Eric Fa­biew, fon­da­teur d’Alia­pur

Pneumatique - - SOMMAIRE -

Au­jourd’hui, quels ac­teurs col­lectent quel pour­cen­tage du vo­lume to­tal de pneus usa­gés mis sur le mar­ché fran­çais chaque an­née ? Alia­pur re­pré­sente 75% des vo­lumes ven­dus sur le mar­ché fran­çais, le GIE France Re­cy­clage Pneu­ma­tiques FRP compte pour près de 15%. Dans les 10% qui res­tent en­vi­ron, on trouve no­tam­ment No­rau­to, qui a choi­si de s’or­ga­ni­ser tout seul et une somme de pe­tits pro­duc­teurs, qui as­surent une dé­cla­ra­tion in­di­vi­duelle.

Pour­quoi est-ce que No­rau­to fait ca­va­lier seul ? Je crois que ce­la fait par­tie de L’ADN de No­rau­to de vou­loir trai­ter en in­terne l’en­semble de sa po­li­tique en­vi­ron­ne­men­tale. C’est une en­tre­prise très vi­gi­lante dans ce do­maine. Ce­ci étant, elle s’ap­puie qua­si sys­té­ma­ti­que­ment sur les col­lec­teurs d’alia­pur et uti­lise les voies de va­lo­ri­sa­tion qui sont les siennes. Je pré­sume que ce­la leur coûte plus cher car les vo­lumes qu’ils traitent sont bien in­fé­rieurs à ceux d’alia­pur, et on peut sup­po­ser que les col­lec­teurs ne pra­tiquent pas les mêmes ta­rifs. La po­si­tion de No­rau­to re­lève d’avan­tage du prin­cipe que d’une vi­sion prag­ma­tique, à mon avis.

Est-ce que la col­lecte de pneus usa­gés d’alia­pur chaque an­née est un mi­roir fi­dèle de ce qui a été ven­du sur le mar­ché fran­çais ? C’est exact. C’est une vi­sion pré­cise, mais tout le monde ne res­pecte pas le dé­cret.

Jus­te­ment, vous vous êtes bat­tus de longue an­nées pour que ceux qui n’ac­quittent pas l’éco­taxe, soit rap­pe­lés à l’ordre et sanc­tion­nés si be­soin est. Qu’en est-il au­jourd’hui ? Il y au­ra pro­ba­ble­ment tou­jours des contre­ve­nants. Cer­tains de­viennent « hors la loi » par mé­con­nais­sance du dé­cret. Je pense aux pe­tits éta­blis­se­ments au­to­mo­biles, qui veulent sai­sir une op­por­tu­ni­té, un lot de pneu ache­té bon mar­ché à l’étran­ger par

Jeune re­trai­té de­puis son pas­sage de re­lais à Her­vé Do­mas le 31 jan­vier der­nier, Eric Fa­biew est le fon­da­teur d’alia­pur. Cette or­ga­ni­sa­tion, qui réunit prin­ci­pa­le­ment les grands ma­nu­fac­tu­riers, est à l’ori­gine de la fi­lière fran­çaise du trai­te­ment des pneu­ma­tiques usa­gés et de ses 700 em­plois stables. C’est au­jourd’hui un mo­dèle en Eu­rope. Eric Fa­biew a su aus­si mo­bi­li­ser une pro­fes­sion toute en­tière pour trai­ter dé­fi­ni­ti­ve­ment le pro­blème des stocks his­to­riques. Au­tant de mo­tifs de fier­té, qui ex­pliquent cette lé­gion d’hon­neur por­tée à sa bou­ton­nière. Pour au­tant, tous les pro­blèmes ne sont pas ré­glés et cette tri­bune est l’oc­ca­sion pour lui de les évo­quer.

exemple, et qui n’ont pas tou­jours le ré­flexe de le dé­cla­rer. Ce­la existe. D’autres trichent ré­gu­liè­re­ment. Alia­pur connait la plu­part. Après 2 ans de rap­pel à la loi, nous sommes fa­vo­rables à l’ap­pli­ca­tion de sanc­tions. Je pense que le vo­lume des pneus non-dé­cla­rés qui échappent à l’éco-contri­bu­tion, ne dé­passe pas les 10% du mar­ché fran­çais, ce­la re­pré­sente un peu plus d’une ving­taine de mil­liers de tonnes de pneus usa­gés.

