Ju­lie de Bona

Point de Vue - - Culture - Pro­pos re­cueillis par Pauline Som­me­let

Après le suc­cès mé­ri­té d’ƒnorme!, la pièce de l’Amé­ri­cain Neil LaBute pour la­quelle elle était à l’af­fiche du Théâtre de Pa­ris, la pé­tillante co­mé­dienne fait les beaux jours du Se­cret d’ƒlise*, la nou­velle sé­rie de TF1, dans une am­biance os­cil­lant entre thril­ler et film fan­tas­tique.

Le théâtre a été ma pre­mière école. Je viens à la fois du Conser­va­toire et du ca­fé-théâtre, et cette double ori­gine m’a en­sei­gné à la fois la maî­trise des textes et le rap­port di­rect au pu­blic. J’ai eu la chance de me for­mer pe­tit à pe­tit avec des poin­tures, no­tam­ment Gé­rard Ju­gnot dans ƒtat cri­tique, ins­pi­ré de la vie de Sainte-Beuve, mais aus­si Mi­chel Bou­quet dans Le Ma­lade Ima­gi­naire. Face à un tel co­mé­dien, on se tait et on écoute avec l’es­poir de re­cueillir quelques miettes de son ta­lent ! Je me suis sen­tie por­tée par son jeu, et presque plus lé­gi­time grâce à ses conseils pleins de gen­tillesse. Au théâtre du pe­tit Mont­par­nasse, j’ai hâte d’al­ler ap­plau­dir Les Cha­touilles, un spec­tacle de la co­mé­dienne An­dréa Bes­cond. À tra­vers un tra­vail sur la danse et le corps, elle évoque le thème de l’in­ceste sans que ce­la ne soit glauque ou dé­pla­cé. Toutes les per­sonnes qui m’en ont par­lé en sont res­sor­ties bou­le­ver­sées. Elle a été pri­mée à Avi­gnon en 2014, mais je n’avais pas pu al­ler la voir alors que je suis une fi­dèle de ce fes­ti­val où j’ai dé­bu­té en 2000. Il y règne une ému­la­tion et une éner­gie qui re­pré­sentent le coeur de notre mé­tier. L’an der­nier, j’y ai dé­cou­vert par ha­sard le tra­vail ma­gni­fique qu’avait réa­li­sé Em­ma­nuel No­blet à par­tir du ro­man de May­lis de Ke­ran­gal, Ré­pa­rer les vi­vants. Dans un cloître an­cien illu­mi­né par des pro­jec­tions vi­déo de corps hu­mains, il avait ima­gi­né une su­blime et sobre mise en scène. J’ai ado­ré le livre autobiogra­phique de Gé­rard De­par­dieu. Je ne connais­sais pas son par­cours. J’ai ap­pris avec éton­ne­ment qu’il ve­nait d’un mi­lieu très po­pu­laire, que sa mère ne vou­lait pas qu’il naisse. Jusque très tard, il n’a pas par­lé. C’est grâce à son oreille mu­si­cale qu’il a réus­si à ap­pri­voi­ser les mots, d’abord en écou­tant du jazz, puis en se fiant à la mu­sique des textes de théâtre. Son his­toire est vrai­ment poi­gnante. Je suis aus­si en train de lire l’ou­vrage d’une femme d’ins­truc­tion qui ra­conte le quo­ti­dien dans les pri­sons de femmes, mais ce­la, c’est pour pré­pa­rer un fu­tur rôle ! Je re­com­mande chau­de­ment La Vache, un film du réa­li­sa­teur Mo­ha­med Ha­mi­di qui

sort cette se­maine ! J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce réa­li­sa­teur avec le­quel j’ai tra­vaillé sur Né quelque part. Son nou­veau long­mé­trage, d’une fraî­cheur in­croyable, ra­conte les aven­tures d’un Al­gé­rien fan de la France qui rêve que sa vache Jac­que­line soit sé­lec­tion­née pour le Sa­lon de l’agricultur­e. C’est un per­son­nage naïf et ul­tra-at­ta­chant ser­vi par un pro­pos très in­tel­li­gent. J’es­père vrai­ment qu’il va ren­con­trer le pu­blic. À part La Vie est belle de Ca­pra, que je re­vois ré­gu­liè­re­ment et qui me fait pleu­rer à chaque fois, je suis at­ti­rée par des uni­vers ci­né­ma­to­gra­phiques as­sez va­riés, de­puis Ma­gno­lia jus­qu’à Sur la route de Ma­di­son en pas­sant par La Fille sur le pont. De pe­tits mo­ments de vie ra­con­tés sur grand écran ont le pou­voir de nous éle­ver l’âme et de ré­vé­ler des pans de notre hu­ma­ni­té. C’est ce­la que je cherche. J’ai beau­coup ai­mé Mon roi, de Maï­wenn. Je suis fière de cette nou­velle gé­né­ra­tion de réa­li­sa­trices comme Ka­tell Quillé­vé­ré ou Noé­mie Lvovs­ky. J’ai l’im­pres­sion que les femmes par­viennent à ame­ner une forme de lé­gè­re­té et d’humour dans des su­jets dra­ma­tiques. Le ré­sul­tat est sou­vent drôle et sur­pre­nant. La mu­sique est pri­mor­diale dans ma vie. Je m’en sers même pour pré­pa­rer des rôles. Je me concocte une pe­tite liste de lec­ture qui me per­met de me glis­ser dans l’état d’es­prit émo­tion­nel de mon per­son­nage. En ce mo­ment, je re­dé­couvre le plai­sir de mes vieux CD, Louise At­taque ou en­core Va­nes­sa Pa­ra­dis que j’ad­mire beau­coup. Elle sait se réin­ven­ter à tra­vers les ar­tistes avec les­quels elle tra­vaille. Plus an­cien en­core, il y a les vi­nyles de mes pa­rents, Hal­ly­day ou Gold­man. Et là, ins­tan­ta­né­ment, les sou­ve­nirs d’en­fance re­sur­gissent. C’est fou comme la mu­sique a ce pou­voir de res­sus­ci­ter des émo­tions que l’on croyait dis­pa­rues. Ma soeur Olivia, qui est illus­tra­trice, m’alerte sur les bonnes ex­pos du mo­ment. Elle m’a en­traî­née voir Hey!, à la Halle SaintPierr­e, sur l’art brut, un vrai coup de coeur. On di­rait un peu une cour des Mi­racles ar­tis­tique, avec des oeuvres aux confins de la sculp­ture, des arts plas­tiques et de bien d’autres ex­pé­riences. C’est à la fois tou­chant et dé­ran­geant, par­fois dé­sta­bi­li­sant. On n’en sort pas in­demne. Là en­core, ces oeuvres nous dé­voilent quelque chose de l’âme hu­maine. * Le lun­di à 20 h 55 sur TF1.

« Des mo­ments de vie ra­con­tés sur grand écran ont le pou­voir de nous éle­ver l’âme. »

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