RÉ­TRO France-Croa­tie 2018

Planète Foot - - ÉDITO - Par Ro­ger Le­wis

C'est une ré­tro pas fran­che­ment ré­tro. Mais il ne fait ja­mais de mal à se faire du bien.

Le 15 juillet der­nier, alors que le dé­luge se met­tait à tom­ber du ciel de Mos­cou, l'équipe de Di­dier Des­champs en­trait dans la lé­gende et ac­cro­chait une deuxième étoile sur le maillot bleu, la pre­mière ga­gnée loin du pays. Trop bien! cette his­toire fran­çaise !

Il était un peu plus de 19h00, peut-être 19h15, heure de Mos­cou, ce 15 juillet 2018, quand l'orage qui gron­dait a dé­ver­sé un dé­luge de flotte sur le stade Lou­j­ni­ki et sur les Bleus po­taches qui y sont al­lés de leurs danses im­pro­vi­sées dans les flaques, un trophée en or entre les mains, des étoiles plein les yeux. Cham­pions du monde!! Vingt ans après 98, la gé­né­ra­tion Griez­mann-Pog­baM­bap­pé a, à son tour, grim­pé son Eve­rest pour plan­ter le dra­peau bleu-blanc-rouge sur le toit de la pla­nète. Juste un mois après avoir dé­bu­té la com­pé­ti­tion à Ka­zan, dans le Ta­tars­tan à l'est de la Rus­sie, contre l'Aus­tra­lie.

Par­lons-en de cette phase de groupes. Elle avait ac­com­pa­gné les per­for­mances des Bleus, en mode mi­neur et ser­vice strict mi­ni­mum as­su­ré, d'un cer­tain scep­ti­cisme quant à les voir éti­rer long­temps leur sé­jour au pays des tsars. Mais, mon­sieur, une Coupe du monde ça ne se joue pas, non, ça se gagne!! Et puis, ça peut aus­si se ga­gner en jouant comme face à l'Ar­gen­tine, en hui­tièmes, avec cette frappe de bâ­tard de Pa­vard, les gestes de ma­gi­cien in­sou­ciant de Ky­lian Mbap­pé, les ins­pi­ra­tions de Paul Pog­ba, dans le rôle en­fin as­su­mé du boss sur le ter­rain. Ça peut éga­le­ment se ga­gner en gé­rant par­fai­te­ment la si­tua­tion et les évé­ne­ments, maître de son des­tin, comme au tour sui­vant contre l'Uru­guay. Ça peut en­core se ga­gner sur un rien, le pe­tit truc qui fait la dif­fé­rence, une pa­rade, une en­vo­lée ou une sor­tie pleine d'au­to­ri­té d'Hu­go Llo­ris, le ca­pi­taine aux longs cours, face aux Belges en de­mies.

Et une fi­nale! ? On le ré­pète, ça se gagne, mon­sieur. Même dans la dou­leur, même dans la souf­france. Étouf­fante, oui, elle au­ra été long­temps étouf­fante cette fi­nale où les Fran­çais au­ront tou­jours me­né au score mais où ils se­ront aus­si constam­ment res­tés sous la me­nace de Croates à la tech­nique im­pec­cable et au jeu si fluide.

But contre son camp de Mand­zu­kic, éga­li­sa­tion de Pe­ri­sic, puis pe­nal­ty – après une longue in­ter­ven­tion du VAR, la star de ce Mon­dial – trans­for­mé par Griez­mann, dont les pro­duc­tions sont mon­tés en gamme en même temps que la com­pé­ti­tion s'éle­vait et ga­gnait la haute al­ti­tude, voi­là la France qui mène 2-1 à la mi-temps et elle n'est fran­che­ment pas mal­heu­reuse. Mais elle a son des­tin entre les mains. Et elle ne va plus le lâ­cher. Cinq pe­tites mi­nutes suf­fi­ront en­suite aux Bleus pour bas­cu­ler dans un autre monde et se pa­rer d'or. À l'heure de jeu, Paul le Poulpe, aux jambes ten­ta­cu­laires, s'y re­prend à deux fois pour ba­lan­cer un mis­sile du gauche qui vient ex­plo­ser les fi­lets de Su­ba­sic. À peine le temps de res­pi­rer, voi­là le môme Mbap­pé, ser­vi par Lu­cas Her­nan­dez, qui, d'une frappe croi­sée du droit, donne au score une am­pleur as­sez dé­con­cer­tante, compte te­nu de la phy­sio­no­mie de la ren­contre. Mais on s'en fout. On se contente juste d'ap­pré­cier. Après! ? Bah, c'est fi­ni, mon­sieur. Ah si, il y a eu la ré­duc­tion du score de Mand­zu­kic sur une er­reur de Llo­ris – la seule de tout un tour­noi où le gar­dien du temple bleu au­ra été un ma­gni­fique rem­part, tel­le­ment ras­su­rant pour ses troupes. Avant, hé­ros des temps mo­dernes, de bran­dir le trophée dans la lourde nuit mos­co­vite.

Puis l'orage. Le dé­luge. Les bleus qui dansent et chantent sous la pluie dans une in­ter­mi­nable sa­ra­bande et dans ces ins­tants dont on vou­drait qu'ils ne s'ar­rêtent ja­mais.

Vingt ans après, l'équipe de France a re­mis le cou­vert en or. En 1998, Di­dier Des­champs était le ca­pi­taine des pre­miers cham­pions du monde, en 2018, il en est le sé­lec­tion­neur. Et, qu'on ne s'y trompe pas, ce suc­cès est d'abord le sien. Ce groupe, il l'a fa­çon­né comme un sculp­teur le fait avec sa pâte ou un peintre, par pe­tites touches, sur sa toile, avant de le gui­der vers ces cimes qua­si­ment in­ac­ces­sibles, tel­le­ment la route pour y par­ve­nir est es­car­pée. Mais, à l'heure des lau­riers, c'est d'abord à eux qu'il pense. «!Ils ne peuvent pas se rendre compte. Mais je le dis!: même s'ils prennent des che­mins dif­fé­rents, ces 23 là se­ront liés à vie do­ré­na­vant. Ils ne se­ront plus les mêmes. Rem­por­ter une Coupe du monde, il n'y a pas d'équi­valent pour un foot­bal­leur. » Les mots de la fin d'une re­mar­quable his­toire fran­çaise.

Le coach Di­dier Des­champs por­té en triomphe par les 23 Bleus. Nor­mal, quoi qu'il en dise, ce suc­cès est d'abord le sien.

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