Existe-t-il en­core de grands ac­teurs qui passent à tra­vers les mailles du fi­let ? Non. En tout cas, ceux qui per­sistent de­vraient bien­tôt être condam­nés par l’etat. Des gros­sistes et cer­tains sites In­ter­net sont concer­nés. Mais c’est un pro­blème com­plexe car le dé­cret qui fixe les règles est fran­co-fran­çais et seuls les ache­teurs pro­fes­sion­nels sont concer­nés par cette obli­ga­tion de dé­cla­ra­tion. Pour la vente aux par­ti­cu­liers, le pro­blème d’ailleurs reste en­tier. Del­ti­com (123pneus.fr) a re­joint vo­lon­tai­re­ment Alia­pur mais l’en­tre­prise n’y était pas obli­gée puis­qu’elle est ba­sée en Al­le­magne.

Quelles sanc­tions sont pré­vues ? Une cir­cu­laire du Pré­sident de la Ré­pu­blique in­dique que l’amende peut al­ler jus­qu’à 3500 eu­ros par ob­jet non dé­cla­ré. Ce qui est très éle­vé. J’avais pro­po­sé au Mi­nis­tère d’in­fli­ger une peine plus rai­son­nable, équi­va­lente à 5 fois le mon­tant de l’éco-contri­bu­tion, soit à un ni­veau moyen qui ré­duise la marge de l’im­por­ta­teur à zé­ro. Il ne s’agit quand même pas de mettre en dan­ger ces en­tre­prises et les em­plois qui vont avec.

Vous avez dé­cla­ré qu’il est en­core pos­sible de bais­ser l’éco-taxe. C’est un dis­cours que vous n’avez pas tou­jours te­nu… Je pense que la va­lo­ri­sa­tion n’ap­por­te­ra ja­mais suf­fi­sam­ment de re­cettes pour que l’éco-taxe dis­pa­raisse. Il sub­sis­te­ra tou­jours des frais de col­lectes aux alen­tours de 85€/t, de broyage (jus­qu’à 70€/t), de trans­port, de R&D, de struc­ture, etc. La tonne de pneus usa­gés broyés coûte au­jourd’hui aux alen­tours de 180 €, alors que la va­lo­ri­sa­tion éner­gé­tique, qui consti­tue 53% des dé­bou­chés d’alia­pur, rap­porte entre 5 et 10 eu­ros la tonne…

Un mo­dèle éco­no­mique où les va­lo­ri­sa­teurs viennent eux-mêmes col­lec­ter et ache­ter leur ma­tière pre­mière au­près des ga­rages, n’est donc pas en­vi­sa­geable se­lon vous ? Avec l’aide d’alia­pur, le Ma­roc est en train de mettre en place une fi­lière de trai­te­ment des pneus usa­gés avec des pe­tits broyeurs des­ti­nés à une pro­duc­tion lo­cale. Son dis­po­si­tif pré­voit que les ci­men­tiers re­prennent gra­tui­te­ment aux col­lec­teurs les pneus usa­gés qui leur sont ap­por­tés par les col­lec­teurs. En échange, ils in­ves­tissent dans des pla­te­formes de broyage.

Est-ce que les pneus sont ache­tés aux dis­tri­bu­teurs et ga­ra­gistes ? Ce­la se­ra sans doute le cas.

