Por­trait

Pneumatique - - SOMMAIRE -

Ce presque qua­dra est dé­jà un vé­té­ran dans sa spé­cia­li­té. Son par­cours pro­fes­sion­nel l’a amené à tra­vailler pour 3 ré­seaux de né­go­ciants et leur mé­tier n’a plus de se­cret pour lui. A l’aise dans son cos­tume d’ani­ma­teur, il sa­voure sans stress cette vie no­made, en­ro­bée de pe­tites at­ten­tions et de conseils avi­sés.

En­tendre ne suf­fit pas, il faut sa­voir écou­ter, com­prendre der­rière les mots, les vrais be­soins. Cette qua­li­té hu­maine est pri­mor­diale dans l’exer­cice de son mé­tier. Tho­mas Raf­fe­neau la place tout en haut. Aux jeunes qui dé­marrent, il ex­plique que dans le ré­seau Point S, les di­rec­teurs de centre sont des in­dé­pen­dants et des chefs d’en­tre­prises, ac­tion­naires de l’en­seigne. Pas ques­tion de leur don­ner des le­çons, « les chan­ge­ments doivent in­ter­ve­nir pro­gres­si­ve­ment. Nous pou­vons juste les conseiller par rap­port à notre ex­pé­rience, ce que nous avons vu ou vé­cu » . Ces deux der- nières an­nées, il a for­mé 2 ani­ma­teurs res­pon­sables de ré­gion pen­dant une se­maine. Les fi­celles du mé­tier, il les par­tage vo­lon­tiers : bien connaître l’adhé­rent et son par­cours, ne rien im­po­ser, ne ja­mais mo­no­po­li­ser la pa­role d’en­trée, « car cer­tains le vivent comme une agres­sion » . Il conseille de ré­pondre sys­té­ma­ti­que­ment à toutes ses de­mandes, même si cer­taines ne semblent pas im­por­tantes aux pre­miers abords. Pour l’adhé­rent, elles ont du sens et elles ci­mentent sa confiance. Deux ans au moins sont né­ces­saires avant de maî­tri­ser son su­jet, s’im­pré­gner des pro­blé­ma­tiques liées aux achats, au com­merce, à la lo­gis­tique, aux tech­no­lo­gies au­to et aux sys­tèmes d’in­for­ma­tion, etc. « Il faut être in­col­lable en face de l’adhé­rent. C’est ra­re­ment le cas quand on com­mence » .

Le com­merce dans la peau

L’ani­ma­teur doit aus­si sa­voir dire « non ». C’est l’autre qua­li­té in­con­tour­nable, mise à l’épreuve le plus sou­vent en fin d’an­née, lorsque l’adhé­rent es­père tou­cher son bo­nus. Tous ne rem­plissent pas les condi­tions, et il ne faut pas cé­der, mal­gré les liens qui ont pu se tis­ser. En toutes cir­cons­tances, gar­der son calme est une règle à ne sur­tout pas trans­gres­ser. Pour lui, c’est fa­cile à dire. Il n’est pas dupe lorsque les adhé­rents se montrent de mau­vaise foi. De­puis 20 ans qu’il gra­vite dans le mé­tier, leurs pro­blèmes, il en a dé­jà ren­con­trés des si­mi­laires chez d’autres. Ce fils de ven­déens, qui a échap­pé au des­tin de no­taire, la pro­fes­sion de son père, est né à Poitiers. Il a com­men­cé à tra­vailler pour un né­go­ciant en pneu­ma­tiques, qua­si­ment à la sor­tie de son BTS Force de vente. Son pre­mier job est dé­cro­ché en 1995 à l’âge de 19 ans, grâce à une amie de son père, dont le ma­ri était marchand de pneus. Le cou­rant passe im­mé­dia­te­ment avec Jacques Thuilleur, pro­prié­taire de 3 points de vente Vul­co à Par­the­nay, Châ­tel­le­rault et Poitiers. Il le prend sous son aile, « à l’an­cienne ». « J’ai pas­sé un an à ac­com-

