“si tu écris “chat” sur la boîte et que tu paies la bonne per­sonne à l’aé­ro­port, c’est bon.” Un pro­prié­taire

Playboy (France) - - Phénomène -

re­gards, une femme de 32 ans à la che­ve­lure d’un noir étin­ce­lant nous at­tend. Deux grands gué­pards dé­am­bulent len­te­ment der­rière les jambes de leur maî­tresse qui se fait ap­pe­ler “ma­dame Chee­tah”. “Ce sont mes bé­bés, je les pré­fé­re­rais à mes enfants si j’en avais, c’est sûr”, sou­rit-elle. Mark et Sha­had ont été res­pec­ti­ve­ment ache­tés en avril 2013 et fé­vrier 2014. Le lieu où ils ré­sident est à l’aveugle : une im­mense cage com­pre­nant un cou­loir et une grande niche sé­parent les fé­lins du reste de l’ap­par­te­ment. “J’ai eu des chats et des chiens avant mais je dé­si­rais quelque chose de plus gros, ex­plique-t-elle. Au dé­part, je vou­lais un tigre. C’est un rêve de­puis que j’ai 6 ans, mais c’est plus fa­cile d’avoir des gué­pards.” A rai­son d’un pou­let par jour pour un bud­get avoi­si­nant les 350 $ par mois, la jeune femme a fait de ses deux gué­pards ses ani­maux de com­pa­gnie. Là, ils sautent avec non­cha­lance sur le ca­na­pé et jettent un re­gard fur­tif à la té­lé­vi­sion. Cé­li­ba­taire, l’heu­reuse pro­prié­taire avoue avoir du mal à trou­ver un homme qui irait avec ses “bé­bés” : “Je ne crois pas que je res­te­rai avec un homme qui n’ai­me­rait pas mes gué­pards. Ma mère a en­core très peur de ve­nir. J’ai un frère qui a mis trois ans pour être à l’aise avec eux. Et j’ai une soeur et un autre frère qui ont trop peur et ne viennent ja­mais ici.”

3 000 $ LE GUé­PArD

La femme ne craint pas les au­to­ri­tés. Après l’af­faire Swakll, elle est al­lée les voir plu­sieurs fois pour ten­ter de les convaincre de ne pas por­ter at­teinte aux “pro­prié­taires res­pon­sables”, comme elle se qua­li­fie el­le­même. Mais si ma­dame Chee­tah n’a pas à se faire trop de mou­ron pour les au­to­ri­tés, c’est qu’elle pos­sède la was­ta, terme lo­cal pour nom­mer l’in­fluence. “J’ai dû par­tir en Egypte pen­dant deux mois. J’avais confié mes gué­pards à quel­qu’un que je connais. Il y a eu un in­cen­die dans l’ap­par­te­ment où la per­sonne en ques­tion ré­si­dait. La po­lice est ve­nue et a vu les gué­pards. Une plainte a été dé­po­sée. J’ai ap­pe­lé quel­qu’un de haut pla­cé pour rem­pla­cer la men­tion “gué­pard” par “gros chat”.” Elle dit avoir payé ses “gros chats” 3 000 $ cha­cun via un cir­cuit aé­rien de contre­bande. La suite est simple : tra­vaillant à l’éaé­ro­port, il lui a suf­fi d’ar­ro­ser les bonnes per­sonnes pour ré­cu­pé­rer ses ani­maux. Se­lon Wild­life Conser­va­tion So­cie­ty (WCS), seu­le­ment 7 100 gué­pards sub­sistent au­jourd’hui à l’état sau­vage et l’es­pèce est me­na­cée d’ex­tinc­tion.

UN TRA­FIC EN OR

Dans un as­cen­seur d’un grand pa­villon non loin de l’aé­ro­port, un homme ha­billé d’un bon­net gris et d’une dis­h­da­sha as­sor­tie montre sur son té­lé­phone des vi­déos de ses lions. Les fé­lins jouent et se bous­culent dans une pièce exi­guë. Les portes s’ouvrent sur un toit où se tient une cage de trois mètres sur deux, cou­plée à une niche. Un gué­pard y re­nifle les nou­velles odeurs. il grogne. L’homme au bon­net, qui pré­fère res­ter ano­nyme, a tro­qué ses lions pour deux gué­pards. il est ve­nu avec un de ses amis, contre­ban­dier d’ani­maux sau­vages. Les deux com­pères se sont connus à une époque où il était en­core ad­mis de pro­me­ner son lion sur la plage. Le tra­fi­quant évoque le même ar­ti­fice que ma­dame Chee­tah pour faire pas­ser des ani­maux sau­vages au Ko­weït. “Via les avions, c’est beau­coup plus simple que de les pas­ser par l’Ara­bie saou­dite. Si tu écris “chat” sur la boîte et que tu paies la bonne per­sonne, c’est bon”, ra­conte t-il l’air de rien. Pa­tri­cia Tri­co­rache, très im­pli­quée dans la dé­fense des ani­maux vic­times de tra­fics au sein de di­verses as­so­cia­tions, a me­né de longues en­quêtes sur la contre­bande de gué­pards. “Dans la pé­nin­sule ara­bique, il y a un im­mense mar­ché noir pour ces ani­maux, dé­taille-t-elle avant d’af­fir­mer : Cer­tains ar­rivent di­rec­te­ment d’Afrique via des avions pri­vés. En­vi­ron trois cents gué­pards sont ex­pé­diés illé­ga­le­ment dans la ré­gion tous les ans.” En haut d’un im­meuble du quar­tier Sal­miya, le psy­cho­logue ko­weï­tien Ad­nan Al Shat­ti ter­mine une consul­ta­tion. L’homme a la voix grave et les mains im­po­santes. Plus que qui­conque, il connaît les craintes, pho­bies et hob­bies de ses com­pa­triotes : “Beau­coup de gens ici aiment les chal­lenges. La po­pu­la­tion a long­temps été très pauvre. Au­jourd’hui, c’est l’in­verse. Si quel­qu’un te re­çoit à sa table, il ne va pas te pro­po­ser un ou deux plats mais un fes­tin pour une ving­taine de per­sonnes. Cette dé­me­sure vaut aus­si pour les ani­maux.” Avant de conclure : “Au Ko­weït, il n’y a pas de bar­rière dans les consciences.Tout est pos­sible tant qu’on a de l’ar­gent.”

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.