Les ga­rages peuvent donc ga­gner de l’ar­gent avec leurs pneus usa­gés… Ce­la dé­pend des mar­chés. Au Ja­pon, je sais que cer­taines chauf­fe­ries achètent les pneus broyés aux alen­tours de 70€/t. Mais on est en­core loin des 180€/t… En France, en de­hors des 13% de PUR et le re­cha­page, le pneu usa­gé non réuti­li­sable (PNUR) a une va­leur né­ga­tive et tous les ga­rages s’at­tendent à ce qu’on vienne les cher­cher le plus vite pos­sible. Il coû­te­ra plus cher au va­lo­ri­sa­teur d’or­ga­ni­ser la col­lecte et le broyage lui-même que de pas­ser par Alia­pur. Au Ma­roc, le pneu usa­gé est re­cher­ché par les Ham­mams pour faire chauf­fer l’eau, par les fours des po­tiers, etc. Mais le gou­ver­ne­ment ma­ro­cain veut lut­ter contre ces dé­rives, afin de pré­ser­ver l’en­vi­ron­ne­ment de la pol­lu­tion gé­né­rée par la fu­mée de pneus qui brûlent dans des fours non équi­pés de sys­tèmes de fil­tra­tion.

Que sa­vez-vous des ar­rê­tés re­la­tifs aux dé­chets de pneu­ma­tiques usa­gés qui doivent être pu­bliés au Jour­nal Of­fi­ciel cette an­née ? Qu’est ce qui doit chan­ger concer­nant la ré­par­ti­tion entre les modes de va­lo­ri­sa­tion ? Ils vont fixer à un maxi­mum de 50% le taux de la va­lo­ri­sa­tion éner­gé­tique. Pour Alia­pur, ce­la si­gni­fie qu’il faut ac­croître de près de 3% le taux de va­lo­ri­sa­tion ma­tière. Ce­la pour­rait être plus, car l’im­por­ta­tion crois­sante de pneus chi­nois en Eu­rope risque de ré­duire la part du re­cha­page. A ce titre, Alia­pur s’est rap­pro­ché du SNCP pour mettre en place une banque de don­nées col­lec­tive sur les car­casses PL.

La va­lo­ri­sa­tion n’ap­por­te­ra ja­mais suf­fi­sam­ment de re­cettes pour que l’éco­taxe dis­pa­raisse.

Ré­cem­ment, vous avez émis le doute que la va­lo­ri­sa­tion ma­tière, qui re­pré­sente près de 30% des vo­lumes, puisse avoir des dé­bou­chés pé­rennes… La va­lo­ri­sa­tion ma­tière peut se ré­su­mer à de la gra­nu­la­tion. Ce­la fait 20 ans que ce­la existe et 12 à 13 ans qu’alia­pur y a re­cours. Force est de consta­ter que la de­mande est tou­jours très faible, et qua­si­ment tou­jours la même. Le dé­par­te­ment R&D d’alia­pur a pous­sé de nom­breux pro­jets, comme les ter­rains de foot et les sols équestres syn­thé­tiques, une piste d’ath­lé­tisme, des pièces mou­lées pour l’au­to­mo­bile, etc. Mais au­cune so­cié­té n’a sou­hai­té dé­ve­lop­per d’ac­ti­vi­tés com­mer­ciales avec une ou plu­sieurs de ces so­lu­tions. Au­jourd’hui, Alia­pur tra­vaille sur le « rub­ber as­phalt », un re­vê­te­ment rou­tier qui in­cor­pore des gra­nu­lats de pneus dans les en­duits bi­tu­mi­neux. Cette in­no­va­tion pré­sente plu­sieurs avan­tages, et sur­tout ce­lui de ré­duire consi­dé­ra­ble­ment les bruits de rou­le­ment, de 2 à 4 db. C’est consi­dé­rable. La tech­no­lo­gie existe dé­jà en Es­pagne, en Ita­lie, beau­coup aux Etats-unis, mais pas en France. Le fait d’uti­li­ser une ma­tière is­sue du re­cy­clage est en­core mal per­çue. L’etat fran­çais lui-même a ten­dance à pri­vi­lé­gier la ma­tière vierge à la ma­tière re­cy­clée, alors qu’il fau­drait que la puis­sance pu­blique im­pose au contraire son uti­li­sa­tion, puis­qu’elle oblige les pro­duc­teurs à prendre en compte la fin de vie dans le cadre de la REP (Res­pon­sa­bi­li­té Elar­gie du Pro­duc­teur). Ce n’est pas le cas au­jourd’hui. De plus, le gra­nu­lat de pneu conserve un sta­tut de dé­chet, com­ment sé­duire un ache­teur dans ce cas ?

