce n’est pas fi­ni !

Pour faire la fine bouche, les spé­cia­listes di­ront que le comp­teur des Belges de la Quick•step Floors est res­té blo­qué en 2018 à 73 uni­tés, alors que ce­lui des Amé­ri­cains de la Co­lum­bia- HTC de Mark Ca­ven­dish et An­dré Grei­pel a poin­té au nombre re­cord de 85 vic­toires en 2009. OK. Mais, le bi­lan de l’an­née des Bleu et Blanc du Wolf­pack est par­fois plus pres­ti­gieux, ré­vé­la­teur et plein d’ave­nir que ce­lui de la bande à Ca­ven­dish dont l’équipe a ces­sé son ac­ti­vi­té deux ans plus tard. 37 vic­toires World­tour contre 20, 3 clas­siques contre 1 seule, les com­pa­rai­sons sont sans équi­voque pos­sible. À bien des égards même, le fu­tur, comme le pré­sent, des co­équi­piers de Ju­lian Alaphilippe ap­pa­rait plus bleu que ja­mais.

Un groupe sa­vam­ment choi­si

Avec 14 cou­reurs de 25 ans et moins, dont le plus jeune a 19 ans fin oc­tobre, le team Quick• Step pré­sente sur le pa­pier un groupe de 30 gar­çons de 27 ans de moyenne d’âge. Il faut y lire et com­prendre à la fois l’âge de la ma­tu­ri­té du cou­reur cy­cliste, mais aus­si ce­lui de la jeu­nesse et de la fo­lie d’un groupe qui vit ex­trê­me­ment bien, gagne et perd en­semble. Si l’équipe Quick•step a été créée en 2003, elle a évo­lué au fil des an­nées pour ar r iver à un groupe qui mise au­jourd’hui sur la jeu­nesse no­tam­ment sans né­gli­ger l’ex­pér ience. Si le cy­clisme est aus­si une aff aire d’hommes et de qua­li­tés in­tr in­sèques, le mé­lange dans cet ef­fec­tif 2018 entre les 36 ans de Phi­lippe Gil­bert et les 22 de Ho­deg, Ja­kob­sen, les 23 de Ca­va­gna, les 24 de Ga­vir ia ou même les 25 de Sé­né­chal et les 26 d’alaphilippe est un suc­cès. Le désor mais cé­lèbre Wolf­pack est un sym­bole du groupe bien trou­vé, alors que dans le staff, on se plaît à dire que ces cou­reurs res­semblent avant tout dé­jà à une grande fa­mille. Dans la joie et la dé­faite, mais aus­si le tra­vail.

Une évo­lu­tion saine et lo­gique

L’équipe n’a pas tou­jours eu vo­ca­tion à f aire confiance à ses jeunes. Avant que Bob Jun­gels, Ju­lian Alaphilippe et Fer­nan­do Ga­vir ia soient ér igés en lea­der avec Phi­lippe Gil­bert, des an­nées se sont pas­sées sans qu’un jeune per­for me et com­prenne tout plus vite et mieux que les “vieux”. L’équipe a pas­sé cer­taines an­nées avec des lea­ders in­dé­bou­lon­nables et in­con­tes­tables. Elle n’a plus Pao­lo Bet­ti­ni, Jo­han Mu­seeuw, Ri­chard Vi­renque ou Tom Boo­nen. Si elle a su en re­vanche s’en pas­ser et si Phi­lippe Gil­bert est de la même trempe, les jeunes ont pr is le pou­voir que leur laisse lo­gi­que­ment Pa­tr ick Le­fé­vère et les di­rec­teurs spor­tifs et en­traî­neurs dans sa po­li­tique spor­tive. Le tr io phare a mon­tré que l’équipe pou­vait avoir confiance en lui. Dans notre ar­ticle sur Ju­lian, Franck Alaphilippe, son cou­sin, évoque le f ait que, contrai­re­ment aux équipes fran­çaises, « un bon jeune qui ar r ive chez Quick• Step au­ra 2- 3 ans pour ap­prendre au plus haut ni­veau à cô­té des lea­ders, sans pres­sion, alors qu’en France, s’il per­for me tout de suite, il se­ra bom­bar­dé lea­der et le vi­vra peut-être moins bien. Ça, Ju­lian, ça lui a plu aus­si pour res­ter en Bel­gique. »

