Le comte et la com­tesse de Wessex dé­couvrent Ver­sailles

Point de Vue - - SOMMAIRE - Par An­toine Mi­chel­land

Trois jours à Pa­ris et dans ses en­vi­rons, au­tour du Jeu de paume, de nos liens cultu­rels et his­to­riques, des femmes dans la fi­nance ou du sport de haut ni­veau. Le plus jeune fils d’Éli­sa­beth II et son épouse sont ve­nus cé­lé­brer sans fa­çons ni ta­pis rouge ce qui ras­semble Bri­tan­niques et Fran­çais.

Un im­mense sou­rire où l’hu­mour le dis­pute à l’es­prit de com­pé­ti­tion : « Mais pour­quoi a-t-il fal­lu que vous fas­siez ce­la ? », lance la com­tesse de Wessex à Roxa­na Ma­ra­ci­nea­nu, mi­nistre des Sports fraî­che­ment nom­mée, après son se­cond tir par­fait. À son tour, la prin­cesse se sai­sit d’un arc, puis s’en re­met aux ins­truc­tions de Jean-Charles Val­la­dont, vice-cham­pion olym­pique fran­çais aux Jeux de Rio. Am­bi­dextre, elle ti­re­ra une flèche en gau­chère et l’autre en droi­tière. Pour ob­te­nir res­pec­ti­ve­ment 9 et 8 sur 10. La cible ins­tal­lée dans le Centre Sé­bas­tien Flute de l’Ins­ti­tut na­tio­nal du sport, de l’ex­per­tise et de la per­for­mance, n’est certes pas très éloi­gnée et le pro­fes­seur hors con­cours, mais per­sonne ne boude son plai­sir. D’au­tant qu’Ed­ward et So­phie de Wessex se pas­sionnent pour les tech­niques d’en­traî­ne­ment et les amé­na­ge­ments ex­cep­tion­nels qu’ils dé­couvrent au coeur du bois de Vin­cennes, en cet après-mi­di du 2 oc­tobre. Dé­ten­dus, ou­verts à toutes les sol­li­ci­ta­tions, at­ten­tifs, ils font d’em­blée la con­quête de leurs in­ter­lo­cu­teurs. Et ce­la de­puis la pre­mière mi­nute de cette vi­site of­fi­cielle dé­bu­tée la veille, à Ver­sailles, dans la salle du Jeu de paume. Yves Car­lier, conser­va­teur gé­né­ral du châ­teau, pré­sente au couple prin­cier l’his­toire de ce lieu construit en 1686 sui­vant le bon plai­sir du Roi-So­leil et de­ve­nu le sym­bole de la Ré­vo­lu­tion nais­sante, le 20 juin 1789, lors du ser­ment prê­té par les dé­pu­tés du tiers état de ne pas se sé­pa­rer avant d’avoir ré­di­gé une consti­tu­tion pour la France. Sous la toile mo­nu­men­tale du Ser­ment du Jeu de paume, réa­li­sée par Luc-Oli­vier Mer­son en 1883 d’après un des­sin pré­pa­ra­toire de Da­vid, le prince Ed­ward, re­pré­sen­tant de la plus an­cienne mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle au monde, rend un ins­tant au lieu sa vo­ca­tion pre­mière et s’es­saye à frap­per la balle avec une ra­quette d’un mo­dèle an­tique et vé­né­rable. Ir­ré­sis­tible pour ce pas­sion­né qui a d’ailleurs ren­con­tré sa fu­ture épouse dans une salle de… jeu de paume, en 1993. Au site très royal et très ré­pu­bli­cain, suc­cède une vi­site pleine de sens du châ­teau de Ver­sailles. Seuls quelques mi­nutes dans la ga­le­rie des Glaces, le comte et la com­tesse de Wessex sa­vourent plei­ne­ment la ma­jes­té de cette mar­mo­réenne af­fir­ma­tion de l’om­ni­po­tence. La reine Vic­to­ria elle-même, ain­si qu’en té­moigne son jour­nal, en avait été im­pres­sion­née lors du bal fée­rique du 25 août 1855, où elle avait dan­sé avec Na­po­léon III dans cette même ga­le­rie éclai­rée pour la toute pre­mière fois au gaz. Quant à Éli­sa­beth II, elle dé­tient le re­cord, un de plus, des vi­sites royales à Ver­sailles avec une pre­mière ve­nue en 1948, alors qu’elle n’est en­core que prin­cesse hé­ri­tière, puis en 1957 et en 1972, pour cé­lé­brer la pro­chaine en­trée de la Grande-Bre­tagne dans le Mar­ché com­mun… Qua­rante-six ans plus tard, il est plus que ja­mais né­ces­saire de rap­pe­ler la force et l’an­cien­ne­té des liens qui unissent la France au Royaume-Uni pour nour­rir et ren­for­cer tou­jours l’en­tente cor­diale.