Il faut être in­col­lable en face de l’adhé­rent. C’est ra­re­ment le cas quand on com­mence.

plir des tâches ad­mi­nis­tra­tives, un an dans les stocks avec le ma­ga­si­nier pour « connaitre les pneus », et en­core un an à l’ac­cueil » . Au bout de cette pé­riode, il prend en charge l’ac­ti­vi­té pneus tou­risme des 3 centres, ce qui l’amène à faire un peu d’ani­ma­tion, comme au­jourd’hui mais à une moindre échelle. Il s’oc­cupe alors des achats, du com­merce, de la pros­pec­tion client. En 2002, Point S lui pro­pose son pre­mier poste d’ani­ma­teur ré­seau, une offre im­pos­sible à re­fu­ser. « A l’époque, nous n’étions que 2 à nous par­ta­ger la France en­tière » . Mais un di­vorce met à mal ses am­bi­tions, et il doit dé­ser­ter son poste 2 ans plus tard. Eu­ro­tyre le re­crute en lui pro­po­sant fort op­por­tu­né­ment un sec­teur moins vaste à cou­vrir. Une an­née s’écoule, qu’il qua­li­fie de « com­pli­quée » . Tho­mas Raf­fe­neau en garde un mau­vais sou­ve­nir. A la suite de cette ex­pé­rience, sa dé­cep­tion était telle qu’il a « pra­ti­que­ment dé­ci­dé d’ar­rê­ter de tra­vailler dans le pneu » . Son an­cien pa­tron, Jacques Thuilleur, le ra­mène dans le droit che­min. Il prend alors la di­rec­tion de l’agence de Châ­tel­le­rault en 2006, puis de­vient « son autre bras droit avec Eric, l’homme du PL » . Mais la vie est pleine de sur­prises. En 2012, l’en­tre­prise est cé­dée au groupe Ayme, qui lui pro­pose de prendre en charge une pla­te­forme lo­gis­tique tou­risme. La pers­pec­tive ne l’en­chante guère. Il a « le com­merce dans la peau ». Thier­ry Mar­mou­get, di­rec­teur de l’en­seigne Point S, lui pro­pose un poste d’ani­ma­teur ré­seau pour la ré­gion Centre, qu’il ac­cepte bien vo­lon­tiers. « Je suis re­ve­nu à mes pre­miers amours et j’ai re­pris la route » . Cette vie n’est pas sans sa­cri­fices. A 39 ans, l’homme a deux en­fants de femmes dif­fé­rentes, Noam un gar­çon de 4 ans, et Lise, 2 ans. Il vit main­te­nant avec une autre, mère d’un gar­çon de 9 ans. Comme en se­maine, il sillonne les 20 dé­par­te­ments qui com­posent la ré­gion Centre de Point S, dort à l’hô­tel, il ne lui reste que les week-ends pour gé­rer cette vie pri­vée dé­jà bien dé­cou­sue, quand il ne joue pas au foot avec son club... Même s’il se dé­fend d’un lien quel­conque entre ces rup­tures et ses ab­sences, la coïn­ci­dence s’avère trou­blante. Sa com­pagne ac­tuelle s’en ac­com­mo­de­rait. Les va­cances sont pas­sées à la mer, en mo­bile home à Royan ou La Ro­chelle : « ce n’est pas très loin de Poitiers et avec des en­fants en bas âge, c’est l’idéal » .