Vous dé­pen­sez entre un et un mil­lion et de­mi d’eu­ros par an pour me­ner des re­cherches sur les voies de va­lo­ri­sa­tion des pneu­ma­tiques. Com­ment leur don­ner de la per­ti­nence alors que les bud­gets R&D des ma­nu­fac­tu­riers sont sans com­mune me­sure ? Alia­pur a la pos­si­bi­li­té d’in­ves­tir jus­qu’à 5% de son CA mais son bud­get R&D n’a ja­mais at­teint ce ni­veau. Si un pro­jet de­vait le jus­ti­fier, je suis sûr que mon suc­ces­seur Her­vé Do­mas en pren­dra l’ini­tia­tive.

Her­vé Do­mas se­rait prêt à em­bau­cher une deuxième per­sonne pour ren­for­cer la R&D d’alia­pur... Her­vé Do­mas a de­vant lui un gros dos­sier. Sur la va­lo­ri­sa­tion ma­tière, nous tour­nons un peu en rond de­puis 4-5 ans. Si la so­lu­tion consiste à ren­for­cer le dé­par­te­ment R&D avec un in­gé­nieur, il faut le faire. Ce­la ne va pas chan­ger ra­di­ca­le­ment les coûts de struc­ture. Cette fi­lière est en­core jeune et ses pre­mières an­nées ont été consa­crées à sa mise en place et son or­ga­ni­sa­tion. La va­lo­ri­sa­tion ma­tière est un su­jet d’ac­tua­li­té, mais qui est en­core ré­cent. Je crois qu’alia­pur a suf­fi­sam­ment de re­cul pour en com­prendre ses li­mites et trou­ver des so­lu­tions pé­rennes pour de­main.

Si un grand ma­nu­fac­tu­rier de­vait trou­ver une voie de va­lo­ri­sa­tion in­édite pour les pneus usa­gés non réuti­li­sables, quelles se­raient les consé­quences pour la fi­lière ? Il de­vien­dra va­lo­ri­sa­teur et des pneus usa­gés lui se­ront li­vrés. C’est ima­gi­nable mais Alia­pur col­lecte chaque an­née près de 300 000 tonnes de pneus usa­gés. Il en reste 240 000 tonnes si on ex­clut les pneus de ré­em­plois et le re­cha­page. Je doute que les ma­nu­fac­tu­riers veuillent en ré­cu­pé­rer la moi­tié, car ce­la vou­drait dire que près de 50% du ca­ou­tchouc de leurs pneus neufs in­tègre de la ma­tière re­cy­clée. Cette so­lu­tion se­rait pour­tant idéale.

Dans les 314 000 tonnes col­lec­tées cette an­née fi­gurent des pneus de ré­em­ploi et des pneus PL qui sont des­ti­nés au re­cha­page. Mais Alia­pur ne touche rien des­sus… Le pneu usa­gé réuti­li­sable (PUR) est un pro­duit dont on re­tarde l’état de dé­chet. Ini­tia­le­ment, je pen­sais qu’il fal­lait or­ga­ni­ser la vente des pneus de ré­em­ploi à une ou plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions mais je me suis très vite aper­çu que les col­lec­teurs, qui s’ap­pe­laient avant des car­cas­siers, vi­vaient aus­si du né­goce de ces pneus d’oc­ca­sion. Alia­pur a donc dé­ci­dé de leur lais­ser la com­mer­cia­li­sa­tion et pro­cé­dé de la même fa­çon pour le re­cha­page des pneus PL. En re­vanche, un Cer­ti­fi­cat de Qua­li­fi­ca­tion Pro­fes­sion­nelle (CQP) a été créé pour s’as­su­rer que le tri s’ef­fec­tue­rait dans les règles de l’art, et que les pneus re­mis sur le mar­ché se­raient sans risque pour les usa­gers de la route. Le col­lec­teur conserve donc la pro­prié­té de la re­vente, il doit juste dé­cla­rer les vo­lumes concer­nés et trans­mettre les fac­tures as­so­ciées (sans le mon­tant). Alia­pur conserve donc une tra­ça­bi­li­té fi- nan­cière et la pos­si­bi­li­té de sa­voir où ces pneus sont en­voyés en­suite. Pour ces en­tre­prises, c’est une source de re­ve­nus. Evi­dem­ment, elles ne fac­turent pas à Alia­pur la col­lecte de ces pneus réuti­li­sables.