Là en­core, Vic­to­ria est une fi­gure qui s’im­pose, avec cette fois le roi des Fran­çais au­près d’elle. Alors que s’ouvre l’ex­po­si­tion consa­crée à Louis-Phi­lippe et Ver­sailles, Ed­ward et So­phie s’at­tardent de­vant une toile prê­tée par la Royal Col­lec­tion, Louis-Phi­lippe re­ce­vant la reine Vic­to­ria et le prince Al­bert au châ­teau d’Eu, com­mande du sou­ve­rain à Win­te­rhal­ter. Sou­ve­nir du voyage ef­fec­tué en sep­tembre 1845 par Sa Très Gra­cieuse Ma­jes­té, le ta­bleau montre réu­nies les deux fa­milles royales et le mo­narque fran­çais ar­bo­rant le ru­ban de l’ordre de la Jar­re­tière. Quel sym­bole plus in­time d’une ami­tié d’abord fa­mi­liale avant de de­ve­nir na­tio­nale ! L’ul­time étape de cette pre­mière jour­née reste dans cette même to­na­li­té avec le ly­cée pri­vé Notre-Dame du Grand­champ, Ver­sailles en­core, qui tra­vaille en par­te­na­riat avec le Bri­tish Coun­cil pour son cur­sus d’an­glais avan­cé. Les Wessex y sont ac­cueillis par une haie d’hon­neur de trois cents élèves. L’oc­ca­sion d’un bain de foule avant de dé­cou­vrir le pro­jet édu­ca­tif de l’éta­blis­se­ment. « Le prince était très in­té­res­sé par les

ac­ti­vi­tés ex­tra­s­co­laires que nous pro­po­sons, comme les ruches, ou Voix [re]tran­chées, un pro­jet ar­tis­tique fon­dé sur le re­gard des jeunes sur la Pre­mière Guerre mon­diale », confie Pierre Jac­que­min, di­rec­teur de l’éta­blis­se­ment. Après la pré­sen­ta­tion, le comte et la com­tesse de Wessex se rendent au théâtre de Gran­champ où la maî­trise de la com­mu­nau­té Saint-Louis in­ter­prète pour eux For the beau­ty of the earth, du com­po­si­teur an­glais contem­po­rain John Rut­ter. Puis, Ed­ward et So­phie de dé­voi­ler sur scène la plaque d’un oli­vier qui se­ra plan­té dans le jar­din du ly­cée. Au len­de­main d’un dî­ner au Cercle In­te­ral­lié dans le cadre du Duke of Edin­burgh’s Award, la jour­née du 2 oc­tobre dé­bute à la ré­si­dence de l’am­bas­sa­deur de Grande-Bre­tagne, où le couple prin­cier sé­journe. Tan­dis que le comte de Wessex s’éclipse pour se rendre à titre pri­vé au Jeu de paume du châ­teau de Fon­tai­ne­bleau, le plus vaste au monde, son épouse gagne le sa­lon rouge de la ré­si­dence pour pré­si­der une réunion de l’as­so­cia­tion 100 Wo­men in Fi­nance, dont elle est l’am­bas­sa­deur glo­bal et qui vise à ai­der les jeunes femmes du mi­lieu de la fi­nance à me­ner une car­rière égale à celle des hommes. « La prin­cesse a elle-même été chef d’en­tre­prise dans les re­la­tions pu­bliques, pré­cise Lau­ra Du­rand, char­gée des af­faires in­ter­na­tio­nales à l’am­bas­sade. Elle re­çoit au­jourd’hui neuf étu­diantes fran­çaises ayant dé­jà une ex­pé­rience dans la banque ou les sciences éco­no­miques. Elles vont pou­voir échan­ger avec des membres de l’as­so­cia­tion qui sont dé­jà des cadres su­pé­rieurs dans ces do­maines. » À huis clos, ce­la va sans dire, après quelques mi­nutes ou­vertes à la presse. À 15 h 20, c’est dans le cadre beau­coup moins feu­tré de l’In­sep que les Wessex font leur en­trée. Au centre

« On a l’im­pres­sion que le cou­reur va s’en­vo­ler », dit la prin­cesse de­vant la piste d’ath­lé­tisme.

