Son pre­mier dis­cours

Point de Vue - - Sommaire - Par Jé­rôme Car­ron Pho­to Dus­ko Des­po­to­vic

Le 31 oc­tobre, la fille aî­née de Fe­lipe VI a fê­té son trei­zième an­ni­ver­saire en même temps que ce­lui de la Cons­ti­tu­tion ré­di­gée en 1978. L’oc­ca­sion pour la prin­cesse des As­tu­ries de lire l’Ar­ticle 1 de ce texte fon­da­men­tal pour la dé­mo­cra­tie es­pa­gnole de­vant ses pa­rents, le chef du gou­ver­ne­ment et des membres du Par­le­ment. Un nou­veau sym­bole de son ap­pren­tis­sage de fu­ture reine.

Le pu­pitre est im­mense, ré­glé à la taille du roi d’Es­pagne qui vient de lire le pré­am­bule de la Cons­ti­tu­tion es­pa­gnole de­vant les re­pré­sen­tants des plus hautes ins­ti­tu­tions du royaume. Quand Leo­nor s’avance vers l’es­trade, elle dis­pa­raît im­mé­dia­te­ment der­rière le mi­cro. La prin­cesse des As­tu­ries s’en amuse. Ra­pi­de­ment, un membre du pro­to­cole lui ins­talle un mar­che­pied. Et après avoir grim­pé trois pe­tites marches, elle peut en­fin s’adres­ser à l’as­sem­blée. Le Pre­mier mi­nistre, des membres du Par­le­ment, du gou­ver­ne­ment et de grandes ins­ti­tu­tions, sont réunis dans l’une des salles de l’Ins­ti­tut Cer­van­tès, à Ma­drid, pour cé­lé­brer le qua­ran­tième an­ni­ver­saire de la Cons­ti­tu­tion. Au pre­mier rang, aux cô­tés de Pe­dro Sán­chez, le nou­veau chef du gou­ver­ne­ment, se tiennent la reine Le­ti­zia et l’In­fante Sofía. Alors que Leo­nor s’ap­prête à lire son texte, la sou­ve­raine ap­pa­raît plus ner­veuse que sa fille. « Ar­ti­cu­lo Uno… Uno » D’une voix claire et as­su­rée, un re­gard franc po­sé sur l’as­sis­tance, la jeune prin­cesse com­mence à ré­ci­ter l’in­té­gra­li­té du pre­mier ar­ticle de la Cons­ti­tu­tion es­pa­gnole qu’elle semble presque connaître par coeur : « L’Es­pagne consti­tue un État de droit, so­cial et dé­mo­cra­tique, qui dé­fend comme va­leurs su­prêmes de son ordre ju­ri­dique la li­ber­té, la jus­tice, l’éga­li­té et le plu­ra­lisme po­li­tique. » La reine Le­ti­zia, ter­ro­ri­sée à l’idée d’un faux pas, mur­mure le texte en même temps que sa fille. Le temps de cette lec­ture, le pre­mier dis­cours d’une fu­ture reine, la sou­ve­raine est re­de­ve­nue une mère, in­quiète de la pres­ta­tion de son en­fant de­vant des adultes. Son in­ter­ven­tion par­fai­te­ment réus­sie, la jeune prin­cesse, qui fête aus­si ce jour-là ses 13 ans, est em­bras­sée par Fe­lipe, puis par Le­ti­zia, qui, lui pre­nant le vi­sage entre ses mains, ne cache pas son émo­tion. Mais pou­vait-elle vrai­ment dou­ter du sang-froid de la jeune prin­cesse ? De­puis la ren­trée, Leo­nor en­chaîne avec une fa­ci­li­té dé­con­cer­tante ses ap­pa­ri­tions of­fi­cielles, de son sé­jour aux As­tu­ries, pro­vince dont elle porte le titre, au dé­fi­lé de la fête na­tio­nale, du­rant le­quel elle a été sym­bo­li­que­ment pla­cée à la droite de son père. Ques­tion sym­bole, l’ab­sence de Juan Car­los à cette com­mé­mo­ra­tion de la Cons­ti­tu­tion a une nou­velle fois été re­le­vée. D’au­tant que le roi émé­rite a été le grand ar­ti­san de ce texte fon­da­teur lé­gi­ti­mant la mo­nar­chie de ma­nière dé­fi­ni­tive par un vote des Cor­tès le 31 oc­tobre 1978. Sans doute, Juan Car­los, comme des mil­lions d’Es­pa­gnols, a sui­vi à la té­lé­vi­sion cette cé­ré­mo­nie dif­fu­sée en di­rect. Il peut être fier de sa pe­tite-fille. Avec Leo­nor, la Cou­ronne a un bel ave­nir.

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