Pro­ces­sing : le mar­ché du trai­te­ment des flux cartes en pleine mu­ta­tion

Point Banque - - SOMMAIRE - JO CO­HEN

Taille cri­tique et course aux vo­lumes ne sont pas les seuls dé­fis qui at­tendent les ac­teurs fran­çais du pro­ces­sing des cartes ban­caires. La glo­ba­li­sa­tion du mar­ché, au moins au ni­veau de l’eu­rope, et la né­ces­si­té d’in­no­ver, obligent à chan­ger de pers­pec­tive.

Es­sen­tiel­le­ment com­po­sé de grands ac­teurs fran­co-fran­çais à l’ins­tar du Cré­dit Agri­cole Cards & Pay­ments (CACP), le pay­sage fran­çais du pro­ces­sing des cartes ban­caires est en pleine mu­ta­tion. A dé­faut d’être mon­dial, ce mar­ché de­vient eu­ro­péen avec des lea­ders comme le bri­tan­nique World­pay ou les amé­ri­cains First Da­ta ou Glo­bal Pay­ments, for­te­ment pré­sents sur le Vieux Conti­nent. En marge d’ac­teurs de niche tels Ly­ra Net­works, on ne compte pas moins d’une di­zaine d’ac­teurs ma­jeurs dans cette in­dus­trie en Eu­rope. « Sous l’ef­fet conju­gué et cor­ré­lé des nou­velles tech­no­lo­gies, des nou­veaux ac­teurs et des nou­velles ré­gu­la­tions, la po­si­tion des banques et leurs bu­si­ness mo­dels sont re­mis en cause », es­time à ce su­jet Jean-charles Ri­co­mi­ni, en charge des so­lu­tions Pay­ments & Cards chez So­pra Ban­king Soft­ware, édi­teur dans la four­ni­ture de so­lu­tions pour le sec­teur des paie­ments. Pré­ci­sons que les ac­teurs fran­çais de ce sec­teur - ceux ados­sés à des banques comme ceux qui ne le sont pas, ce qui est le cas d’atos World­line - sont en­ga­gés dans une course ef­fré­née sur plu­sieurs fronts à la fois. « La course à la taille, la course à la baisse des coûts, la course à l’in­ter­na­tio­nal sans ou­blier la course à l’in­no­va­tion sont les quatre dé­fis qu’ils doivent re­le­ver en 2015 », es­time An­ge­lo Ca­ci, consul­tant in­dé­pen­dant, spé­cia­liste mo­né­tique et paie­ments in­no­vants. A quelques nuances près,

De­puis l’en­trée en vi­gueur du SEPA, toutes les banques sont conscientes que cette lan­ci­nante ques­tion des vo­lumes – et celle de la taille cri­tique qui en dé­coule – reste la clé de leur ave­nir sur un mar­ché en pleine mu­ta­tion

cet avis est lar­ge­ment par­ta­gé. Ain­si, Car­lo Bo­ve­ro, res­pon­sable mo­né­tique du groupe BNP Pa­ri­bas, rap­pe­lait lors du re­nou­vel­le­ment du par­te­na­riat avec Na­tixis sur la plate-forme Par­te­cis dé­but 2015 « que le paie­ment était avant tout un en­jeu de vo­lume ». Com­ment aug­men­ter les vo­lumes ? Là est la ques­tion. « CACP a cher­ché à s’al­lier. Le rap­pro­che­ment en­vi­sa­gé avec BNP Pa­ri­bas n’a pas abou­ti, car trop dés­équi­li­bré », rap­pelle Her­vé Si­truk, di­rec­teur du ca­bi­net Man­sit. En quête d’un par­te­naire eu­ro­péen après l’échec d’une so­lu­tion fran­co-fran­çaise, CACP a en­ta­mé des dis­cus­sions avec l’ac­teur fran­co-hol­lan­dais Equens. Ce rap­pro­che­ment n’a pas abou­ti non plus. Ré­sul­tat : CACP conti­nue de faire ca­va­lier seul mal­gré les pres­sions de ce mar­ché. Ber­nard Noël, di­rec­teur gé­né­ral de CACP, est conscient que « le mar­ché des paie­ments est eu­ro­péen, in­dus­triel et ou­vert ». En clair, la ré­gle­men­ta­tion eu­ro­péenne prend le pas sur les ré­gle­men­ta­tions na­tio­nales. En outre, le mar­ché ap­pe­lé à de­ve­nir glo­bal. Pour l’heure, CACP n’a d’autre is­sue que d’ac­cueillir les flux d’autres banques ain­si que de grands re­met­tants.