Un staff aguer­ri et com­pé­tent

Néée en 2003, la Quick•step s’est bâ­tie dans la conti­nui­té de la Ma­pei, équipe my­thique des an­nées 90. Le Belge Pa­tr ick Le­fé­vère en était le ma­na­ger gé­né­ral avec l’ita­lien Al­va­ro Cres­pi. Son sa­voir- f aire s’est trans­po­sé chez Quick•step à par­tir de 2003. Pe­tit à pe­tit, le staff s’est étof­fé, a gros­si et au­jourd’hui, le tra­vail des DS (Bra­ma­ti, Holm, Peeters, Steels, van Slyke, van Bondt) et des en­traî­neurs (Meeu­sen et Pel­gr im) porte ses fruits dans un autre style, avec une jeu­nesse qu’il f aut f aire gran­dir et briller au plus haut ni­veau dans un cy­clisme en plein re­nou­vel­le­ment. Les (quelques) stars d’au­jourd’hui et des dix pro­chaines an­nées sont chez Quick•step et pas prêtes d’en par­tir. Et en­core, d’autres vont ar r iver pour les pous­ser. Ce ma­nège in­ces­sant se f ait aus­si par le biais d’un scou­ting in­té­res­sant et d’un ma­na­ge­ment in­tel­li­gent. Il suf­fit de voir les rôles confiés en course à des Ca­va­gna, Sé­né­chal, Ho­deg, Ja­kob­sen pour com­prendre que c’est tout un sys­tème qui est mis en place et fonc­tionne à mer­veille. Ici, la confiance et la com­pé­tence sont gé­né­rales dans un mi­lieu où l’ar­gent ne fait pas tout, même s’il peut dic­ter sa loi par­fois.

Une tech­nique en course écra­sante

Ce qui peut éner­ver en course, c’est la tac­tique des Quick•step. Ou plu­tôt son ef­fec­tif . Quand on pré­sente au dé­part d’un Tour des Flandres Phi­lippe Gil­bert, Ni­ki Terps­tra, Yves Lam­paert et Zde­nek Sty­bar, on se dit qu’il est im­pos­sible que l’équipe passe à cô­té de la vic­toire. Pour­tant, à l’image du suc­cès de Jun­gels à Liège construit avec Alaphilippe et Gil­bert et une fu­sée à trois étages, abon­dance de biens peut réus­sir comme nuire. On re­proche à la FDJ de can­ni­ba­li­ser le cham­pion­nat de France avec 18 cou­reurs, pour Quick•step, c’est en ter mes de qua­li­té que le pro­blème peut se po­ser. L’équi- pe a un pro­blème de r iches, comme peut l’avoir le Par is- Saint- Ger main en foot. Doit-on lui re­pro­cher ? N’est-ce pas plu­tôt aux autres équipes de s’adap­ter ? Heu­reu­se­ment, la Quick•step perd aus­si par l’in­tel­li­gence des ad­ver­saires… Ça la rend fr iable aus­si, bat­table et les courses in­té­res­santes. C’est aus­si ce qui mo­tive et pousse ce groupe pour qui r ien n’est ga­gné à 100% et la dé­faite in­sup­por­table.

Avec De­ceu­ninck, Ho­no­ré et Eve­ne­poel, ça va conti­nuer

Un glor ieux pas­sé, un pré­sent étin­ce­lant. Et l’ave­nir ? Pour­quoi ça chan­ge­rait ? Quick• Step Floors va lais­ser place à De­ceu­ninck- Quick• Step pour deux ans au moins. Lea­der dans la f abr ica­tion et concep­tion de fe­nêtres pro­fi­lées, l’ar r ivée de cette en­tre­pr ise pé­ren­nise l’équipe de Pa­tr ick Le­fé­vère qui a su faire de­puis le dé­but du siècle avec des par­te­naires fi­dèles. Si par­fois, l’équipe a été en dan­ger, elle n’a ja­mais été lâ­chée. La pré­sence de Quick•step de­puis l’or igine le prouve et en f ait un des plus an­ciens spon­sors du World­tour. Un confort de tra­vail qui per met de se fo­ca­li­ser sur le spor­tif . Le spor­tif ? Un re­cru­te­ment light et plein d’ave­nir en 2019. Si Terps­tra s’en va, comme de Plus, Nar­vaez, Schach­mann ou en­core Ga­vir ia pour des rai­sons fi­nan­cières, avec les si­gna­tures de Rem­co Eve­ne­poel, double cham­pion du monde Ju­niors, et d’un de ses sta­giaires de l’été, Mik­kel Ho­no­ré, l’équipe s’est as­su­rée un fu­tur plus ou moins proche sur les clas­siques et cer­taines courses à étapes. Comme si cette équipe de­vait se ré­gé­né­rer constam­ment, elle ren­force ses ac­quis et prend de l’avance. À cette vi­tesse, l’éter nel Le­fé­vère n’a pas de sou­ci à se faire. Comme il nous dit tou­jours : « sur ma tombe, quand je se­rai mort, il ne se­ra pas ins­cr it “il n’a ja­mais ga­gné le Tour”. Je pré­fère re­gar­der tout ce qu’on a fait et ce qu’on va faire. »

Phi­lippe Gil­bert, Fer nan­do Ga­vir ia, Ju­li an Alaphilippe et Bob Jun­gels (ici sur le Tour de France), l es lea­ders d’une équipe im­pi­toyable en course.

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