En­quête

Pneumatique - - SOMMAIRE -

Pour les ex­perts du sec­teur au­to­mo­bile, chaque an­née, c’est le même im­pé­ra­tif : es­ti­mer au plus juste au prin­temps ce que se­ra la mé­téo de no­vembre pour gé­rer au mieux les stocks et réa­li­ser les com­mandes de pneus hi­ver. Faut-il se lais­ser al­ler à des pré­vi­sions ha­sar­deuses ? Com­ment être au plus près de la réa­li­té ? En­quête au­près d’ex­perts mé­téo­ro­lo­giques et des pro­fes­sion­nels du sec­teur.

L’hi­ver vient à peine de ter­mi­ner que dé­jà, c’est le grand cham­bar­de­ment au sein des di­rec­tions achats des dis­tri­bu­teurs. Tous doivent se rap­pro­cher des four­nis­seurs afin de lan­cer leurs com­mandes de pneus hi­ver : « nous com­men­çons les pré­com­mandes au mois d’avril. Les com­mandes dé­fi­ni­tives par­viennent à nos four­nis­seurs en juin » , ex­plique Alain Gal­lot, di­rec­teur Trade Mar­ke­ting chez First Stop. Pas ques­tion de se trom­per dans l’éla­bo­ra­tion de la com­mande. Car, pour un dis­tri­bu­teur, une er­reur peut avoir de lourdes ré­per­cus­sions sur son chiffre d’af­faires. Des vo­lumes im­por­tants com­man­dés en juin, risquent de gé­né­rer de nom­breux in­ven­dus dans les stocks en fin de sai­son. A l’in­verse, un pro­fes­sion­nel qui n’au­rait pas com­man­dé suf­fi­sam­ment de pneus risque de se re­trou­ver fort dé­pour­vu, une fois l’hi­ver ve­nu ! « Bien sûr, nous avons la pos­si­bi­li­té de faire des pe­tits ajus­te­ments en fai­sant par­ve­nir des pneus hi­ver de­puis les agences qui ont une faible de­mande vers celles qui se trouvent dans une si­tua­tion de pé­nu­rie. Pour au­tant, ces ajus­te­ments res­tent à la marge. Aus­si, notre tra­vail consiste à trou­ver dès le mois de juin un équi­libre sub­til entre de­mande et ges­tion des stocks » , ex­plique Alain Gal­lot.

Reste que, pour ce faire, im­pos­sible de s’ap­puyer sur les pré­vi­sions mé­téo­ro­lo­giques. Em­ma­nuel Bo­crie est pré­vi­sion­niste à Mé­téo France et chef de l’uni­té mé­dia. Ses conclu­sions sont for­melles : « im­pos­sible de pré­voir la mé­téo de fa­çon pré­cise au de­là de dix jours » . Et d’ex­pli­quer : « les pré­vi­sions mé­téo­ro­lo­giques sont ba­sées sur des mo­dèles nu­mé­riques. Notre fa­çon de pro­cé­der consiste à dé­cou­per l’at­mo­sphère puis à prendre des ob­ser­va­tions à un mo­ment don­né. Nous re­gar­dons en­suite de quelle fa­çon vont évo­luer les dif­fé­rents pa­ra­mètres au fil du temps. Pour au­tant, au bout d’un mo­ment, nous in­tro­dui­sons trop d’er­reurs et les cal­culs ne sont plus fiables. Plus on va loin dans le temps et moins on de­vient pré­cis » . A moyen terme, les mé­téo­ro­lo­gistes sont à même de don­ner des orien­ta­tions « cli­mat » à trois mois ( Cf. en­ca­dré). En France nom­breux ma­nu­fac­tu­riers font ap­pel à Mé­téo France pour ob­te­nir des don­nées. « Des en­tre­prises telles QU’EDF, par exemple, sous­crivent à nos bases de don­nées. Pour elles, c’est fon­da­men­tal d’avoir des élé­ments tan­gibles sur les­quels s’ap­puyer afin de pou­voir an­ti­ci­per les pro­duc­tions d’éner­gie à ve­nir. Même chose pour d’autres in­dus­tries. Par exemple, un pro­duc­teur de crème gla­cée ou de bières doit prendre en compte le cli­mat dans ses pré­vi­sions d’ac­ti­vi­té. C’est ain­si que Mé­téo France à de nom­breux clients grands comptes qui com­posent avec les bases de don­nées » , ex­plique un ex­pert Mé­téo France.