Com­ment vous as­su­rez-vous qu’il n’existe pas un mar­ché noir de ces PUR ? Le pneu de ré­em­ploi a ef­fec­ti­ve­ment de la va­leur et les ga­rages peuvent être ten­tés de ne rien dé­cla­rer. Mais avec le temps, Alia­pur com­mence à sa­voir ce qui se re­trouve dans les bennes des dis­tri­bu­teurs. Si le pour­cen­tage de PUR passe de 10% à 3% d’une an­née sur l’autre, une alerte est émise. Alia­pur a une vi­si­bi­li­té fine de l’ac­ti­vi­té pneu­ma­tique de chaque ga­rage dans sa base de don­nées. Pour chaque dé­par­te­ment, il est pos­sible d’af­fi­cher le taux moyen de PUR et une typologie de pneu­ma­tiques. Ce­lui d’un ga­rage est consi­dé­ré comme « anor­mal » s’il de­vient in­fé­rieur de 50% à ce taux moyen. En cas de va­ria­tions im­por­tantes d’une an­née sur l’autre, Alia­pur cherche à sa­voir pour­quoi. Mais le ga­rage peut aus­si avoir été vic­time d’un pillage de bennes. Dans tous les cas, ces don­nées sont ana­ly­sées men­suel­le­ment par des res­pon­sables de sec­teur et l’in­for­ma­tique fait re­mon­ter au­to­ma­ti­que­ment tous les écarts im­por­tants dans les dé­cla­ra­tions. Le seul moyen trou­vé par Alia­pur pour ra­me­ner les ga­rages à la rai­son en cas de tri­che­rie avé­ré, c’est de les me­na­cer de ne plus as­su­rer la col­lecte.

Où sont re­ven­dus les PUR ? Ils sont ma­jo­ri­tai­re­ment en­voyés en Afrique pour les pe­tites di­men­sions et en Eu­rope de l’est pour les plus grandes. De­puis 3 à 4 ans, un mar-

ché du pneu d’oc­ca­sion se dé­ve­loppe aus­si en France, ce qui est symp­to­ma­tique de la baisse du pou­voir d’achat. Plu­sieurs col­lec­teurs ont ins­tal­lé des sta­tions de mon­tage chez eux et c’est un com­merce qui se dé­ve­loppe bien.