Dis­cours bien ro­dé

Son mé­tier, il l’aime tou­jours au­tant. Il s’at­tache tou­jours aux pe­tits ser­vices qu’il peut rendre à ses adhé­rents, « mais qui comptent beau­coup pour eux et vont nous per­mettre d’avan­cer plus vite par la suite » . Les centres di­ri­gés par des pa­trons les plus âgés sont ceux qui lui donnent le plus de fil à re­tordre. Ils ne com­prennent pas tou­jours qu’une po­li­tique ta­ri­faire cal­cu­lée en fonc­tion du BF ne suf­fit plus au­jourd’hui, il faut être ca­pable de l’ajus­ter par di­men­sion, si­non cer­taines se re­trouvent tout sim­ple­ment « en de­hors du mar­ché » . Ce pro­blème gé­né­ra­tion­nel n’est pas in­sur­mon­table. Il re­con­nait que ces 10 der­nières an­nées, le mé­tier de né­go­ciant spé­cia­liste en pneu­ma­tique a consi­dé­ra­ble­ment évo­lué : « ils ont deux fois plus de ré­fé­rence à gé­rer » . Le ni­veau tech­nique re­quis pour in­ter­ve­nir sur les vé­hi­cules a consi­dé­ra­ble­ment pro­gres­sé et il est presque im­pos­sible de tra­vailler à l’ate­lier sans une va­lise de diag­nos­tic. « Il y a 10 ans, on pou­vait en­core se dé­brouiller. Au­jourd’hui, ce n’est plus pos­sible de bi­douiller » . Ce dis­cours bien ro­dé lui per­met d’em­brayer sur l’in­té­rêt de suivre une for­ma­tion au moins une fois par an, d’an­ti­ci­per l’ar­ri­vée des vé­hi­cules hy­brides et élec­triques en pas­sant l’ha­bi­li­ta­tion B1, même si pour l’ins­tant, ils sont rares à ren­trer dans l’ate­lier. Les ou­ver­tures de centre sont au­jourd’hui son chal­lenge le plus dif­fi­cile à re­le­ver. Les nou­veaux adhé­rents, qui sortent d’une se­maine de for­ma­tion au siège lyon­nais de Point S sont sur­vol­tés. « Ils vou­draient pou­voir ou­vrir le len­de­main, alors qu’il leur fau­dra at­tendre 3 mois en moyenne » . Vu son ter­ri­toire, im­pos­sible de leur rendre vi­site plus d’une fois tous les 15 jours, mais ils peuvent lui té­lé­pho­ner dès qu’ils en res­sentent le be­soin. « C’est beau­coup de stress à gé­rer parce que 50% de la réus­site d’un ma­ga­sin dé­pend du suc­cès de cette ou­ver­ture » , sou­ligne Tho­mas Raf­fe­neau. L’adhé­rent est donc dans tous ses états pour que l’in­for­ma­tique fonc­tionne, que l’en­seigne soit po­sée, etc. L’ani­ma­teur ré­seau passe une jour­née en­tière avant le jour

Il y a 10 ans, on pou­vait en­core se dé­brouiller. Au­jourd’hui, ce n’est plus pos­sible de bi­douiller.

J et 2 à 3 jours en­suite à leurs cô­tés pour les épau­ler à leurs dé­buts. L’in­ves­tis­se­ment est consé­quent pour lui ; entre 10 et 15 ma­ga­sins sont ou­verts chaque an­née dans sa ré­gion et la pre­mière an­née, l’adhé­rent doit être ac­com­pa­gné plus que les autres. Le pro qu’il est ne l’ou­blie pas. A l’aise dans ses bottes au­jourd’hui, il se voit bien pas­ser les 10 pro­chaines an­nées chez Point S, ne convoite pas d’autre poste. Il ne res­sent pas non plus le be­soin d’ex­plo­rer un autre mé­tier. Doit-il s’in­quié­ter d’un pré­sent qui lui convient ? La ques­tion ne s’est pas po­sée.

De jan­vier à avril, Tho­mas Raf­fe­neau a par­cou­ru 33 000 km au vo­lant de sa Volks­wa­gen Golf Sport Van. Elle est évi­dem­ment équi­pée de pneus Sum­mer Star, de la marque Point S.

Avec un père no­taire et une mère au foyer, Tho­mas Raf­fe­neau n’avait pas de pré­dis­po­si­tion par­ti­cu­lière pour la main­te­nance au­to­mo­bile et en­core moins pour les pneu­ma­tiques.

Avec chaque adhé­rent, la re­la­tion et les pro­blé­ma­tiques sont dif­fé­rentes. Il faut sa­voir s’adap­ter.

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