Don­nées heb­do­ma­daires

Pour au­tant, Mé­téo France ne compte pas par­mi ses clients de pro­fes­sion­nels du pneu. « Le pas­sage des com­mandes hi­ver est lan­cé en mai par Point S France au­près de ses adhé­rents. Les com­mandes par marque sont en­re­gis­trées de fa­çon élec­tro­nique avec la pro­gram­ma­tion des ca­dences de li­vrai­son pour un en­voi qua­li­fié à chaque par­te­naire en fonc­tion des pour­cen­tages de montes ré­par­ties sur les mois d’hi­ver. N’ayant pas de pré­vi­sions mé­téos sai­son­nières fiables à cette pé­riode de l’an­née (mai-juin) nous ne pou­vons-nous y fier pour pa­ra­mé­trer les éven­tuels à coups cli­ma­tiques de l’hi­ver à ve­nir » , ex­plique Pas­cal Gra­das­si, di­rec­teur com­mer­cial chez Point S. Reste que, cer­tains, à l’ins­tar de First Stop, ont op­té pour l’achat de don­nées heb­do­ma­daires : « nous sommes abon­nés au site Mé­téo Consult qui nous four­nit des don­nées mé­téo­ro­lo­giques deux fois par se­maine. Ce­la nous per­met de com­mu­ni­quer au­près de nos agences dès qu’une alerte neige est lan­cée dans une lo­ca­li­sa­tion don­née. Ain- si, elles sont pré­ve­nues en amont et peuvent faire ap­pel à des bras sup­plé­men­taires pour la pause et la vente de pneus neige » ex­plique Alain Gal­lot. Pour es­ti­mer leurs be­soins en pneus six mois avant l’hi­ver, les ma­nu­fac­tu­riers se basent prin­ci­pa­le­ment sur deux élé­ments in­dé­pen­dants des condi­tions cli­ma­tiques : les ventes réa­li­sées au cours des deux der­niers hi­vers et l’ar­ri­vée de nou­veaux mo­dèles. « Pour étu­dier leurs ap­pro­vi­sionne-

ments, les adhé­rents ana­lysent les ventes des deux der­nières an­nées afin de lis­ser l’ef­fet mé­téo d’une an­née sur l’autre. Ils étu­dient aus­si l’évo­lu­tion des ventes de chaque di­men­sion et prennent en compte éga­le­ment les nou­velles di­men­sions ar­ri­vées en pre­mière monte sur le mar­ché au cours de l’an­née sus­cep­tibles de sus­ci­ter une monte pour le pre­mier hi­ver », dé­taille Pas­cal Gra­das­si. Reste à prendre un compte un pa­ra­mètre psy­cho­lo­gique, pas tou­jours fa­cile à iden­ti­fier : « Nous consta­tons que les par­ti­cu­liers s’équipent da­van­tage lors­qu’ils ont connu un hi­ver pré­cé­dent ri­gou­reux. En ce sens, je suis confiant pour les achats de 2016 ! Pour au­tant, il suf­fit qu’un hi­ver soir doux pour que les au­to­mo­bi­listes se re­lâchent » , conclut Alain Gal­lot di­rec­teur Trade Mar­ke­ting chez First Stop.

Alain Gal­lot, di­rec­teur Trade Mar­ke­ting de First Stop.

Em­ma­nuel Bo­crie, pré­vi­sion­niste à Mé­téo France et chef de l’uni­té mé­dia.

Pas­cal Gra­das­si, di­rec­teur com­mer­cial de Point S.

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