Cor­ner Au coin du bois

Planète Foot - - TECHNIQUE - Par Ma­thieu De­lattre

Gros plan sur le cor­ner, un geste tech­nique aus­si pré­cis, dans la re­la­tion ti­reur-re­ce­veur, que dé­ci­sif. Tout sauf à la marge.

Àl'ori­gine, un constat. Presque la moi­tié des buts est au­jourd'hui mar­qué sur un coup de pied ar­rê­té. Un chiffre qui en dit long sur la fa­meuse «!glo­rieuse in­cer­ti­tude du sport!» et plus par­ti­cu­liè­re­ment celle du foot, l'un des seuls sports au monde où un Da­vid, sur un mal­en­ten­du ou non, peut faire tom­ber un Go­liath. Les grin­cheux des sta­tis­tiques qui passent leur temps à dire que les chiffres ne servent à rien, jus­te­ment, parce que le foot c'est ça, un rap­port de forces dans le­quel le plus ac­cu­lé des mi­ni-pouces peut pin­cer une fois c'est tout, mais une fois pour toute, une ar­mée de croi­seurs de guerre, font moins les ma­lins. Près de 50% des buts sur coups

de pied ar­rê­tés... Voi­là pour le chiffre. C'est parce qu'un match peut bas­cu­ler sur une phase ar­rê­tée que tout est pos­sible, tou­jours. Un coup franc di­rect, un duel entre un ti­reur et un gar­dien avec un mur entre les deux. Un pe­nal­ty, la même chose sans le mur, un coup franc ex­cen­tré, suite à une faute inu­tile ou un cor­ner ob­te­nu sur un der­nier pres­sing et/ou une er­reur de la dé­fense ad­verse. Les me­naces sont mul­tiples dans le rayon des CPA (coups de pied ar­rê­tés), mais nous nous at­tar­dons ici sur le cor­ner, parce qu'il est sû­re­ment le plus sin­gu­lier, ne res­semble à au­cune autre phase de jeu et peut-être le plus me­na­çant, puis­qu'il se joue de­puis la ligne de but ad­verse. Le “coup de pied de coin” est à juste titre consi­dé­ré comme une «!oc­ca­sion de but!» par les coachs. Il sym­bo­lise à lui seul les deux sur­faces de vé­ri­té. Celle à pré­ser­ver quand on se trouve en dé­fense, celle à per­fo­rer quand on pousse en at­taque. Le cor­ner, c'est le ré­su­mé du rap­port de forces. Le “bal­lon dans la boîte”, mais pas seule­ment…

Com­ment dé­fendre ?

On range sou­vent, quand elle su­bit un coup de pied ar­rê­té, la stra­té­gie d'une équipe se­lon deux ca­té­go­ries! : la dé­fense in­di­vi­duelle ou la dé­fense de zone. Pour ré­su­mer!: la dé­fense in­di­vi­duelle consiste à ce que chaque dé­fen­seur prenne un joueur au mar­quage. En dé­fense de zone, les dé­fen­seurs se par­tagent cha­cun un es­pace bien pré­cis, une zone, et se chargent donc du joueur ad­verse qui s'y trouve, quel qu'il soit. Mais, au fond du pla­card, la vé­ri­té est bien plus sub­tile que ça. Sur un cor­ner, les at­ta­quants se dé­placent dans des mou­ve­ments

ré­pé­tés et tra­vaillés à l'en­traî­ne­ment en lien di­rect avec le frap­peur. Or, ce­lui qui tire le cor­ner n'est pas sous pres­sion, puisque les dé­fen­seurs doivent res­ter à une cer­taine dis­tance du bal­lon. Le ti­reur est libre de son mou­ve­ment. C'est lui qui dé­clenche, donc lui qui dé­cide. Il faut, pour les dé­fen­seurs, sur­veiller leur zone de mar­quage, leur ad­ver­saire di­rect qui peut dé­clen­cher une fausse piste mais éga­le­ment le ti­reur, à l'angle du ter­rain, d'où le bal­lon ar­rive. Pas évident. «!C'est tou­jours très dan­ge­reux de cou­rir vers son propre but pour dé­fendre. C'est la pire des si­tua­tions pour un dé­fen­seur, ex­plique Élie Baup. Car le gars est au mar­quage, donc il est fo­cus sur son joueur et ne se pré­oc­cupe pas tou­jours du bal­lon et de sa tra­jec­toire. Ça peut faire but contre son camp très fa­ci­le­ment. Sur­tout que les at­ta­quants ad­verses mul­ti­plient les fausses pistes.! »

Com­ment le jouer ?

Pour l'équipe qui bé­né­fi­cie du cor­ner, la donne est simple, mar­quer, mais com­ment pro­cé­der!? Car une mul­ti­tude de pos­si­bi­li­tés s'ouvrent. Baup tou­jours. «!Il y a des com­bi­nai­sons clas­siques, avec un joueur qui coupe au pre­mier po­teau pour ca­drer ou alors qui dé­vie vers le se­cond po­teau. Dans le pre­mier cas, c'est très dif­fi­cile pour les dé­fen­seurs car le type est lan­cé et comme c'est tra­vaillé, si c'est bien exé­cu­té, en rythme et bien frap­pé, que le bal­lon ar­rive au bon en­droit au bon mo­ment, ça fait très sou­vent but. Ca­va­ni, par exemple, ex­celle dans ce re­gistre!!!Quand le joueur dé­vie, c'est aus­si très com­pli­qué car le bal­lon change de tra­jec­toire et les dé­fen­seurs peuvent avoir axé leur course sur celle du bal­lon. Or, la dé­via­tion est des­ti­née à un joueur qui lui s'y at­ten­dait, et qui n'a pas dé­clen­ché la même course. Il faut être très at­ten­tif, avoir des yeux dans le dos comme on dit, se pré­oc­cu­per à la fois du bal­lon et de son ad­ver­saire. » Sa­cré pro­gramme.

Eric Dier et An­to­nio Rü­di­ger se frottent fort : cor­ner et maillot des Blues cer­ti­fiés 100% Pre­mier League.

Quatre joueurs de Wat­ford face à six Man­cu­niens, dont les trois monstres Pog­ba, Fel­lai­ni et Lu­ka­ku en plein coeur. Quand on dé­fend sur cor­ner à MU, on dé­fend sur cor­ner !

Le vé­té­ran Da­vid Vil­la coule des jours heu­reux en MLS mais ne laisse à per­sonne d'autre le soin de prendre en charge le pre­mier po­teau sur les cor­ners dé­fen­sifs. Les bonnes ha­bi­tudes ne se perdent pas.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.