DES USINES MONÉTIQUES QU’IL FAUT REN­TA­BI­LI­SER

De­puis l’en­trée en vi­gueur du SEPA, toutes les banques sont conscientes que cette lan­ci­nante ques­tion des vo­lumes - et celle de la taille cri­tique qui en dé­coule - reste la clé de leur ave­nir sur un mar­ché en pleine mu­ta­tion. Elle oblige les ac­teurs à sé­pa­rer les offres stan­dards sur les­quelles le coût se­ra dé­ter­mi­nant des offres de ser­vices no­va­teurs. Seules ces offres les ai­de­ront à se po­si­tion­ner face à la concur­rence et à dé­ga­ger des marges. De gros in­ves­tis­se­ments ont été consen­tis dès 2004 afin de mettre en place des usines dé­diées aux paie­ments par cartes trai­tant toutes les fa­cettes du mé­tier. « Les deux ob­jec­tifs de ces usines sont de di­mi­nuer le coût des tran­sac­tion grâce aux vo­lumes et de dé­ve­lop­per la va­leur ajou­tée par l’in­no­va­tion et le ser­vice client », pré­cise Her­vé Si­truk. La mise en oeuvre de ce double ob­jec­tif passe par l’usage de pro­gi­ciels du mar­ché afin de di­mi­nuer au maxi­mum les coûts et par des dé­ve­lop­pe­ments plus spé­ci­fiques pour tout ce qui touche à la dis­tri­bu­tion des ser­vices, ter­rain sur le­quel les banques sont en concur­rence. Pro­duc­tion et dis­tri­bu­tion res­tent donc sé­pa­rées au ni­veau des usines afin de pou­voir per­son­na­li­ser la re­la­tion de la banque cliente avec son client. Cer­tains ob­ser­va­teurs font re­mar­quer que cer­taines usines de mo­né­tique fran­çaises doivent en­core sta­bi­li­ser de pre­mières in­fra­struc­tures, qui ont dé­jà cou­té cher, alors que cer­tains lo­gi­ciels écrit sous PAC Base doivent être aban­don­nés pour cause d’ob­so­les­cence, au même titre que cer­tains ser­veurs IBM de­ve­nus trop oné­reux en frais de main­te­nance. Pour sa part, CACP a in­ves­ti 250 M€ afin de dis­po­ser d’une pla­te­forme à l’état de l’art. Elle in­tègre le pro­gi­ciel Base 24 D’ACI en front of­fice, le fra­me­work de Clear To Pay pour cer­taines opé­ra­tions de back of­fice ain­si que des dé­ve­lop­pe­ments spé­ci­fiques. Pré­ci­sons que CACP sous traite l’es­sen­tiel de ses opé­ra­tions de back of­fice ac­qué­reur à HPS au Ma­roc. Sur un plan plus gé­né­ral, les pro­jets d’usines monétiques sont très avan­cés en France. Les usines de Tran­sac­tis, joint ven­ture de La Banque Pos­tale et de la So­cié­té Gé­né­rale, et de CACP sont en cours de fi­na­li­sa­tion. Leur prin­ci­pal sou­ci au­jourd’hui est de trou­ver de nou­veaux clients afin d’ac­croître les vo­lumes. Les flux de la So­cié­té Gé­né­rale et de sa fi­liale Cré­dit du Nord sont trai­tés par Tran­sac­tis. Ceux de Bour­so­ra­ma ne le sont pas en­core, pas plus que ceux des fi­liales in­ter­na­tio­nales de la banque. Avec les flux de La Banque Pos­tale, Tran­sac­tis traite ac­tuel­le­ment un peu plus de deux mil­liards de tran­sac­tions par an, loin der­rière CACP qui pas­sé le cap des neuf mil­liards de tran­sac­tions, soit en­vi­ron 30 % du mar­ché fran­çais. Tou­jours po­ten­tielles, les am­bi­tions eu­ro­péennes de CACP sont néan­moins clai­re­ment af­fi­chées. Le pres­ta­taire to­ta­lise les flux de 50 ins­ti­tu­tions fi­nan­cières (les Caisses Ré­gio­nales du Cré­dit Agri­cole, HBSC France, LCL, etc.) sur une plate-forme qui gère 18 mil­lions de clients por­teurs de cartes et plus de 350 000 mar­chands. «Notre ob­jec­tif est de mettre en place une plate-forme ca­pable de trai­ter 15 mil­liards de tran­sac­tions dans les cinq pro­chaines an­nées…» confiait ré­cem­ment Thi­baut Faure, Bu­si­ness De­ve­lop­ment Ma­na­ger de CACP à l’oc­ca­sion du Fo­rum in­ter­na­tio­nal POWERCARD Users Mee­ting qui s’est te­nu en mai der­nier à Mar­ra­kech. Chez Na­tixis Pay­ment So­lu­tions, par­te­naire de BNP Pa­ri­bas dans l’édi­teur Par­te­cis, la mis­sion confiée à Ca­the­rine Four­nier, di­rec­trice gé­né­rale de­puis oc­tobre der­nier est d’élar­gir les ac­ti­vi­tés de pro­ces­sing à l’ex­té­rieur du groupe. Les deux groupes ban­caires visent à terme cinq mil­liards de tran­sac­tions par an et 26 mil­lions de cartes ban­caires sous ges­tion.

