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Pneumatique - - SOMMAIRE -

Né en 1926, Fran­çois Mi­che­lin était le pe­tit-fils d’édouard, qui a fon­dé l’en­tre­prise avec son frère An­dré. Dis­cret mais cha­leu­reux, ce ca­pi­taine d’in­dus­trie a ga­gné le res­pect de ses em­ployés et de ses pairs. Son dé­cès le 29 avril der­nier est l’oc­ca­sion de rap­pe­ler que sous sa di­rec­tion, Mi­che­lin a connu un dé­ve­lop­pe­ment sans pré­cé­dent.

L’en­fance de Fran­çois Mi­che­lin en dit long sur l’homme qu’il de­vint. A l’âge de 11 ans, il est dé­jà or­phe­lin. Son père Etienne dé­cède dans un ac­ci­dent d’avion en 1932, et sa mère Ma­de­leine Cal­lies cinq ans plus tard. Fran­çois Mi­che­lin est donc éle­vé à Cler­mont-fer­rand par sa grand-mère et par sa tante. Il gran­dit no­tam­ment avec son cou­sin Fran­çois Rol­lier, qui le re­join­dra en 1966 à la co-gé­rance du Groupe. Fran­çois Mi­che­lin a fait ses pre­miers pas dans l’en­tre­prise en 1951, sans ré­vé­ler ses ori­gines fa­mi­liales. C’est en­core un jeune homme de 25 ans, à peine di­plô­mé de la fa­cul­té des sciences de Pa­ris. Di­ri­gé par son oncle Ro­bert Pui­seux, gendre d’edouard, Mi­che­lin est dé­jà un groupe d’en­ver­gure : le 1er ma­nu­fac­tu­rier eu­ro­péen et le 10e mon­dial. C’est aus­si le pro­prié­taire de Ci­troën. Le pneu ra­dial, in­ven­té par Ma­rius Mi­gnol, est en pro­duc­tion de­puis 2 ans. Avec un nom d’em­prunt, Fran­çois Mi­che­lin va donc com­men­cer par pro­duire des pneus à l’usine, faire les 3x8, en­dos­ser le cos­tume de com­mer­cial et par­cou­rir les routes de France. En 1955, il est ap­pe­lé à la co-gé­rance de Mi­che­lin, aux cô­tés de son oncle. Quatre an­nées vont suivre pen­dant les­quelles, il va être ini­tié au pi­lo­tage du Groupe, avant d’en prendre la gé­rance, en 1959. Sous son règne, qui va du­rer 47 ans, le Groupe va connaître des an­nées d’ex­pan­sion et de­ve­nir le 1er ma­nu­fac­tu­rier mon­dial. S’ap­puyant sur les avan­tages concur­ren­tiels du pneu X ra­dial en ma­tière d’en­du­rance et d’adhé­rence, et afin de sa­tis­faire la de­mande, des usines vont être construites en France et à l’étran­ger. Les pneus Mi­che­lin partent à la conquête de l’amé­rique à par­tir des an­nées 60. Le Groupe choi­sit d’abord de s’im­plan­ter in­dus­triel­le­ment au Ca­na­da, à Pi­tou puis à Brid­ge­wa­ter. La pre­mière usine aux Etats-unis voit le jour à Green­ville (Ca­ro­line du Sud) en 1975. Mi­che­lin compte dé­jà quelques 100 000 em­ployés, dont la moi­tié à l’étran­ger, et près de 50 sites de pro­duc­tion dans le monde. Dans le même temps, la tech­no­lo­gie ra­diale va être per­fec­tion­née. Mi­che­lin va aus­si se dé­faire de Ci­troën, de­ve­nu un gouffre fi­nan­cier, et qui pas­sa dans le gi­ron de Peu­geot en 1974. Les deux chocs pé­tro­liers fra­gi­lisent le Groupe, qui doit se ré­soudre à ré­duire ses ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion en France en 1980. Fran­çois Mi­che­lin sur­passe cette épreuve et re­part à l’of­fen­sive. Il ra­chète d’abord Kle­ber en 1982 (10 000 em­ployés), puis 7 ans plus tard, pour les 100 ans du Groupe, il an­nonce l’ac­qui­si­tion pour 690 mil­lions de dol­lars de BF Goo­drich. Le pa­ri est osé car le ma­nu­fac­tu­rier amé­ri­cain af­fiche un pas­sif de de 810 mil­lions de dol­lars, se sou­vient Pa­trick Ver­gès, dans son ou­vrage « Mi­che­lin à la conquête de l’au­to­mo­bile ». Mais cette opé­ra­tion lui ouvre grandes les portes des construc­teurs au­to­mo­biles amé­ri­cains et le po­si­tionne au pre­mier rang des ma­nu­fac­tu­riers mon­diaux. Fran­çois Mi­che­lin par­tage alors le pou­voir avec Fran­çois Rol­lier, son frère de lait, et Re­né Zin­graff, ar­ri­vé en 1986. Il ap­pelle à ses cô­tés son fils Edouard en 1999, qui à 39 ans, de­vint le plus jeune pa­tron d’une en­tre­prise du CAC40 après que Fran­çois lui cède son poste le 17 mai 2002. Mais une ma­lé­dic­tion pèse sur la fa­mille Mi­che­lin, et ce­lui qui a per­du son père à l’âge de 6 ans, doit se ré­soudre à faire le deuil de son fils, Edouard, qui dé­cède en 2006 lors d’une par­tie de pêche. C’est Mi­chel Rol­lier, le fils de Fran­çois Rol­lier, qui est ap­pe­lé à le rem­pla­cer. Il se­ra d’ailleurs le der­nier membre de la fa­mille à as­su­rer la co-gé­rance du Groupe, avant de trans­mettre les clés du Groupe à l’ac­tuel Pré­sident, Jean-do­mi­nique Se­nard, en 2012. Ceux qui ont eu la chance de connaître Fran­çois Mi­che­lin louent sa sim­pli­ci­té, sa cha­leur, sa ca­pa­ci­té d’écoute, son hu­ma­nisme et sa culture du se­cret. Comme ses pré­dé­ces­seurs, il dé­tes­tait le gas­pillage, pré­fé­rait son usine aux sa­lons pa­ri­siens. De son temps, les em­ployés l’ap­pe­laient Mon­sieur Mi­che­lin. Tous se sou­viennent de sa maxime pré­fé­rée : « Qui est l’homme le plus im­por­tant de l’en­tre­prise ? C’est le client ! »

Qui est l’homme le plus im­por­tant de l’en­tre­prise ? C’est le client !

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