Les ma­nu­fac­tu­riers sont tou­jours plus nom­breux à com­mer­cia­li­ser des pneus avec un re­vê­te­ment an­ti-cre­vai­son. Est-ce que cette ma­tière est re­cy­clable et peut-elle al­té­rer le pro­ces­sus de gra­nu­la­tion par exemple ? Avec les gels de col­ma­tage, vous tou­chez un su­jet ma­jeur pour la fi­lière des pneu­ma­tiques usa­gés. Les pla­te­formes qui tra­vaillent avec Alia­pur ont in­ter­cep­té 2 pneus de ma­nu­fac­tu­riers dif­fé­rents, qui ont po­sé un vrai pro­blème au mo­ment du broyage. Il a fal­lu dé­mon­ter le broyeur et ses deux ro­tors parce que ces gels créent une mé­lasse de gra­nu­lés. Des tests ul­té­rieurs ont été réa­li­sés et ils ont abou­ti au constat que ces pneus, en l’état, ne pou­vaient pas être broyés. Alia­pur a com­mu­ni­qué ces ré­sul­tats aux ma­nu­fac­tu­riers concer­nés, ain­si qu’à L’ETRMA. Mais 4 ans se sont écou­lés et il ne s’est rien pas­sé de­puis. L’autre pro­blème que ce­la im­plique, c’est qu’alia­pur ne connait pas la com­po­si­tion des gels qui sont em­ployés. Un des ma­nu­fac­tu­riers que nous avons in­ter­ro­gés sur le su­jet nous a ré­pon­du qu’il n’était pas dan­ge­reux pour la san­té hu­maine, mais qu’il ne fal­lait pas le mé­lan­ger à l’eau, évi­ter les contacts avec la peau, avec les yeux, etc. Alia­pur a un vrai de­voir d’alerte et une né­ces­saire prise en compte de ce pro­blème des gels col­ma­tant, si­non, le tra­vail ef­fec­tué de­puis plus de 10 ans va être re­mis en ques­tion. Un en­tre­tien il y a 3 mois avec JeanDo­mi­nique Se­nard, Pré­sident de Mi­che­lin, qui a bien vou­lu me re­ce­voir avant mon dé­part, a été l’oc­ca­sion d’évo­quer avec lui ce pro­blème. Il faut que les équipes de R&D des ma­nu­fac­tu­riers se dé­placent sur une pla­te­forme pour qu’elles com­prennent la fa­çon dont sont trai­tés les pneus en fin de vie, et qu’elles tiennent compte des contraintes.

Est-il pos­sible d’iden­ti­fier fa­ci­le­ment ceux qui ont adop­té cette tech­no­lo­gie ? Ce­la fait par­tie de nos re­com­man­da­tions aux ma­nu­fac­tu­riers. Mais la so­lu­tion d’un mar­quage n’est pas op­ti­male. Quelques 41 mil­lions de pneus sont col­lec­tés chaque an­née et il est dif­fi­ci­le­ment en­vi­sa­geable de re­gar­der les flancs de cha­cun d’eux. On pour­rait ima­gi­ner d’in­té­grer une puce ou un sys­tème RFID, mais il fau­dra alors ins­tal­ler un lec­teur sur tous les convoyeurs. Et ce­la im­pli­que­ra la né­ces­si­té d’ex­traire cette tech­no­lo­gie in­té­grée dans le pneu­ma­tique avant le broyage. L’opé­ra­teur de­vra alors sa­voir où se si­tue la puce dans le pneu­ma­tique et com­ment l’en­le­ver. Sur ce point, j’avoue que je n’ai pas réus­si à me faire en­tendre. Je suis même al­lé à L’ETRMA pour ex­po­ser mon pro­blème au groupe de tra­vail sur les pneus usa­gés, mais cette ac­tion n’a pas été sui­vie, comme je l’es­pé­rais, de la mise en place d’une com­mis­sion sur le su­jet. Il ne s’agit pas d’em­pê­cher les pneu­ma­tiques d’évo­luer, Alia­pur est bien conscient de la va­leur ajou­tée d’une so­lu­tion d’un pneu an­ti-cre­vai­son ou d’un pneu com­mu­ni­quant, qui in­té­gre­rait une puce dans sa gomme, ce qui po­se­rait le même pro­blème. Mais une concer­ta­tion en amont est né­ces­saire. Le prin­cipe de la REP sti­pule que le fait de fa­bri­quer un pro­duit n’exo­nère pas les pro­duc­teurs de prendre en compte sa fin de vie. Ils doivent sup­por­ter les consé­quences éco­no­miques de leur trai­te­ment. Cette res­pon­sa­bi­li­té doit les in­ci­ter à se tour­ner vers l’éco-concep­tion.