DES NOU­VELLES AL­LIANCES SONT NÉ­CES­SAIRES

Seul ac­teur in­dé­pen­dant du monde ban­caire, Atos World­line pro­pose des ser­vices d’émis­sion, d’ac­qui­si­tion, de TPE, des so­lu­tions de paie­ment et de trai­te­ment de cartes. Alors que les ac­teurs is­sus du monde ban­caire sont au coeur du ’pro­ces­sing’ des cartes, Atos World­line se po­si­tionne en amont des tran­sac­tions, sur l’ac­cep­ta­tion et l’ac­qui­si­tion. Plus tour­née

vers l’in­ter­na­tio­nal où elle réa­lise 65 % de son ac­ti­vi­té grâce à une pré­sence dans 17 pays, la fi­liale d’atos af­firme être « lea­der des ser­vices end to end pour les tran­sac­tions élec­tro­niques sen­sibles » sur un mar­ché frag­men­té mais qui se glo­ba­lise. Cette ten­dance oblige à mu­tua­li­ser les res­sources et re­pen­ser les bu­si­ness mo­dèles, no­tam­ment dans l’ac­cep­ta­tion, l’ac­qui­si­tion et l’émis­sion. Ba­sée à Se­clin dans le Nord, la plate-forme Atos World­line se com­pose de mo­dules in­dé­pen­dants re­grou­pés en fonc­tion des ca­rac­té­ris­tiques re­quises par le type de carte : carte pré­payée, carte ca­deau, carte d’en­tre­prise, carte af­faires, carte de re­mise, etc. Pour Her­vé Si­truk, quatre struc­tures do­minent le mar­ché fran­çais dans le pro­ces­sing des cartes : CACP avec un tiers du mar­ché, le tan­dem BNP Pa­ri­bas et BPCE, as­so­ciés dans l’édi­teur Par­te­cis, avec éga­le­ment un tiers du mar­ché et en­fin le groupe Cré­dit Mu­tuel-cic et Tran­sac­tis avec res­pec­ti­ve­ment 20 % cha­cun. « Atos World­line est po­si­tion­né sur des niches, Ar­kéa sous traite à Mo­next alors que Cré­dit Mu­tuel-cic conso­lide ses flux avec une stra­té­gie eu­ro­péenne », ex­plique l’in­té­res­sé pour

Bien qu’elle en­gendre des coûts im­por­tants, l’in­no­va­tion est res­sen­tie par tous comme in­dis­pen­sable à la sur­vie de l’in­dus­trie du pro­ces­sing en ap­por­tant des so­lu­tions nou­velles tant au ni­veau de l’émis­sion, de l’au­to­ri­sa­tion que de l’ac­qui­si­tion

jus­ti­fier sa vi­sion du pay­sage. La ques­tion qui se pose est simple : Y a-t-il trop d’ac­teurs en France sur ce mé­tier ? « Dans ce contexte de concur­rence gé­né­ra­li­sée, de nou­velles al­liances sont né­ces­saires » es­time An­ge­lo Ca­ci.