de tir à l’arc, avant de s’es­sayer eux­mêmes à l’exer­cice, ils as­sistent à la dé­mons­tra­tion de Jean-Charles Val­la­dont en ex­té­rieur, sur cible à cent mètres. Tou­jours es­cor­tés par Roxa­na Ma­ra­ci­nea­nu et le di­rec­teur de l’In­sep, Gha­ni Ya­louz, Ed­ward et So­phie gagnent en­suite la Halle Mai­grot, temple de l’ath­lé­tisme, où ils ren­contrent des ath­lètes han­di­sport, un do­maine qui in­té­resse par­ti­cu­liè­re­ment le comte de Wessex, par­rain du Co­mi­té pa­ra­lym­pique bri­tan­nique. Par­mi eux, Ti­mo­thée Adolphe, non-voyant et cham­pion d’Eu­rope du 100 mètres. Le prince l’in­ter­roge lon­gue­ment, sur son tra­vail avec les guides et la dif­fi­cul­té d’en chan­ger, de s’adap­ter. De son cô­té, So­phie est fas­ci­née par la piste re­le­vée, créée spé­cia­le­ment pour tra­vailler les po­si­tions en vi­rage. « Ce­la donne l’im­pres­sion que le cou­reur va s’en­vo­ler », dit-elle, les bras éten­dus, fa­çon Ma­ry Pop­pins. La com­tesse de Wessex, jus­te­ment, re­tourne à la cul­ture au ma­tin du mer­cre­di 3 oc­tobre, der­nier jour de ce voyage of­fi­ciel plein de cha­leur et tout de sim­pli­ci­té. Ac­cueillie de­vant le Pe­tit Pa­lais par son di­rec­teur, Ch­ris­tophe Le­ri­bault, elle dé­couvre l’ex­po­si­tion Les Im­pres­sion­nistes à Londres par­mi la foule des vi­si­teurs or­di­naires. Un Pe­tit Pa­lais qui vit à l’heure an­glaise de­puis cet été, avec les soi­rées mu­si­cales et fes­tives, Swin­ging Lon­don ou Brit Ses­sions, or­ga­ni­sées dans les jar­dins du mu­sée en liai­son avec l’am­bas­sade de Grande-Bre­tagne, dans le cadre de la cam­pagne Les Voi­sins. Par­mi tous les chefs-d’oeuvre de ces Fran­çais ve­nus cher­cher l’ins­pi­ra­tion de l’autre cô­té du Chan­nel au len­de­main de la Com­mune, la prin­cesse tombe en ar­rêt de­vant une im­mense terre cuite de Da­lou re­pré­sen­tant une pay­sanne fran­çaise al­lai­tant, prêt du Vic­to­ria & Al­bert Mu­seum. « Il s’agit là d’une prouesse tech­nique dont l’ar­tiste a trou­vé le se­cret de cuis­son en An­gle­terre, pré­cise Ma­thilde Beau­jard, res­pon­sable com­mu­ni­ca­tion du Pe­tit Pa­lais. L’iro­nie est que ce com­mu­nard ve­nu sau­ver sa peau outre-Manche va y de­ve­nir très proche de la fa­mille royale. Au point de réa­li­ser un Mo­nu­ment à la gloire des pe­tits-en­fants de la reine Vic­to­ria morts en bas âge. La prin­cesse m’a confié avoir vu une ex­po­si­tion sur Mo­net, à Londres qui l’avait im­pres­sion­née et elle a beau­coup ap­pré­cié la sé­rie des huiles re­pré­sen­tant le Par­le­ment vu de­puis la Ta­mise. Et aus­si sa re­pré­sen­ta­tion de Lei­ces­ter Square, qui pré­fi­gure l’abs­trac­tion. Avec toutes ces taches de cou­leurs, elle a eu l’im­pres­sion in­té­res­sante d’un ta­bleau peint un jour de pluie. » Dé­sor­mais, les Wessex ont re­ga­gné Londres, après avoir re­mis Pa­ris à l’heure an­glaise…

Pho­tos Da­vid At­lan et Luc Cas­tel

Le comte et la com­tesse de Wessex dans les es­ca­liers de l’aile du Nord du châ­teau de Ver­sailles. Le mo­nu­men­tal Ser­ment du Jeu de paume, par Luc-Oli­vier Mer­son est au mur de la salle, trans­for­mée en mu­sée, à la­quelle le prince Ed­ward rend ici un ins­tant sa vo­ca­tion pre­mière.

Le prince et la prin­cesse ad­mirent le ta­bleau de Win­te­rhal­ter, Louis-Phi­lippe re­ce­vant la reine Vic­to­ria et le prince Al­bert au châ­teau d’Eu, prê­té au châ­teau de Ver­sailles par la Royal Col­lec­tion.

Pe­tit bain de foule im­pro­vi­sé par­mi les élèves du ly­cée Notre-Dame du Grand­champ, qui tra­vaille en par­te­na­riat avec le Bri­tish Coun­cil.

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