Est-ce que vous êtes tou­jours aus­si re­mon­té contre l’etat, après sa dé­ci­sion l’an­née der­nière de vous pla­cer sous agré­ment comme éco-or­ga­nisme en 2020 ? La loi est vo­tée. Il faut faire avec. Le pro­chain dé­cret et les ar­rê­tés qui se­ront pu­bliés cette an­née de­vraient être pra­ti­que­ment conformes à ce que se­ra l’agré­ment en 2020. La fi­lière fonc­tion­ne­ra donc nor­ma­le­ment comme au­jourd’hui. En re­vanche, de nou­velles contraintes vont ap­pa­raître. Il fau­dra pro­duire des rap­ports ré­gu­liers, ins­tau­rer des mé­thodes de col­lecte, ac­cueillir un cen­seur d’etat au Conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, mul­ti­plier les réunions, etc. L’etat et L’ADEME n’hé­si­te­ront pas à se ser­vir au pas­sage, 0,3% pour une com­mu­ni­ca­tion na­tio­nale des­ti­nées à in­for­mer le consom­ma­teur, 1% pour les études de R&D... Je crains que cet agré­ment ne crée une usine à gaz. J’ai consta­té éga­le­ment que l’etat n’ai­mait pas bais­ser les prix. On m’a d’ailleurs re­pro­ché de ré­duire ce­lui de l’éco-contri­bu­tion. Il pré­fère aug­men­ter ceux du timbre, du ti­cket de trans­port ou fi­nan­cer Eco­mouv à hau­teur de 700 mil­lions d’eu­ros et au fi­nal mettre des per­sonnes au chô­mage. Ce n’est pas ma phi­lo­so­phie. Lors­qu’une en­tre­prise a un pro­blème avec son ré­sul­tat, elle ne doit pas aug­men­ter ses prix, au contraire, elle doit cher­cher à ré­duire ses coûts. L’etat ne fait pas ce tra­vail.

Pour­quoi avoir choi­si une per­sonne qui n’est pas is­sue de la fi­lière pour vous suc­cé­der ? En tant que ma­na­ger, la vie m’a ap­pris que les va­leurs hu­maines im­por­taient plus que les va­leurs pro­fes­sion­nelles. De plus, l’em­ployé d’un ma­nu­fac­tu­rier en sait beau­coup sur les pneus mais peu sur leur fin de vie. Il fal­lait aus­si que mon suc­ces­seur soit ca­pable de com­prendre la psy­cho­lo­gie du monde de la col­lecte. Her­vé Do­mas est un homme d’écoute, de consen­sus, un ani­ma­teur, un chef d’or­chestre. Il a une connais­sance du monde de l’ad­mi­nis­tra­tion et des po­li­tiques.

Avez-vous des re­grets par rap­port à ce que vous avez ac­com­pli à la tête d’alia­pur ? Le Mi­nistre de l’en­vi­ron­ne­ment ma­ro­cain est ve­nu vi­si­ter les sites de trans­for­ma­tion et de col­lecte d’alia­pur en France, des dé­pu­tés de la Dou­ma se sont dé­pla­cés parce qu’ils ré­flé­chissent au su­jet, et aus­si une dé­lé­ga­tion sud-afri­caine. En 13 ans, seule Nel­ly Olin (ndlr : Mi­nistre de l’en­vi­ron­ne­ment sous la pré­si­dence de Jacques Chi­rac) est ve­nue nous rendre vi­site. Au­cun autre Mi­nistre de l’en­vi­ron­ne­ment fran­çais n’a fait le dé­pla­ce­ment sur un de nos sites, alors qu’alia­pur est consi­dé­ré comme un mo­dèle à l’échelle eu­ro­péenne.

Que dé­si­rez-vous ajou­ter avant de ti­rer votre ré­vé­rence ? Un grand mer­ci aux ma­nu­fac­tu­riers qui ont bien vou­lu m’ac­cor­der leur confiance pen­dant toutes ces an­nées, ain­si qu’aux col­lec­teurs et va­lo­ri­sa­teurs avec qui j’ai en­tre­te­nu des re­la­tions de confiance, et à qui je sou­haite le meilleur.

Je crains que cet agré­ment ne crée une usine à gaz.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.