Dans cette course aux vo­lumes, la concur­rence entre ac­teurs fran­çais de­vient d’au­tant plus en plus vive que de nou­veaux ac­teurs pro­fitent de la di­rec­tive DSP2 pour en­trer sur ce mar­ché. Le risque ? Il est évident. Concur­rence et di­mi­nu­tion des com­mis­sions d’in­ter­change suite aux nou­velles ré­gle­men­ta­tions vont ré­duire les re­ve­nus di­rects liés aux paie­ments, le paie­ment par lui-même de­ve­nant une simple com­mo­di­té dont le coût peut être su­pé­rieur au re­ve­nu. « Si elles ne font rien, les banques pour­raient se re­trou­ver confi­nées aux opé­ra­tions de rè­gle­ment des paie­ments, et per­draient du même coup les re­ve­nus pé­ri­phé­riques et la maî­trise de la re­la­tion client », ex­plique Ber­nard Ra­mé, di­rec­teur de la Bu­si­ness Line Pay­ments & Cards chez So­pra Ban­king Soft­ware. Les géants de l’in­ter­net, Google, Ama­zon, Fa­ce­book et Apple ont com­pris en ef­fet qu’en contrô­lant le paie­ment, même s’il n’est pas ren­table, ils maî­tri­saient la re­la­tion client et pou­vaient ain­si pro­po­ser toutes sortes de ser­vices payants, pas né­ces­sai­re­ment liés au paie­ment. L’ar­ri­vée d’apple Pay qui fait ses pre­miers pas au Royaume Uni cet été sous l’om­brelle de Vi­sa sus­cite une in­quié­tude cer­taine dans les banques. Les dés ne sont pas je­tés pour au­tant. Car­lo Bo­ve­ro an­ti­cipe à moyen terme « une con­ver­gence vers des sys­tèmes de paie­ment eu­ro­péens in­ter­opé­rables ». Se­ra-telle suf­fi­sante ? L’ave­nir di­ra si les in­cer­ti­tudes qui pèsent sur les ac­teurs fran­çais se dis­si­pe­ront. Les ques­tions pré­do­minent pour le mo­ment. CACP res­te­ra-t-il seul ? Ar­kéa lâ­che­ra-t-il Mo­next ? etc. En at­ten­dant, « les banques fran­çaises de­vraient pour­suivre l’in­dus­tria­li­sa­tion du pro­ces­sing pour di­mi­nuer les coûts et in­ven­ter de nou­veaux ser­vices au­tour de la carte et de sa dé­ma­té­ria­li­sa­tion », es­time Ber­nard Ra­mé. Reste que l’ave­nir de la carte face à l’ir­ré­sis­tible as­cen­sion du mo­bile doit être in­té­gré dans les ré­flexions tou­chant aux fu­turs in­ves­tis­se­ments dans les usines de paie­ments. Si la baisse des com­mis­sions d’in­ter­change si­gni­fie une baisse des re­ve­nus pour tous les ac­teurs, elle joue tou­te­fois en fa­veur de la carte en tant qu’ins­tru­ment de paie­ment « éco­no­mique », au mo­ment où les ins­tances de ré­gu­la­tion eu­ro­péennes en­cou­ragent le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux moyens de paie­ments afin d’évi­ter toute po­si­tion mo­no­po­lis­tique es­time en sub­stance Ber­nard Ra­mé. Ain­si, en obli­geant les banques à ou­vrir à des tiers l’ac­cès aux comptes afin d’ini­tia­li­ser des paie­ments, la di­rec­tive DSP2 fa­vo­rise de fait le dé­ve­lop­pe­ment du vi­re­ment et du pré­lè­ve­ment. Par ailleurs, l’eu­ro­pean Re­tail Pay­ment Board en­cou­rage la créa­tion de schemes de paie­ment ins­tan­ta­né eu­ro­péen ba­sés sur le vi­re­ment SEPA. Dans ce contexte, pour­suit Ber­nard Ra­mé, les banques doivent évi­ter de mettre en place un sys­tème étanche où elles et les émet­teurs contrô­le­raient l’in­dus­trie de la carte et où les nou­veaux ac­teurs dé­ve­lop­pe­raient des sys­tèmes concur­rents.

IN­NO­VA­TION, BOUÉE DE SAU­VE­TAGE OU MAL NÉ­CES­SAIRE?

Bien qu’elle en­gendre des coûts im­por­tants, l’in­no­va­tion est res­sen­tie par tous comme in­dis­pen­sable à la sur­vie de l’in­dus­trie du pro­ces­sing en ap­por­tant des so­lu­tions nou­velles tant au ni­veau de l’émis­sion, de l’au­to­ri­sa­tion que l’ac­qui­si­tion. « Les pre­miers fruits des usines monétiques com­mencent à fleu­rir alors que l’on voit ap­pa­raître de pre­miers ser­vices in­no­vants comme la carte ban­caire à code vir­tuel dy­na­mique » es­time Jean-charles Ri­co­mi­ni. Dé­ve­lop­pée par Ober­thur Tech­no­lo­gies, cette carte est en test dans le ré­seau du groupe BPCE et le se­ra d’ici peu chez CACP. L’in­no­va­tion ne s’ar­rête pas là : les cartes sans contact, les cartes à af­fi­chage di­gi­tal, les wal­lets et les paie­ments mo­biles sont dé­jà là, at­ten­dant leur tour. Elles pro­posent éga­le­ment des ser­vices de ges­tion à dis­tance de la carte par le client. En un mot, elles mettent les pieds dans les star­ting blocks car, pour le mo­ment, la de­mande n’est pas en­core tout à fait mûre. Elles éva­luent l’ajout de fonc­tion­na­li­tés fa­vo­ri­sant l’ex­pé­rience de leurs clients en termes de paie­ment, une étape ma­jeure dans l’évo­lu­tion de leurs usines. A ce su­jet, plu­sieurs banques eu­ro­péennes en Es­pagne, Ita­lie, Royaume Uni et Be­ne­lux éva­luent des so­lu­tions de wal­let sur la base de pro­gi­ciels So­pra Ban­king Soft­ware.

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